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France : La psychiatrie, la justice et l’antisémitisme dans le procès Halimi

dimanche 29 décembre 2019, par siawi3

Source : https://www.lemonde.fr/police-justice/article/2019/06/17/dans-l-affaire-sarah-halimi-le-parquet-demande-un-proces-du-suspect-pour-meurtre-antisemite_5477582_1653578.html

Affaire Sarah Halimi : le parquet demande un procès du suspect pour meurtre antisémite

17.12.19

Les parties civiles craignent toutefois que le jeune homme, qui est toujours hospitalisé, soit reconnu comme pénalement irresponsable.

Par Louise Couvelaire

Cela fait plus de deux ans que la famille de Sarah Halimi, retraitée sexagénaire de confession juive battue puis défenestrée au cri d’« Allahou Akbar » par son voisin de religion musulmane âgé de 27 ans, Kobili Traoré, attend de savoir si un procès aura lieu. Lundi 17 juin, le parquet de Paris a demandé le renvoi du suspect devant la cour d’assises, à la « très grande satisfaction » des parties civiles. « Le parquet a pris toute la mesure de cette affaire », se félicite Gilles-William Goldnadel, avocat de la sœur de Sarah Halimi.

Il revient désormais à la juge d’instruction de décider de la tenue ou non d’un procès. « A moins qu’elle choisisse de saisir la chambre de l’instruction [juridiction rattachée à la cour d’appel], qui se prononcerait à l’issue d’un débat contradictoire, après audition des témoins, des parties civiles… », précise Caroline Toby, avocate des enfants de la défunte.

Au cœur de l’affaire, la question du discernement du suspect au moment des faits, qui divise les experts psychiatres. Trois expertises ont été menées afin de déterminer si le jugement du meurtrier présumé, mis en examen pour homicide volontaire à caractère antisémite, était « altéré » ou « aboli ».

Effets de la drogue sur l’état mental du suspect

Dans le premier cas, M. Traoré, interné en psychiatrie depuis le drame, serait renvoyé aux assises. Dans le second, il serait déclaré irresponsable pénalement et donc inapte à être jugé. Un scénario que redoutent les parties civiles.

« Les trois expertises psychiatriques auxquelles Kobili Traoré a été soumis ne concordent que sur un seul point, en l’espèce, la survenue des faits dans le cadre d’une bouffée délirante aiguë », est-il résumé dans les réquisitions du ministère public, que Le Monde a consultées. En revanche, elles divergent sur le reste, et notamment sur les effets de la drogue sur l’état mental du suspect.

La première expertise évoquait « une bouffée délirante aiguë » induite par la forte consommation de cannabis, mais concluait à un discernement « altéré ». A l’issue d’une première contre-expertise, trois experts affirmaient, eux, que « l’entrée dans la schizophrénie » du meurtrier présumé était sans lien avec sa consommation de cannabis et concluaient à une abolition du discernement. Quant au troisième collège d’experts, il avait estimé que la « bouffée délirante » avait été provoquée par une cause extérieure – les nombreux joints fumés – mais il ne s’était pas clairement prononcé sur la question de l’altération ou de l’abolition de son discernement.

« Il ne saurait se prévaloir de l’état de démence »

Dans ses réquisitions, le procureur de la République a tranché : « Par son comportement volontaire de consommation de cannabis, Kobili Traoré a directement contribué au déclenchement de sa bouffée délirante aiguë. Le fait qu’il n’ait pas souhaité être atteint de ce trouble et commettre les faits ne peut suffire à l’exempter de toute responsabilité. Il ne saurait en effet se prévaloir de l’état de démence dans lequel il se trouvait, celui-ci résultant de son comportement fautif préexistant. »

« En conséquence, la bouffée délirante aiguë dont était atteint Kobili Traoré au moment des faits doit être considérée comme ayant altéré et non aboli son discernement, conclut-il. L’ensemble de ces éléments justifie dès lors la mise en accusation de Kobili Traoré devant la cour d’assises de Paris. »
Le meurtre de Sarah Halimi – Lucie Attal de son nom de jeune fille –, dans la nuit du 3 au 4 avril 2017, avait suscité une vive émotion au sein de la communauté juive. Trois mois plus tard, lors de la cérémonie de commémoration de la rafle du Vél’d’Hiv, en présence du premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, Emmanuel Macron, avait demandé que « la justice [fasse] toute la clarté sur la mort de Sarah Halimi », avant d’énumérer les noms des victimes de meurtres et d’attentats antisémites des dernières années.

Le caractère antisémite de l’homicide de la retraitée, qui habitait un immeuble HLM du 11e arrondissement de Paris, avait finalement été retenu par la juge d’instruction, onze mois après les faits.

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Source : https://www.lemonde.fr/societe/article/2019/07/12/meurtre-de-sarah-halimi-les-juges-d-instruction-estiment-plausible-l-irresponsabilite-penale-du-suspect_5488853_3224.html

Meurtre de Sarah Halimi : l’irresponsabilité pénale du suspect est « plausible »

12.O7.19

Cette perspective fait redouter aux parties civiles que Kobili Traoré, qui a tué la retraitée en 2017, bénéficie d’un non-lieu qui les priverait d’un procès.

Par Louise Couvelaire

C’est le dernier épisode en date d’un douloureux feuilleton judiciaire. Vendredi 12 juillet, les juges d’instruction en charge de l’affaire Sarah Halimi, retraitée sexagénaire de confession juive battue puis défenestrée au cri d’« Allahou Akbar » par son voisin de religion musulmane alors âgé de 27 ans, ont rendu une ordonnance dans laquelle elles estiment qu’il existe des « raisons plausibles » de penser que le discernement du suspect était « aboli » au moment des faits, selon une source judiciaire, qui confirme une information du Parisien.

Kobili Traoré, mis en examen pour homicide volontaire à caractère antisémite, serait dès lors considéré comme « pénalement irresponsable » et pourrait donc échapper au procès. « A ce stade, les magistrates décident de ne pas le mettre en accusation devant une cour d’assises, précise une source proche du dossier. Mais elles saisissent la chambre de l’instruction, composée de trois magistrats de la cour d’appel, pour se prononcer sur les suites juridiques et médicales à donner à cette affaire. » En clair, cette ordonnance ne signe pas la fin de la procédure ni l’abandon définitif des poursuites.

D’autant que les parties civiles n’ont pas dit leur dernier mot. Me Gilles-William Goldnadel, avocat de la sœur de la défunte, dénonce une « décision absurde en conformité avec une procédure erratique » et annonce son intention de faire appel devant la chambre de l’instruction, qui réexaminera le fond du débat et procédera à des auditions. De son côté, le parquet de Paris, qui avait demandé le 17 juin le renvoi du suspect devant la cour d’assises, dit « analyser cette ordonnance afin de déterminer s’il va faire ou non appel ».

Trois expertises psychiatriques

La question du discernement du suspect est au cœur de cette affaire depuis les faits, qui se sont déroulés dans la nuit du 3 au 4 avril 2017 dans une résidence HLM du 11e arrondissement de Paris. Kobili Traoré a fait l’objet de trois expertises psychiatriques afin de déterminer si son jugement était « aboli » (inapte à être jugé) ou « altéré » (apte à être jugé) lorsqu’il s’est introduit chez Sarah Halimi – Lucie Attal de son nom de jeune fille – par le balcon d’une famille voisine (qui s’était retranchée dans une chambre, terrifiée face à l’attitude inquiétante du jeune homme) avant de la rouer de coup puis de la jeter du troisième étage.

Sans antécédents psychiatriques, le suspect a été unanimement déclaré atteint d’une « bouffée délirante aiguë » au moment des faits. Mais les psychiatres divergent sur le reste. Le premier, qui évoque un comportement induit par une forte consommation de cannabis, conclut à un discernement « altéré ». Les seconds (ils étaient trois) affirment, eux, que « l’entrée dans la schizophrénie » du meurtrier présumé est sans lien avec sa consommation de cannabis et concluent à une abolition du discernement. Quant au troisième collège d’experts, il a estimé que la « bouffée délirante » avait été provoquée par une cause extérieure – les nombreux joints fumés – mais il était resté flou sur l’état du discernement de Kobili Traoré.

Le meurtre de l’ancienne directrice de crèche continue de susciter une vive émotion au sein de la communauté juive. L’affaire avait pris une envergure politique en juillet 2017 lorsque le président de la République, Emmanuel Macron, avait demandé que « la justice [fasse] toute la clarté sur la mort de Sarah Halimi » lors de la cérémonie de commémoration de la rafle du Vél d’Hiv, en présence du premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou.
Onze mois après les faits, au terme d’un long bras de fer avec le parquet, la juge d’instruction avait fini par retenir la circonstance aggravante d’antisémitisme. Selon la source proche du dossier, dans leur ordonnance, les magistrates ont également « remis en cause » le caractère antisémite du crime. « Ça a disparu », déplore Me Goldnadel.

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Source : https://www.lemonde.fr/societe/article/2019/12/19/meurtre-de-sarah-halimi-le-suspect-juge-penalement-irresponsable_6023491_3224.html

Meurtre de Sarah Halimi : pas de procès pour le suspect, jugé pénalement irresponsable

19.12.19

La chambre de l’instruction a tranché entre les expertises psychiatriques contradictoires du dossier et conclu à l’abolition du discernement de Kobili Traoré au moment des faits.

Par Louise Couvelaire

Le procès tant attendu par les parties civiles ne devrait pas avoir lieu. Jeudi 19 décembre, la chambre de l’instruction a tranché. Kobili Traoré, mis en examen pour l’homicide volontaire à caractère antisémite de sa voisine, Sarah Halimi, retraitée sexagénaire de confession juive battue puis défenestrée au cri d’« Allahou Akbar » à son domicile parisien en avril 2017, ne devrait pas être jugé aux assises.

La cour d’appel de Paris a déclaré que le discernement du jeune homme – 27 ans à l’époque et sous l’emprise de substances illicites – était aboli au moment des faits et qu’il est donc pénalement irresponsable. Les parties civiles ont cinq jours pour décider si elles se pourvoient en cassation.
« N’était en cause ici ni la lutte contre ce fléau qu’est l’antisémitisme ni la politique pénale souhaitable contre le cannabis, mais uniquement la question du discernement de Kobili Traoré au moment des faits. Or, celui-ci était manifestement aboli », commente l’avocat du suspect, Me Thomas Bidnic, qui se dit « satisfait » et « soulagé ».

Devant la presse, Me Francis Szpiner, conseil des trois enfants de la victime, a dénoncé « une décision scandaleuse ». « Un homme dont les experts disaient qu’il avait été atteint d’une bouffée délirante à raison d’une prise volontaire de toxique se voit donc accorder l’impunité, a-t-il ajouté. On vient de créer dans notre pays une jurisprudence Sarah Halimi, c’est-à-dire que toute personne qui sera atteinte d’une bouffée délirante parce qu’elle aura pris une substance illicite et dangereuse pour la santé se verra exonérée de responsabilité pénale. »

« Décision idéologique »

Me Caroline Toby, avocate aux côtés de Me Szpiner, juge cette décision « grave à double titre ». « D’abord, on ne saura jamais la vérité sur ce qui s’est vraiment passé cette nuit-là. Ensuite, on n’a aucune garantie sur les soins qui seront administrés à Kobili Traoré ni sur la réelle faculté de le mettre hors d’état de nuire », développe-t-elle.

Dans son jugement, la cour d’appel a ordonné l’hospitalisation du suspect et des mesures de sûreté pour une durée de vingt ans, dont l’interdiction d’entrer en contact avec les proches de la victime et de retourner sur les lieux.

Quant à Me Gilles-William Goldnadel, avocat de la sœur de Sarah Halimi (Lucie Attal, de son nom de jeune fille), il dénonce une « décision idéologique » de la part des magistrats qui ont, selon lui, une « grande répugnance à condamner ceux qui sont considérés comme des victimes de la société ». Il déplore par ailleurs une instruction qui a « manqué d’humanité » envers les parties civiles : procédure qui a traîné, refus de procéder à une reconstitution, réticence à retenir la circonstance aggravante d’antisémitisme (finalement retenue onze mois après les faits, au terme d’un long bras de fer avec le parquet)…

Trois expertises divergentes

La question du discernement de l’auteur est au cœur des débats depuis le début de l’affaire. Sans antécédents psychiatriques, le suspect a été déclaré unanimement atteint d’une « bouffée délirante aiguë » au moment des faits. Mais les trois expertises divergent sur le reste, et notamment sur les effets de la drogue sur son état mental.

La première, conduite par le docteur Daniel Zagury, évoque un comportement induit par une forte consommation de cannabis, et un discernement « altéré ». Le psychiatre avait également conclu que le crime de M. Traoré était un « acte délirant et antisémite ».

La deuxième, réalisée par trois experts, affirme que « l’entrée dans la schizophrénie » du meurtrier présumé est sans lien avec sa consommation de cannabis et conclut à une abolition du discernement. Pour étayer leurs conclusions, ils indiquent que les taux de THC (le principe actif du cannabis) relevés dans le sang du suspect étaient modérés – ce qui ne correspond pas à la consommation alléguée le jour du drame – et que ses idées délirantes ont persisté « longtemps après l’arrêt de l’intoxication ».

Quant au troisième collège d’experts, il a estimé que la « bouffée délirante » avait été provoquée par une cause extérieure – les nombreux joints fumés dans les jours précédents – mais reste flou sur l’état du discernement de Kobili Traoré, même s’il tend plutôt vers l’irresponsabilité.

Casier judiciaire bien rempli

Interné en psychiatrie depuis les faits, « Kobili Traoré souffre d’un trouble psychotique chronique, vraisemblablement de nature schizophrénique, faisant suite à un épisode délirant aigu inaugural, est-il indiqué dans la deuxième expertise. Il souffre par ailleurs d’une addiction ancienne au cannabis ». Il disposerait également d’une « personnalité pathologique antisociale » (incapacité à se conformer aux normes sociales, impulsivité, irritabilité, agressivité, irresponsabilité…) et d’une propension à la violence.
A la suite d’« accès de colère », de l’aveu même de ses proches, le jeune homme a un casier judiciaire bien rempli. Il a été plusieurs fois incarcéré pour « vol », « tentative de vol », « refus d’obtempérer », « conduite sans permis », « violences », « usage et détention de stupéfiants », « d’arme prohibée ».

Le 17 juin, le parquet de Paris avait demandé le renvoi du suspect devant la cour d’assises. Dans ses réquisitions, le procureur de la République avait motivé sa décision ainsi : « Par son comportement volontaire de consommation de cannabis, Kobili Traoré a directement contribué au déclenchement de sa bouffée délirante aiguë. Le fait qu’il n’ait pas souhaité être atteint de ce trouble et commettre les faits ne peut suffire à l’exempter de toute responsabilité. Il ne saurait en effet se prévaloir de l’état de démence dans lequel il se trouvait, celui-ci résultant de son comportement fautif préexistant. »

Un mois plus tard, le 12 juillet, les deux juges d’instruction prenaient le contre-pied en rendant une ordonnance dans laquelle elles estimaient qu’il existait des « raisons plausibles » de penser que le discernement du suspect était « aboli » au moment des faits. A l’audience du 19 décembre, le parquet général s’est exprimé en faveur de l’abolition du discernement. La chambre de l’instruction a donc tranché dans ce sens.

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Source : https://www.lemonde.fr/societe/article/2019/07/12/meurtre-de-sarah-halimi-les-juges-d-instruction-estiment-plausible-l-irresponsabilite-penale-du-suspect_5488853_3224.html

Meurtre de Sarah Halimi : l’irresponsabilité pénale du suspect est « plausible »

Cette perspective fait redouter aux parties civiles que Kobili Traoré, qui a tué la retraitée en 2017, bénéficie d’un non-lieu qui les priverait d’un procès.

Par Louise Couvelaire

C’est le dernier épisode en date d’un douloureux feuilleton judiciaire. Vendredi 12 juillet, les juges d’instruction en charge de l’affaire Sarah Halimi, retraitée sexagénaire de confession juive battue puis défenestrée au cri d’« Allahou Akbar » par son voisin de religion musulmane alors âgé de 27 ans, ont rendu une ordonnance dans laquelle elles estiment qu’il existe des « raisons plausibles » de penser que le discernement du suspect était « aboli » au moment des faits, selon une source judiciaire, qui confirme une information du Parisien.

Kobili Traoré, mis en examen pour homicide volontaire à caractère antisémite, serait dès lors considéré comme « pénalement irresponsable » et pourrait donc échapper au procès. « A ce stade, les magistrates décident de ne pas le mettre en accusation devant une cour d’assises, précise une source proche du dossier. Mais elles saisissent la chambre de l’instruction, composée de trois magistrats de la cour d’appel, pour se prononcer sur les suites juridiques et médicales à donner à cette affaire. » En clair, cette ordonnance ne signe pas la fin de la procédure ni l’abandon définitif des poursuites.

D’autant que les parties civiles n’ont pas dit leur dernier mot. Me Gilles-William Goldnadel, avocat de la sœur de la défunte, dénonce une « décision absurde en conformité avec une procédure erratique » et annonce son intention de faire appel devant la chambre de l’instruction, qui réexaminera le fond du débat et procédera à des auditions. De son côté, le parquet de Paris, qui avait demandé le 17 juin le renvoi du suspect devant la cour d’assises, dit « analyser cette ordonnance afin de déterminer s’il va faire ou non appel ».

Trois expertises psychiatriques

La question du discernement du suspect est au cœur de cette affaire depuis les faits, qui se sont déroulés dans la nuit du 3 au 4 avril 2017 dans une résidence HLM du 11e arrondissement de Paris. Kobili Traoré a fait l’objet de trois expertises psychiatriques afin de déterminer si son jugement était « aboli » (inapte à être jugé) ou « altéré » (apte à être jugé) lorsqu’il s’est introduit chez Sarah Halimi – Lucie Attal de son nom de jeune fille – par le balcon d’une famille voisine (qui s’était retranchée dans une chambre, terrifiée face à l’attitude inquiétante du jeune homme) avant de la rouer de coup puis de la jeter du troisième étage.

Sans antécédents psychiatriques, le suspect a été unanimement déclaré atteint d’une « bouffée délirante aiguë » au moment des faits. Mais les psychiatres divergent sur le reste. Le premier, qui évoque un comportement induit par une forte consommation de cannabis, conclut à un discernement « altéré ». Les seconds (ils étaient trois) affirment, eux, que « l’entrée dans la schizophrénie » du meurtrier présumé est sans lien avec sa consommation de cannabis et concluent à une abolition du discernement. Quant au troisième collège d’experts, il a estimé que la « bouffée délirante » avait été provoquée par une cause extérieure – les nombreux joints fumés – mais il était resté flou sur l’état du discernement de Kobili Traoré.

Le meurtre de l’ancienne directrice de crèche continue de susciter une vive émotion au sein de la communauté juive. L’affaire avait pris une envergure politique en juillet 2017 lorsque le président de la République, Emmanuel Macron, avait demandé que « la justice [fasse] toute la clarté sur la mort de Sarah Halimi » lors de la cérémonie de commémoration de la rafle du Vél d’Hiv, en présence du premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou.
Onze mois après les faits, au terme d’un long bras de fer avec le parquet, la juge d’instruction avait fini par retenir la circonstance aggravante d’antisémitisme. Selon la source proche du dossier, dans leur ordonnance, les magistrates ont également « remis en cause » le caractère antisémite du crime. « Ça a disparu », déplore Me Goldnadel.

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Source : http://www.leparisien.fr/faits-divers/le-meurtrier-presume-de-sarah-halimi-ne-sera-pas-juge-six-questions-sur-un-dossier-sensible-27-12-2019-8224848.php

Le meurtrier présumé de Sarah Halimi ne sera pas jugé : six questions sur un dossier sensible

27.12.19

La décision de justice, qui a déclaré irresponsable pénalement le meurtrier présumé de la retraitée juive, suscite des interrogations, des incompréhensions voire de l’indignation. Décryptage.

Par Timothée Boutry

Rarement décision de justice aura provoqué autant de réactions. Souvent indignées, parfois excessives. Le 19 décembre, la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Paris a déclaré que Kobili Traoré, le meurtrier de Sarah Halimi, était irresponsable pénalement. Sous réserve du sort qui sera réservé au pourvoi en cassation formé par les parties civiles, ce jeune homme de 29 ans, qui a massacré puis défenestré cette retraitée de confession juive de 65 ans le 4 avril 2017 à Paris (XI), ne sera jamais jugé.

Dans un tweet, la maire de Paris Anne Hidalgo (PS) s’est dite « consternée par la décision incompréhensible de la cour d’appel de Paris ». Le Crif a exprimé « sa consternation et son indignation ». Dans les deux cas, l’opposition se nourrit de l’argumentaire selon lequel la prise de cannabis aurait justifié cette décision. La réalité de ce dossier sensible est plus complexe.

1. Quel diagnostic ont posé les experts ?
Kobili Traoré a fait l’objet de trois expertises psychiatriques. Leurs conclusions sont identiques : il souffrait la nuit des faits d’une bouffée délirante aiguë. Le jeune homme, dont l’état de santé s’était dégradé depuis plusieurs jours, avait roué de coups sa victime tout en récitant des sourates du Coran et en s’exclamant « J’ai tué le sheitan » (NDLR : le démon en arabe). « Il était dans une autre réalité, comme dans un film », a expliqué le Dr Daniel Zagury lors de l’audience devant la chambre de l’instruction, le 27 novembre.

2. Quel rôle le cannabis a-t-il joué ?
Pour le Dr Zagury, c’est la consommation excessive de cannabis - une quinzaine de joints par jour à l’époque - qui a déclenché la bouffée délirante de Kobili Traoré. Le second collège d’experts est moins formel. Devant la chambre, le Dr Paul Bensussan a expliqué qu’il n’était « pas certain » que la drogue ait été le facteur déclencheur même si, à l’audience, il a admis que le cannabis avait joué « un rôle majeur dans l’éclosion du délire ». Le troisième collège d’experts évoque, lui, simplement l’origine « exotoxique » de la bouffée délirante, mais sans préciser la nature de ce facteur extérieur.

3. Pourquoi les experts ne sont pas d’accord sur la responsabilité pénale du meurtrier ?
L’expertise inaugurale du Dr Zagury a irrigué toute l’instruction. « S’il n’avait pas consommé de drogue, j’aurais conclu à l’abolition de son discernement ( NDLR : et donc à son irresponsabilité ) sans aucun état d’âme », a expliqué ce professionnel reconnu devant la cour d’appel. Mais, selon lui, il faut aller au-delà de ce constat et questionner cette prise de toxiques.
Considérant que sa consommation de cannabis était « volontaire et régulière », le psychiatre n’a pas retenu son irresponsabilité pénale. « Bien entendu il n’a pas pris du cannabis pour tuer, a-t-il développé devant la cour d’appel. Mais, en en prenant pendant plusieurs années, il s’est mis en situation qu’il se produise des effets qu’il ne maîtrise pas. Dont celui-là. » Un raisonnement qui l’a donc poussé à retenir une simple altération du discernement de l’auteur du crime.
C’est sur cet aspect précis que se cristallisent les divergences entre experts. Car, pour le Dr Bensussan, Kobili Traoré était dans l’impossibilité de connaître les effets hallucinogènes du cannabis. « Je ne peux pas considérer qu’il savait à quoi il s’exposait », a-t-il martelé devant les magistrats. Les psychiatres composant le troisième collège ne sont pas épanchés sur le sujet dans leur rapport.
Selon eux, seul le diagnostic clinique - la bouffée délirante aiguë - compte, cette pathologie « orientant plutôt classiquement vers une abolition du discernement ». À l’audience, le Dr Julien-Daniel Guelfi s’est rallié à la position du Dr Bensussan en expliquant que Kobili Traoré ne pouvait pas avoir conscience des effets provoqués par sa consommation de cannabis, d’autant plus qu’il en recherchait au contraire l’effet apaisant.

4. Quelle est la position du parquet ?
En juin, le parquet de Paris s’était prononcé en faveur du renvoi de Kobili Traoré devant la cour d’assises, faisait sien les arguments du Dr Zagury. « Par son comportement volontaire de consommation de cannabis, Kobili Traoré a directement contribué au déclenchement de sa bouffée aiguë », développait le réquisitoire.
Le parquet général a développé une analyse contraire, conforme à celle de la défense. Rappelant que les experts s’accordaient sur le diagnostic de bouffée délirante, Carole Frazier a estimé qu’on ne pouvait pas reprocher à Kobili Traoré d’avoir ignoré que sa consommation de drogue allait avoir une telle issue. Des arguments repris par ses collègues du siège. « La cour a estimé qu’aucun élément du dossier ne permettait d’indiquer que Kobili Traoré avait conscience que sa consommation de cannabis puisse entraîner une telle bouffée délirante », a estimé la chambre de l’instruction. La cour a par ailleurs reconnu le caractère antisémite de l’acte.

5. Les consommateurs du cannabis seront-ils automatiquement irresponsables ?
C’est le principal argument développé par les avocats des parties civiles, vent debout contre cet arrêt. « On vient de créer une jurisprudence Sarah Halimi : toute personne atteinte d’une bouffée délirante car elle aura pris des substances illicites se verra exonérée de responsabilité pénale », a tonné Me Francis Szpiner à la sortie de la salle. Cette analyse est largement reprise par les détracteurs de l’arrêt.