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Iran : Manifestation à Paris pour la libération de 2 chercheurs emprisonnés à Téhéran

lundi 10 février 2020, par siawi3

Source : email

Communiqué du Comité de soutien à Fariba Adelkhah et Roland Marchal

10 février 2020

Les nouvelles des chercheurs français Fariba Adelkhah et Roland Marchal, arrêtés à l’aéroport de Téhéran le 5 juin et prisonniers scientifiques depuis cette date, sont mauvaises et préoccupantes.

En grève de la faim depuis le 24 décembre, ayant refusé de réintégrer sa cellule et ayant dormi dans les parties communes du quartier des femmes de la prison d’Evin pendant 25 nuits, Fariba Adelkhah est aujourd’hui très affaiblie et peine à garder son équilibre. Elle demeure néanmoins parfaitement lucide. En dépit de notre appel et des pressions des autorités carcérales et judiciaires, elle n’a toujours pas interrompu sa grève de la faim.

Roland Marchal, pour lequel elle s’inquiète énormément, est désemparé et est confronté à des problèmes de santé qui font l’objet de soins mais qu’aggrave évidemment sa détention.

Fariba Adelkhah et Roland Marchal ont été convoqués le 5 février par « la section 15 (du tribunal révolutionnaire) qui fait peur à tous les détenus politiques ». Ils ont été auditionnés séparément, pendant 10 minutes pour Fariba Adelkhah, et 30 minutes pour Roland Marchal, sans doute pour les besoins de la traduction. Le juge Abolghasem Salavati, le plus dur des magistrats du tribunal qui a la réputation d’entériner les recommandations du « pouvoir à l’envers », du « pouvoir qui ne dit pas son nom » – celui des Gardiens de la Révolution, selon les propres termes de Fariba Adelkhah – ne semblait pas au courant du fond du dossier, ni même de la grève de la faim de Fariba Adelkhah. Il s’est contenté de leur dicter et faire signer une lettre. Fariba Adelkhah et Roland Marchal n’étaient pas assistés par leur avocat pendant cette audience.

Ils estiment être confrontés à une « procédure juridique longue et sans dénouement » qui « peut durer ad vitam aeternam ».

Nous croyons comprendre pour notre part que le procès ne devrait pas tarder, et survenir sans doute avant le 20 mars, début des longues vacances de Nowrouz au cours desquelles le pays s’arrête de fonctionner.

[(Venez nombreux au

Rassemblement silencieux sur le Parvis des droits de l’Homme

Esplanade du Trocadéro

Mardi 11 février, de 12h30 à 13h30

L’artiste sénégalais Alioune Diagne dansera pour Fariba et Roland sur le parvis.)]

Contact : F&R Support Committee fariba.roland gmail.com

°°°

Source : https://www.liberation.fr/debats/2020/02/09/liberte-pour-fariba-adelkhah-et-roland-marchal_1777803

Tribune
Liberté pour Fariba Adelkhah et Roland Marchal

Par un collectif de chercheurs

9 février 2020 à 17:06

Fariba Adelkhah et Roland Marchal. Photo Sciences Po
Les deux scientifiques sont emprisonnés en Iran depuis le 5 juin. Un collectif de chercheurs demande au Guide de la révolution leur libération.

Liberté pour Fariba Adelkhah et Roland Marchal

Fariba Adelkhah et Roland Marchal, tous deux chercheurs au Centre de recherches internationales (Ceri) de Sciences-Po et du CNRS, sont prisonniers scientifiques en Iran depuis le 5 juin. Comme une quinzaine d’autres universitaires étrangers, ils sont sous le coup de chefs d’accusation politiques - atteintes à la sûreté de l’Etat, propagande contre le régime, espionnage - qui ne trompent personne, et pas même la justice iranienne puisqu’un tribunal a demandé la libération sous caution de Fariba Adelkhah et de Roland Marchal, en décembre, et qu’un autre tribunal a levé l’accusation d’espionnage à l’encontre de la chercheuse, en janvier. Mais les Gardiens de la révolution, qui sont les auteurs de ces arrestations arbitraires, ont toujours le dernier mot tant sur le fond que sur les modalités de la détention, dont les conditions sont très dures.

Fariba Adelkhah, croyons-nous savoir, parle à ce propos d’un pouvoir qui ne dit pas son nom et que nul n’ose nommer, d’un « pouvoir à l’envers ». Le 24 décembre, cette dernière, de pair avec l’universitaire australo-britannique Kylie Moore-Gilbert, s’est engagée dans une grève de la faim qu’elle a poursuivie tout au long du mois de janvier, au prix d’une détérioration préoccupante de son état de santé. Nous lui avons demandé de la suspendre car son message en faveur du respect de la liberté scientifique et de ses propres droits a été entendu de par le monde. Néanmoins, le problème reste entier. Nous apprenons en effet que Fariba Adelkhah et Roland Marchal risquent d’être prochainement jugés par la section 15 du tribunal révolutionnaire de Téhéran, de sinistre réputation. Ce procès ne présentera naturellement aucune garantie d’impartialité.

Partie prenante des institutions collégiales de décision - le Conseil de discernement de la raison d’Etat, le Haut Conseil de sécurité nationale -, le « pouvoir à l’envers » des Gardiens de la révolution ne dépend constitutionnellement que du Guide de la révolution. C’est donc à celui-ci que nous nous adressons solennellement, à la veille du 11 février, jour de la commémoration de la révolution de 1979, pour qu’il fasse justice et sauve la République islamique du déshonneur de l’iniquité en ordonnant aux Gardiens de libérer Fariba Adelkhah et Roland Marchal. Leur seul tort est d’exercer leur métier en toute intégrité, en toute indépendance.

Du fond de la prison d’Evin, la chercheuse nous a adressé un cri poignant : « Sauver les chercheurs, sauver la recherche pour sauver l’histoire. » Ce cri concerne la République islamique, l’ensemble du Moyen-Orient, mais aussi chacun(e) d’entre nous, en Europe, en Afrique, en Asie, dans les Amériques. Car il n’y aura pas de société libre et juste sans science libre.

Le 11 février, de 12 h 30 à 13 h 30 : rassemblement silencieux sur le parvis des Droits de l’homme, esplanade du Trocadéro à Paris.

un collectif de chercheurs