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Algérie: Retrouver et préserver les lieux mémoriels de la lutte anti coloniale

Sunday 12 January 2020, by siawi3

Source: https://www.elwatan.com/edition/contributions/le-comite-revolutionnaire-dunite-et-daction-crua-tout-peuple-sans-memoire-est-un-peuple-perdu-raspail-07-01-2020

Casbah d’El Djazaïr. Pour l’aube du 1er Novembre 1954

Le Comité révolutionnaire d’unité et d’action (CRUA) «Tout peuple sans mémoire est un peuple perdu.» Raspail

Lounis Ait Aoudia

07 janvier 2020 à 9 h 00 min

C’est en ce mois d’espérance de mars 1954 que le vieux quartier d’Alger de l’ex-rue Marengo, actuellement Arbadji Abderrahmane, attenant à l’ex-place Rabin Bloch, présentement Ammar Ali, a connu un privilège de l’histoire pour incarner un haut lieu des prémices de la guerre de Libération.

Toujours la perpétuelle constance historique de ce mois de mars dont l’éphéméride universel rappelle également la symbolique évocatrice de la création du Parti du peuple algérien (PPA) le jeudi 11 mars 1937.

Celui-ci a en effet constitué l’élan d’un prélude salutaire d’unification et d’abnégation des militants du PPA/MTLD et du peuple algérien pour la persévérance du combat libérateur initié par la vaillante et avant-gardiste Organisation spéciale, clandestinement et populairement épelée à l’époque l’OS, démantelée par la police française en avril 1950.

Un événement de circonstances qui a surgi dans un contexte de crise politique du parti particulièrement périlleux aggravée de mésententes, de divergences de luttes fratricides au sein du mouvement national, se terminant parfois par de violents affrontements physiques entre les cadres du Comité central du parti PPA-MTLD dits centralistes en quête d’émergence d’une Direction révolutionnaire pour la sauvegarde de l’unité du parti et la base militante désemparée mais fourvoyée sous l’emprise du «zaïmisme» immobiliste et figé de Messali.

Genèse historique et féconde du Comité Révolutionnaire d’Unité et d’Action (CRUA)

Cette ancienne rue Marengo a été un véritable creuset de militantisme du Mouvement national dès les années 30/40’, où ont habité entre autres des dirigeants de premier plan, à l’instar de Ahmed Mezghena au n° 15, Hocine Lahouel, secrétaire général du parti, au n° 11, domicile qui a abrité, au cours de la première quinzaine du mois de mars 1954 en sa présence complétée par celle de Mohamed Boudiaf et Sid Ali Abdelhamid, membre du Bureau Politique du PPA-MTLD, la première séance préparatoire de réflexion qui donna naissance au CRUA.

Levain précurseur, annonciateur du Front de libération nationale (FLN) et matrice révolutionnaire du déclenchement de la lutte armée de l’éternel 1er Novembre 1954.

Immeuble N°2, Place AMMAR Ali dit Ali La Pointe, berceau natal du CRUA

C’est l’initiative préliminaire de cette rencontre qui a été suivie par la réunion constitutive de cet organe fondamentalement stratégique et décisif où étaient présents Boudiaf Mohamed, Lahouel Hocine, Sid Ali Abdelhamid et Dekhli Mohamed dit Bachir, qui s’est déroulé le mardi 23 mars 1954 au n° 2 de l’ex-Place Rabin Bloch (Djamaâ Lihoud) en référence toponymique à la synagogue implantée dans son enceinte et dont le site porte désormais en revanche de l’histoire par le triomphe des causes justes, le nom du héros national de légende Ammar Ali, dit Ali la Pointe.

Un embryon dynamique et créatif de nouvelles perspectives de stratégie politique qui sera élargi par l’adhésion des illustres membres Didouche Mourad, Mostefa Ben Boulaïd, et d’autres tels que Ramdane Bouchebouba.

Des dates historiques phares : du CRUA de la réunion des «22» clôturée par celle des «6» du déclenchement de la guerre de Libération nationale.

L’enchaînement d’une trajectoire temporelle à travers ces dates est illustrative du cheminement laborieux de l’organe de sauvegarde de l’unité du parti que fut le CRUA dans le prolongement d’étapes ultérieures et charnières d’un contexte particulier de crise politique du PPA-MTLD.

Ceci s’est traduit par une succession de dates qui se sont avérées stratégiquement déterminantes, à l’instar de la réunion du Comité des «22» le dimanche 25 juillet 1954 à la villa Derriche Lyes, clôturée triomphalement par la rencontre finale et décisive des «6» historiques, Didouche Mourad, Boudiaf Mohamed, Ben Boulaïd Mostefa, Bitat Rabah, Ben M’hidi Larbi et Krim Belkacem le dimanche 24 octobre 1954 à la Pointe Pescade, au domicile du militant Mourad Boukechoura, qui s’est ainsi révélée l’aube du déclenchement de la Révolution algérienne, le 1er Novembre 1954.

Ce qui a été l’aboutissement et le couronnement d’un long processus historique du mouvement national indépendantiste auquel ont adhéré les masses populaires de la nation algérienne dont les profondes et exclusives aspirations étaient la décolonisation et le recouvrement de la souveraineté de la patrie séculairement engloutie dans un funeste naufrage d’invasion barbare de l’âge de pierre d’une France conquérante de déni d’humanité.

Pour la pérennisation et la sauvegarde des liens générationnels avec des lieux d’histoire et de mémoire

Un pan d’histoire majeur sur lequel nous reviendrons ultérieurement et en temps propice au Palais El Menzeh – Espace Amar Ezzahi – Casbah avec la contribution de l’Office national des droits d’auteur et droits voisins (ONDA) pour revisiter des lieux de mémoire sourcés en repères – vestiges de l’antique El Mahroussa (la Protégée).

Cette rétrospective mémorielle sera rehaussée par la précieuse participation d’un militant de la première heure, Sid Ali Abdelhamid, doyen du Mouvement national PPA-MTLD, aujourd’hui âgé de 98 ans, un des acteurs et témoins de centralité de l’avènement du Comité révolutionnaire d’unité et d’action (CRUA) à La Casbah d’Alger.

Cela en une nécessité devenue impérieusement salutaire à dessein de rétablir la véracité de faits historiques saillants, hélas très souvent tronqués en direction de la jeunesse et des générations montantes et d’en prévenir ainsi les conséquences néfastes de la désinformation préjudiciable à cette catégorie vulnérable et également majoritaire de la nation algérienne.

Une réalité malheureusement banalisée, à l’exemple de la maladresse commise récemment lors de la couverture médiatique de la présentation des mémoires autobiographiques de Sid Ali Abdelhamid à la Bibliothèque nationale le 28 décembre 2019, où il est affirmé que ce dernier a rejoint le Comité révolutionnaire d’unité et d’action (CRUA) alors qu’il en constitue un des premiers membres organiquement fondateurs et constitutifs de ce fer de lance et levain de la guerre de Libération.