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En Iran, indignation après l’assassinat d’une adolescente par son père

samedi 30 mai 2020, par siawi3

Source : https://www.courrierinternational.com/une/drame-en-iran-indignation-apres-lassassinat-dune-adolescente-par-son-pere

En Iran, indignation après l’assassinat d’une adolescente par son père

Source : Kargozaran - Téhéran

Publié le 28/05/2020 - 11:44

Romina Ashrafi avait 13 ans. Elle avait quitté la maison familiale pour vivre avec son amoureux. Rattrapée par les autorités et ramenée à son domicile, elle sera décapitée par son père alors qu’elle dormait. Un crime qui scandalise et ranime le débat sur les lois patriarcales en Iran.

“La tragédie de Romina”, titre en une le quotidien réformateur Kargozaran ce jeudi 28 mai pour dénoncer l’assassinat à la faucille d’une Iranienne de 13 ans par son père. Un meurtre qui émeut depuis quelques jours l’opinion publique. Et, dans une démarche inédite pour la presse iranienne, le journal consacre toute sa une à la photo de l’adolescente.

Romina Ashrafi, une habitante d’un petit village dans le Gilan, dans le nord du pays, avait fui sa maison familiale avec son copain de 30 ans, parce que son père s’opposait à leur mariage, non pas à cause de l’âge très avancé de l’homme, mais en raison de son obédience sunnite, alors que les Ashrafi sont chiites.

Après la disparition de l’adolescente, le père de Romina Ashrafi porte plainte contre le copain de cette dernière pour “enlèvement”. Le couple est arrêté cinq jours plus tard. L’adolescente supplie les autorités pour qu’elles ne la remettent pas à son père. En vain. Le lendemain, elle est tuée pendant son sommeil par son père qui essaie d’abord de l’étrangler avant d’utiliser une faucille.

Le père propriétaire de son enfant

Cette tragédie a créé un tollé sur les réseaux sociaux en Iran contre les lois patriarcales et l’absence de protection pour les femmes et les jeunes filles, parce que, selon le Code pénal islamique, en vigueur en Iran, le père est considéré comme le propriétaire de son enfant. Ainsi, le père qui assassine sa progéniture ne sera condamné, selon le verdict du juge, qu’entre trois à dix ans de prison. Alors que le meurtre en Iran est passible de la peine capitale.

Dans son édito, Kargozaran se demande pourquoi la jeune adolescente, “vu le caractère du père et la culture de la région, a été remise à sa famille, alors qu’elle pouvait rester avec la police ou avec les organisations de défense de l’enfant. Pourquoi la loi reste muette dans ces cas ?”. Des questions que se posent beaucoup d’Iraniens depuis la médiatisation de la tragédie.

En Iran, le nombre exact des “crimes d’honneur” n’est pas disponible dans les rapports publics. Or, la police de Téhéran a annoncé en 2014 que 20 % des homicides étaient des “crimes d’honneur”, sans donner aucun chiffre.

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Source : https://www.lemonde.fr/international/article/2020/05/28/l-assassinat-d-une-jeune-fille-de-14-ans-par-son-pere-emeut-l-iran_6041043_3210.html

L’assassinat d’une jeune fille de 14 ans par son père émeut l’Iran

Par Ghazal Golshiri

Les internautes et certains journaux s’indignent du manque de lois protégeant les femmes après la mort de Romina Ashrafi, rare « crime d’honneur » à faire l’objet d’une couverture médiatique.

Sur l’affiche annonçant la cérémonie de deuil, pas de photo de Romina Ashrafi, jeune fille de 14 ans assassinée à la faucille par son père, le 21 mai. Elle avait fui la maison familiale avec l’homme qu’elle souhaitait épouser, le trentenaire Bahman Khavari. Ornée de la photo d’une rose rouge, évoquant la défunte, il est question de « destinée voulue par Dieu ». Nulle mention de l’assassinat de la jeune fille ; le nom du père meurtrier, Reza Ashrafi, figure même en haut de la liste des personnes endeuillées.

Cette tragédie, miroir de bien des maux de la société iranienne, ne cesse de mettre en ébullition la Toile iranienne et fait la « une » de certains journaux, qui s’indignent de l’insuffisance des lois protégeant les femmes en Iran. Selon le code pénal islamique en vigueur dans le pays, l’enfant est la propriété de son père et ce dernier, s’il le tue, ne sera pas puni en fonction de la loi du Talion, qui prévoirait pourtant la peine capitale pour le meurtrier. Le père de Romina Ashrafi, aujourd’hui en détention provisoire, ne risque qu’entre trois et dix ans de prison, ainsi que le paiement d’une amende, ce que dénoncent de nombreux internautes iraniens.

Le drame a eu lieu à Sefid Sangan-é Lamir, un petit village de la province de Gilan, dans le nord du pays. A en croire Bahman Khavari, lui et l’adolescente avaient une histoire d’amour « depuis quelques années », ce qui a aussi choqué bien des internautes iraniens, parlant de pédophilie. En Iran, les filles peuvent se marier à partir de l’âge de 13 ans.

Verdict souvent clément

Selon Bahman Khavari, le père de la jeune fille s’opposait à leur union non à cause de son âge mais car il ne voulait pas donner sa fille, chiite, à un homme sunnite. Avant son geste meurtrier, le père a porté plainte contre Bahman Khavari pour enlèvement. Le couple est arrêté cinq jours plus tard. Conformément à la loi, la police remet la fille à sa famille, en dépit des mises en garde de Romina Ashrafi, qui craignait la réaction de son père. Le lendemain, il tente d’étrangler sa fille dans son sommeil, en vain, avant de faire usage d’une faucille. Les voisins, alertés par les cris d’horreur de la victime et de sa mère, ont appelé la police.

En Iran, chaque année, plusieurs femmes et jeunes filles sont tuées par des hommes de leur famille, au prétexte de vouloir défendre leur honneur. Leur nombre ne figure dans aucun rapport officiel mais en 2014, un responsable de la police de Téhéran, Hadi Mostafayi, a fait savoir que 20 % des meurtres en Iran sont des crimes de cette nature. L’Association iranienne pour la défense des droits de l’enfant, une organisation non gouvernementale et indépendante, dit pour sa part avoir répertorié au moins une trentaine de filles tuées par leur père depuis 2001. Beaucoup de crimes d’honneur ne sont jamais rapportés dans la presse.

Selon l’avocate iranienne spécialiste des droits de l’enfant Sara Bagheri, citée par le site indépendant Meidaan, « le système judiciaire est différent dans les petites villes et les villages de celui à Téhéran (…). Les gens se connaissent et empêchent à tout prix que les médias aient vent de drames comme celui-là. Et dans le cas où le meurtrier est le père de la famille, le verdict est souvent plus clément ». L’avocate précise également que dans les localités les plus petites, les enquêtes sont souvent bâclées.

Cette fois, depuis la révélation du meurtre, le 26 mai, cinq jours après les faits, les Iraniens sont nombreux à s’en prendre au pouvoir politique qui reste sourd à la demande de lois efficaces pour protéger les droits des femmes. « A chaque fois que je lis un article sur les crimes d’honneur en Iran, je me dis que nous sommes chanceuses d’être toujours vivantes, a écrit sur Twitter Shima Pilehvar, chercheuse en science des matériaux en Norvège. Parce qu’en Iran, absolument aucune loi ne nous protège contre les violences domestiques. Nous, les femmes iraniennes, avons perdu au loto parce que nous sommes nées sur cette terre-là. »

Mercredi 27 mai, le président iranien Hassan Rohani a dénoncé le meurtre de l’adolescente, parlant de « violence conjugale » et demandé que les décrets de son gouvernement contre les violences faites aux femmes, en attente depuis sept ans, soient votés le plus vite possible par le nouveau Parlement. Demande qui, vue la tendance très conservatrice de l’Assemblée issue des élections du 21 février et entrée en fonctions mercredi, risque de rester lettre morte.