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Iran : il décapite sa fille et n’encourt que trois ans de prison

vendredi 5 juin 2020, par siawi3

Source : https://www.marianne.net/monde/iran-il-decapite-sa-fille-et-n-encourt-que-trois-ans-de-prison?utm_source=nl_quotidienne&utm_medium=email&utm_campaign=20200604&xtor=EPR-3&_ope=eyJndWlkIjoiZWU1YTU1MWQyNmQzMmYxMmE0MzMyZDY4NmJjYmFiMmUifQ%3D%3D

Photo : Les autorités ne communiquent aucune statistique sur le sujet mais d’après l’Association iranienne pour la défense des droits de l’enfant, une trentaine de filles aurait été tuées par leur père depuis 2001. - © ATTA KENARE / AFP
Monde

Iran : il décapite sa fille et n’encourt que trois ans de prison

Par Behrooz Assadian

Publié le 04/06/2020 à 12:38, modifié le 04/06/2020 à 14:51

Selon la loi de la République islamique, le père de Romina, 14 ans, qu’il a tuée « pour l’honneur » le 21 mai, est à peine coupable. L’affaire secoue l’opinion.

Cette histoire se passe dans un petit village de la province de Gilan, au nord du pays, et elle bouleverse l’Iran. « Papa, considère-moi morte, toi qui as voulu ma mort. » C’est un extrait de la lettre que Romina Ashrafi écrit à son père le soir de sa fugue. Sa mère, Raana Dashti, en révèle le contenu dans une interview accordée au site d’information locale, Faraz. Romina a 14 ans, un an de plus que l’âge minimum pour le mariage selon la loi iranienne. Elle est tombée sous l’emprise de Bahman Khavari, âgé de 28 ans, et dit vouloir l’épouser. Le père, Reza Ashrafi, s’y oppose farouchement et considère que son honneur est sali. Romina se sait déjà condamnée. « Il lui a demandé de se tuer, raconte sa mère, il m’a donné une corde et m’a dit ’apprend-lui à s’en servir’. »

La jeune fille s’enfuit et trouve refuge quelques jours chez la sœur de Bahman. Lequel s’exprime dans un entretien filmé. D’après ses dires, il entretenait depuis deux ans « une relation non consommée » avec celle qu’il refuse d’appeler par son prénom, la désignant comme « la fille ». Distant, il dit « regretter sa mort, » mais ajoute : « Je n’y peux rien, maintenant elle est partie ». Selon une amie de Romina, il la faisait chanter : « Elle m’a dit qu’elle avait participé à un Instagram Live que Bahman avait enregistré, et qu’il la harcelait avec cet enregistrement. » Ce sont quelques clichés, accompagnés d’une note disant que la jeune fille « est désormais à lui », envoyés au père, qui ont déchaîné la rage de ce dernier.

PROPRIETE DE SON PERE

Le père porte plainte auprès du commissariat du village et Romina est reconduite par la police au logis familial. Au juge, elle dit pourtant qu’elle ne veut pas rentrer, qu’elle craint pour sa vie. Mais rien n’y fait : le père a légalement tous les droits sur sa fille. Elle est sa propriété, avant de devenir celle de son époux. Alors que l’adolescente s’est endormie, il laisse libre cours à sa fureur : il la décapite. « Il m’avait dit qu’il ne lui ferait pas de mal, il m’a dupée, » se lamente sa mère qui exige que justice soit faite. Mais quelle justice ?

En Iran, la loi du talion - vie pour vie, œil pour œil, dent pour dent - prévaut pour les meurtres. Selon le code pénal islamique, c’est aux « héritiers directs » de la victime ( son père, sa mère, ses enfants) que revient le choix de pardonner au meurtrier en échange d’une amende, la “diyya”, ou de demander l’exécution de la peine capitale.

Selon la loi, il reviendrait donc au père de se prononcer sur son propre sort ! Pour résoudre ce paradoxe, la loi fait donc une exception quand le père tue son enfant. Le code pénal prévoit alors une peine de 3 à 10 ans de prison, ainsi que le versement de l’amende. Le tarif fixé pour une femme est la moitié de celui fixé pour un homme. C’est donc ce qu’encourt Reza Ashrafi, le père de Romina. Il pourrait même bénéficier d’un allègement de peine si son “état émotionnel” est considéré comme circonstance atténuante. La mère, qui a demandé à ce que la loi du talion s’applique, n’a aucune chance d’être entendue.

UN MEURTRE CALCULE

Cette exception juridique, les coupables d’infanticides la connaissent bien. Le père de Romina « s’était même renseigné auprès de son gendre avocat, révèle le journal Sharvand, un mois avant de passer à l’acte. » Il savait que l’héritier direct n’encourt pas la peine capitale s’il tue son enfant. Lors de son dépôt de plainte Bahman Khavari, le père a d’ailleurs bien pris soin d’indiquer aux policiers que l’homme avec qui sa fille s’est enfuie « l’a prise par la force et la menace » et qu’il n’avait pas l’intention de l’épouser. Peu importe que l’intéressé le nie catégoriquement, le père sait que, grâce à cette déclaration, il se protège, car la loi sera complaisante à son égard.

Quelques cas récents révèlent un type de comportement similaire à celui du père de Romina. Les meurtriers ne réagissent plus sur « un coup de folie » pour « sauver l’honneur » en tuant les deux protagonistes. Ils prennent un risque calculé, sachant que la loi les protège : tuer l’enfant ou la femme et encourir une peine minimale, plutôt que tuer également l’amant et risquer la peine de mort.

Ainsi, la législation islamique laisse le champ libre aux « gardiens de l’honneur ». Les autorités ne communiquent aucune statistique sur le sujet, mais d’après l’Association iranienne pour la défense des droits de l’enfant, une trentaine de filles aurait été tuées par leur père depuis 2001.La décapitation de Romina a suscité une vague d’indignation sans précédent. Le président Hassan Rohani a exprimé ses « regrets »…