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France : La colère d’Ariane Mnouchkine. après son Covid19

vendredi 15 mai 2020, par siawi3

Source : https://www.facebook.com/notes/g%C3%A9rard-picot/la-col%C3%A8re-dariane-mnouchkine-apr%C3%A8s-son-covid19-jo%C3%ABlle-gayot-t%C3%A9l%C3%A9rama/10157501601252956/

La colère d’Ariane Mnouchkine. après son Covid19 - Joëlle Gayot - Télérama

La colère d’Ariane Mnouchkine. après son Covid19 - Joëlle Gayot - Télérama
Gérard Picot·

mercredi 13 Mai 2020·

"Ariane Mnouchkine :
Comment se vit le confinement au Théâtre du Soleil ?

Comme nous pouvons. Comme tout le monde. Nous organisons des réunions
par vidéo avec les soixante-dix membres du théâtre et parfois leurs
enfants. Retrouver la troupe fait du bien à tous. Surtout à moi. Nous
réfléchissons : après le déconfinement, comment faire ? Comment
reprendre le théâtre, qui ne se nourrit pas que de mots mais surtout
de corps ? Quelles conditions sanitaires mettre en œuvre sans qu’elles
deviennent une censure insupportable ? Masques, évidemment,
distanciations physiques dans les activités quotidiennes telles que
les repas, les réunions, mais en répétition ? Se demander comment
faire, c’est déjà être, un peu, dans l’action. Il se trouve que, le 16
mars, nous allions commencer à répéter un spectacle étrangement
prophétique. Le sujet, que je ne peux ni ne veux évoquer ici, sous
peine de le voir s’évanouir à tout jamais, ne varie pas. Mais sa forme
va bouger sous les coups du cataclysme qui ébranle tout, individus,
États, sociétés, convictions. Alors nous nous documentons, nous menons
nos recherches dans tous les domaines nécessaires. Nous devons
reprendre l’initiative, cette initiative qui, depuis deux mois, nous a
été interdite, même dans des domaines où des initiatives citoyennes
auraient apporté, sinon les solutions, du moins des améliorations
notables sur le plan humain.

Quel est votre état d’esprit ?

J’ai du chagrin. Car derrière les chiffres qu’un type égrène chaque
soir à la télévision, en se félicitant de l’action formidable du
gouvernement, je ne peux m’empêcher d’imaginer la souffrance et la
solitude dans lesquelles sont morts ces femmes et ces hommes. La
souffrance et l’incompréhension de ceux qui les aimaient, à qui on a
interdit les manifestations de tendresse et d’amour, et les rites,
quels qu’ils soient, indispensables au deuil. Indispensables à toute
civilisation. Alors qu’un peu d’écoute, de respect, de compassion de
la part des dirigeants et de leurs moliéresques conseillers
scientifiques aurait permis d’atténuer ces réglementations émises à la
hâte, dont certaines sont compréhensibles mais appliquées avec une
rigidité et un aveuglement sidérants.

Parlons-nous du théâtre ?

Mais je vous parle de théâtre ! Quand je vous parle de la société, je
vous parle de théâtre ! C’est ça le théâtre ! Regarder, écouter,
deviner ce qui n’est jamais dit. Révéler les dieux et les démons qui
se cachent au fond de nos âmes. Ensuite, transformer, pour que la
Beauté transfigurante nous aide à connaître et à supporter la
condition humaine. Supporter ne veut pas dire subir ni se résigner.
C’est aussi ça le théâtre !

Vous êtes en colère ?

Ah ! ça oui ! Je ressens de la colère, une terrible colère et,
j’ajouterai, de l’humiliation en tant que citoyenne française devant
la médiocrité, l’autocélébration permanente, les mensonges
désinformateurs et l’arrogance obstinée de nos dirigeants. Pendant une
partie du confinement, j’étais plongée dans une semi-inconscience due
à la maladie. Au réveil, j’ai fait la bêtise de regarder les
représentants-perroquets du gouvernement sur les médias tout aussi
perroquets. J’avais respecté la rapidité de réaction d’Emmanuel Macron
sur le plan économique et son fameux « quoi qu’il en coûte » pour
éviter les licenciements. Mais lorsque, dans mon petit monde
convalescent, sont entrés en piste ceux que je surnomme les quatre
clowns, le directeur de la Santé, le ministre de la Santé, la
porte-parole du gouvernement, avec, en prime, le père Fouettard en
chef, le ministre de l’Intérieur, la rage m’a prise. Je voudrais ne
plus jamais les revoir.

Que leur reprochez-vous ?

Un crime. Les masques. Je ne parle pas de la pénurie. Ce scandale a
commencé sous les quinquennats précédents de Nicolas Sarkozy et de
François Hollande. Mais appartenant au gouvernement qui, depuis trois
ans, n’a fait qu’aggraver la situation du système de santé de notre
pays, ils en partagent la responsabilité. En nous répétant, soir après
soir, contre tout bon sens, que les masques étaient inutiles voire
dangereux, ils nous ont, soir après soir, désinformés et,
littéralement, désarmés. Alors qu’il eût fallu, et cela dès que
l’épidémie était déclarée en Chine, suivre l’exemple de la plupart des
pays asiatiques et nous appeler à porter systématiquement le masque,
quitte, puisqu’il n’y en avait pas, à en fabriquer nous-mêmes. Or nous
avons dû subir les mensonges réitérés des quatre clowns, dont les
propos inoubliables de la porte-parole du gouvernement qui nous a
expliqué que, puisque elle-même — la prétention de cet « elle-même » —
ne savait pas les utiliser, alors personne n’y parviendrait ! Selon de
nombreux médecins qui le savent depuis longtemps mais dont la parole
ne passait pas dans les médias-perroquets au début de la catastrophe,
nous allons tous devoir nous éduquer aux masques car nous aurons à les
porter plusieurs fois dans notre vie. Je dis cela car dans le clip qui
nous recommande les gestes barrières, le masque ne figure toujours
pas. Je suis de celles et ceux qui pensent que son usage systématique,
dès les premières alertes, aurait, au minimum, raccourci le
confinement mortifère que nous subissons.

Subir est-il le pire ?

Nous devons cesser de subir la désinformation de ce gouvernement. Je
ne conteste pas le fameux « Restez chez vous ». Mais, si l’on est
(soi-disant) en guerre, ce slogan ne suffit pas. On ne peut pas
déclarer la guerre sans appeler, dans le même temps, à la mobilisation
générale. Or cette mobilisation, même abondamment formulée, n’a jamais
été réellement souhaitée. On nous a immédiatement bâillonnés,
enfermés. Et certains plus que d’autres : je pense aux personnes âgées
et à la façon dont elles ont été traitées. J’entends s’exprimer dans
les médias des obsédés anti-vieux, qui affirment qu’il faut tous nous
enfermer, nous, les vieux, les obèses, les diabétiques jusqu’en
février, sinon, disent-ils, ces gens-là encombreront les hôpitaux. Ces
gens-là ? Est-ce ainsi qu’on parle de vieilles personnes et de malades
 ? Les hôpitaux ne seraient donc faits que pour les gens productifs en
bonne santé ? Donc, dans la France de 2020, nous devrions travailler
jusqu’à 65 ans et une fois cet âge révolu, nous n’aurions plus le
droit d’aller à l’hôpital pour ne pas encombrer les couloirs ? Si ce
n’est pas un projet préfasciste ou prénazi, ça y ressemble. Cela me
fait enrager.

Que faire de cette rage ?

Cette rage est mon ennemie parce qu’elle vise de très médiocres
personnages. Or le théâtre ne doit pas se laisser aveugler par de très
médiocres personnages. Dans notre travail, nous devons comprendre la
grandeur des tragédies humaines qui sont en train d’advenir. Si nous,
artistes, nous restons dans cette rage, nous n’arriverons pas à
traduire dans des œuvres éclairantes pour nos enfants ce qui se vit
aujourd’hui. Une œuvre qui fera la lumière sur le passé pour que l’on
comprenne comment une telle bêtise, un tel aveuglement ont pu advenir,
comment ce capitalisme débridé a pu engendrer de tels technocrates,
ces petits esprits méprisants vis-à-vis des citoyens. Pendant un an,
ils restent sourds aux cris d’alarme des soignantes et soignants qui
défilent dans la rue. Aujourd’hui, ils leur disent : vous êtes des
héros. Dans le même temps, ils nous grondent de ne pas respecter le
confinement alors que 90 % des gens le respectent et que ceux qui ne
le font pas vivent souvent dans des conditions inhumaines. Et que le
plan Banlieue de Jean-Louis Borloo a été rejeté du revers de la main,
il y a à peine deux ans, sans même avoir été sérieusement examiné ni
discuté. Tout ce qui se passe aujourd’hui est le résultat d’une longue
liste de mauvais choix.

Cette catastrophe n’est-elle pas aussi une opportunité ?

Oh ! une opportunité ? ! Des centaines de milliers de morts dans le
monde ? Des gens qui meurent de faim, en Inde ou au Brésil, ou qui le
risquent dans certaines de nos banlieues ? Une aggravation accélérée
des inégalités, même dans des démocraties riches, comme la nôtre ?
Certains pensent que nos bonnes vieilles guerres mondiales aussi ont
été des opportunités… Je ne peux pas répondre à une telle question, ne
serait-ce que par respect pour tous ceux qui en Inde, en Équateur ou
ailleurs ramassent chaque grain de riz ou de maïs tombé à terre.

Les Français sont-ils infantilisés ?

Pire. Les enfants ont, la plupart du temps, de très bons profs,
dévoués et compétents, qui savent les préparer au monde. Nous, on nous
a désarmés psychologiquement. Une histoire m’a bouleversée : dans un
Ehpad de Beauvais, des soignantes décident de se confiner avec les
résidentes. Elles s’organisent, mettent des matelas par terre et
restent dormir près de leurs vieilles protégées pendant un mois. Il
n’y a eu aucune contamination. Aucune. Elles décrivent toutes ce
moment comme extraordinaire. Mais arrive un inspecteur du travail pour
qui ces conditions ne sont pas dignes de travailleurs. Des lits par
terre, cela ne se fait pas. Il ordonne l’arrêt de l’expérience. Les
soignantes repartent chez elles, au risque de contaminer leurs
familles, avant de revenir à l’Ehpad, au risque de contaminer les
résidentes. En Angleterre, c’est 20 % du personnel qui se confine avec
les résidents. Mais non, ici, on interdit la poursuite de cette
expérience fondée sur une réelle générosité et le volontariat, par
rigidité réglementaire ou par position idéologique. Ou les deux.

Cette mise à l’écart des personnes âgées révèle-t-elle un problème de
civilisation ?

Absolument. Lorsque la présidente de la Commission européenne suggère
que les gens âgés restent confinés pendant huit mois, se rend-elle
compte de la cruauté de ses mots ? Se rend-elle compte de son
ignorance de la place des vieux dans la société ? Se rend-elle compte
qu’il y a bien pire que la mort ? Se rend-elle compte que parmi ces
vieux, dont je suis, beaucoup, comme moi, travaillent, agissent, ou
sont utiles à leurs familles ? Sait-elle que nous, les vieux, nous
acceptons la mort comme inéluctable et que nous sommes innombrables à
réclamer le droit de l’obtenir en temps voulu, droit qui nous est
encore obstinément refusé en France, contrairement à de nombreux
autres pays. Quelle hypocrisie ! Vouloir nous rendre invisibles plutôt
que de laisser ceux d’entre nous qui le veulent choisir le moment de
mourir en paix et avec dignité. Lorsque Emmanuel Macron susurre : « 
Nous allons protéger nos aînés », j’ai envie de lui crier : je ne vous
demande pas de me protéger, je vous demande juste de ne pas m’enlever
les moyens de le faire. Un masque, du gel, des tests sérologiques ! À
croire qu’ils rêvent d’un Ehpad généralisé où cacher et oublier tous
les vieux. Jeunes, tremblez, nous sommes votre avenir !

Qu’est-ce que cela dit sur notre société ?

Sur la société, je ne sais pas, mais cela en dit beaucoup sur la
gouvernance. Dans tout corps, une mauvaise gouvernance révèle le plus
mauvais. Il y a 10 % de génies dans l’humanité et 10 % de salopards.
Dans la police, il y a 10 % de gens qui ne sont pas là pour être
gardiens de la paix mais pour être forces de l’ordre. Je respecte la
police, mais lorsqu’on donne des directives imprécises, laissées à la
seule interprétation d’un agent, cet agent, homme ou femme, se
révélera un être humain, bon, compréhensif et compétent, ou bien il
agira comme un petit Eichmann 1 investi d’un pouvoir sans limite, qui,
parce que son heure est enfin venue, pourra pratiquer sa malfaisance.
Donc il fera faire demi-tour à un homme qui se rend à l’île de Ré pour
voir son père mourant. Ou il fouillera dans le cabas d’une dame pour
vérifier qu’elle n’a vraiment acheté que des produits de première
nécessité. Et s’il trouve des bonbons, il l’humiliera. Quand je pense
qu’ont été dénoncées, oui, vous avez bien entendu, dénoncées, et
verbalisées des familles qui venaient sous les fenêtres pour parler à
leurs proches reclus en Ehpad… Se rend-on compte de ce qui est là,
sous-jacent ?

Redoutez-vous un État liberticide ?

Il y a, indubitablement, un risque. La démocratie est malade. Il va
falloir la soigner. Je sais bien que nous ne sommes pas en Chine où,
pendant le confinement de Wuhan, on soudait les portes des gens pour
les empêcher de sortir. Mais, toute proportion gardée, oui, en France,
la démocratie est menacée. Vous connaissez, bien sûr, l’histoire de la
grenouille ? Si on la plonge dans l’eau bouillante, elle saute
immédiatement hors de l’eau. Si on la plonge dans l’eau froide et
qu’on chauffe très doucement cette eau, elle ne saute pas, elle meurt,
cuite. C’est l’eau fraîche de la démocratie que, petit à petit, on
tiédit. Je ne dis pas que c’est ce que les gouvernants veulent faire.
Mais je pense qu’ils sont assez bêtes pour ne pas le voir venir. Oui,
je découvre avec horreur que ces gens, si intelligents, sont bêtes. Il
leur manque l’empathie. Ils n’ont aucune considération pour le peuple
français. Pourquoi ne lui dit-on pas simplement la vérité ?

Avez-vous encore espoir en nos dirigeants politiques ?

Lorsque le 12 mars Emmanuel Macron dit : « Il nous faudra demain tirer
les leçons du moment que nous traversons, interroger le modèle de
développement dans lequel s’est engagé notre monde depuis des
décennies et qui dévoile ses failles au grand jour… La santé… notre
État-providence ne sont pas des coûts… mais des biens précieux », nous
nous regardons, ahuris. Et cela me rappelle l’histoire de l’empereur
Ashoka qui, en 280 av. J.-C., pour conquérir le royaume de Kalinga,
livra une bataille qui se termina par un tel massacre que la rivière
Daya ne charriait plus de l’eau mais du sang. Face à cette vision,
Ashoka eut une révélation et se convertit au bouddhisme et à la
non-violence. Nous espérons parfois de nos gouvernants cette prise de
conscience du mal qu’ils commettent. J’avoue que, ce soir-là, j’ai
espéré cette conversion d’Emmanuel Macron. J’ai souhaité que,
constatant son impuissance face à un minuscule monstre qui attaque le
corps et l’esprit des peuples, il remonte avec nous la chaîne des
causalités, comprenne de quelle manière l’Histoire, les choix et les
actes des dirigeants, de ses alliés politiques, ont mené à notre
désarmement face à cette catastrophe. J’aurais aimé qu’il comprenne à
quel point il est, lui-même, gouverné par des valeurs qui n’en sont
pas. Ça aurait été extraordinaire. J’aimerais avoir de l’estime pour
ce gouvernement. Cela me soulagerait. Je ne demanderais que ça. Au
lieu de quoi je ne leur fais aucune confiance. On ne peut pas faire
confiance à des gens qui, pas une seconde, ne nous ont fait confiance.
Quand, permises ou pas, les manifestations vont reprendre le pavé,
seront-elles de haine et de rage, n’aboutissant qu’à des violences et
des répressions, avec en embuscade Marine Le Pen qui attend, impavide,
ou seront-elles constructives, avec de vrais mouvements qui font des
propositions ? Certains matins je pense que ça va être constructif. Et
certains soirs, je pense l’inverse. Ce dont j’ai peur surtout, c’est
de la haine. Parce que la haine ne choisit pas, elle arrose tout le
monde.

Vous avez peur d’un déconfinement de la haine ?

Exactement ! Peur du déconfinement de la haine coléreuse. Est-ce que
le peuple français va réussir à guérir, ou au moins à orienter sa
rage, donc ses haines, vers des propositions et des actions novatrices
et unificatrices ? Il serait temps. Car le pire est encore possible.
Le pire, c’est-à-dire le Brésil, les États-Unis, etc. Nous n’en sommes
pas là mais nous y parviendrons, à force de privatisations, à force
d’exiger des directeurs d’hôpitaux qu’ils se comportent en chefs
d’entreprises rentables. Heureusement Emmanuel Macron a eu la sagesse
d’immédiatement mettre en œuvre un filet de sécurité — le chômage
partiel — pour que la France ne laisse pas sur la paille treize
millions de ses citoyens. C’était la seule chose à faire. Il l’a
faite. Cela doit être salué. Mais cette sagesse n’a rien à voir avec
une pseudo « générosité » du gouvernement, comme semble le penser un
certain ministre. Elle est l’expression même de la fraternité qui est
inscrite sur nos frontons. C’est la vraie France, celle qui fait
encore parfois l’admiration et l’envie des pays qui nous entourent.
Pour une fois, on a laissé l’économie derrière afin de protéger les
gens. Encore heureux !

Qu’attendez-vous pour les artistes, les intermittents ?

Je viens d’entendre qu’Emmanuel Macron accède, heureusement, à la
revendication des intermittents qui demandent une année blanche afin
que tous ceux qui ne pourront pas travailler dans les mois qui
viennent puissent tenir le coup. C’est déjà ça. Ici, au Soleil, nous
pouvons travailler, nous avons une subvention, un lieu, un projet et
des outils de travail. À nous de retrouver la force et l’élan
nécessaires. Ce n’est pas le cas des intermittents et artistes qui,
pour trouver du travail, dépendent d’entreprises elles-mêmes en
difficulté. Même si, en attendant, certains vont réussir à répéter, il
va falloir, pour jouer, attendre que les salles puissent ouvrir à
plein régime. Cela peut durer de longs mois, jusqu’à l’arrivée d’un
médicament. Ceux-là ne doivent pas être abandonnés, l’avenir de la
création théâtrale française, riche entre toutes, peut-être unique au
monde, dépend d’eux. Personne ne pardonnerait, ni artistes ni public,
qu’on laisse revenir le désert. Lors d’une inondation, on envoie les
pompiers et les hélicoptères pour hélitreuiller les gens réfugiés sur
leurs toits. Quoi qu’il en coûte. Le virus nous assiège tous, mais, de
fait, les arts vivants vont subir le plus long blocus. Donc, comme
pendant le blocus de Berlin, il faut un pont aérien qui dure tant que
le siège n’est pas levé, tant que le public ne peut pas revenir,
rassuré et actif, avec enthousiasme. Avec masque, s’il est encore
nécessaire. Mais la distance physique ne sera pas tenable au théâtre.
Ni sur la scène, ni même dans la salle. C’est impossible. Pas
seulement pour des raisons financières, mais parce que c’est le
contraire de la joie.

N’est-il pas temps d’appeler à un nouveau pacte pour l’art et la culture ?

Pas seulement pour l’art et la culture. Nous faisons partie d’un tout