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En Algérie, l’escalade répressive se poursuit

lundi 29 juin 2020, par siawi3

Source : Médiapart, 25 juin 20

En Alge ?rie, l’escalade re ?pressive se poursuit

PAR RACHIDA EL AZZOUZI

JEUDI 25 JUIN 2020

La militante Amira Bouraoui, fondatrice du mouvement Barakat (« C ?a suffit ») sous Bouteflika, a e ?te ? condamne ?e a ? un an de prison ferme. Le pouvoir alge ?rien profite depuis des mois de la pande ?mie pour re ?primer tous ceux qui s’opposent a ? sa politique.

« Si aujourd’hui, c’est e ?tre coupable que d’aimer son pays et de se battre pour la justice et la liberte ?, alors nous sommes tous coupables. » En une phrase, l’e ?crivaine alge ?rienne Mai ?ssa Bey re ?sume l’e ?tat d’esprit d’une tre ?s large partie de la population en Alge ?rie, alors que le re ?gime vient d’accentuer encore la re ?pression.

Le pouvoir alge ?rien profite depuis des mois de la pande ?mie de coronavirus pour ba ?illonner et jeter en prison des militants pour la de ?mocratie, des journalistes, mais aussi des citoyens lambda qui ont pour seul tort d’avoir re ?dige ? un post Facebook (lire nos articles ici ou la ?). Les activistes du Hirak, le puissant soule ?vement populaire qui a de ?chu Abdelaziz Bouteflika apre ?s 20 ans de re ?gne et qui dure depuis plus d’un an, sont particulie ?rement cible ?s.
Objectif pour le pouvoir : enterrer le Hirak et ses manifestations hebdomadaires, empe ?cher cou ?te que cou ?te la contestation de reprendre a ? l’heure du de ?confinement progressif. Une nouvelle e ?tape dans la re ?pression a ainsi e ?te ? franchie ces derniers jours. Amira Bouraoui, l’une des opposantes de l’e ?re Bouteflika, figure fondatrice du mouvement Barakat (« C ?a suffit »), en 2014, a e ?cope ? dimanche 21 juin d’un an de prison ferme, avec incarce ?ration imme ?diate.

Me ?decin gyne ?cologue de 44 ans, me ?re de deux enfants, de 12 et 16 ans, elle paie son engagement antire ?gime et se voit apre ?s quatre jours de garde a ? vue reconnue coupable de six chefs d’accusation : « offense a ? l’islam », « offense » au pre ?sident de la Re ?publique Abdelmadjid Tebboune, « incitation a ? violer le confinement » en « exposant directement la vie d’autrui ou son inte ?grite ? physique a ? un danger » pendant la crise sanitaire, incitation a ? un attroupement non arme ?, « publication sur les re ?seaux sociaux pouvant porter atteinte a ? l’unite ? nationale », « informations ou nouvelles, fausses ou calomnieuses, susceptibles de porter atteinte a ? la se ?curite ? ou a ? l’ordre public ».
Ces dernie ?res accusations s’appuient sur une se ?rie de nouvelles lois adopte ?es le 19 avril, en plein coronavirus et a ? toute vitesse dans un he ?micycle vide, qui criminalisent « la diffusion de fake news » portant « atteinte a ? l’ordre public et a ? la su ?rete ? de l’E ?tat » ou encore « les discours de haine ». Des textes aussito ?t de ?nonce ?s par les militants des droits humains, qui craignent leur instrumentalisation pour le ?galiser la re ?pression en cours de la presse, des opposants, des citoyens, un autre tour de vis contre les liberte ?s.

Ils ne se sont pas trompe ?s. Ces dernie ?res semaines en te ?moignent. Les poursuites judiciaires et les condamnation de militants du Hirak, d’opposants, de journalistes, de blogueurs se succe ?dent.

Vendredi 19 juin et alors que le de ?bat sur une reprise des manifestations divise le mouvement a ? l’aube de la troisie ?me semaine de de ?confinement, plusieurs centaines d’Alge ?riens ont brave ? l’interdiction de se rassembler toujours en vigueur pour manifester et renouer avec la chore ?graphie contestataire entame ?e en fe ?vrier 2019 en re ?gions, notamment en Kabylie (Nord- Ouest).

Pre ?s de 500 personnes ont e ?te ? interpelle ?es a ? travers le pays lors de ces manifestations interdites, avant que la majorite ? d’entre elles ne soient rela ?che ?es, selon Sai ?d Salhi, le vice-pre ?sident de la Ligue alge ?rienne des droits de l’homme (Laddh). Parmi la centaine de manifestants en garde a ? vue apre ?s leur arrestation vendredi, pre ?s d’une vingtaine ont e ?te ? place ?s dimanche sous mandat de de ?po ?t. Les autres ont e ?te ? soit condamne ?s a ? des peines de prison, ferme ou avec sursis, ou a ? des amendes, soit libe ?re ?s dans l’attente de leur proce ?s.

Mercredi 10 juin, Mediapart faisait le point sur cette escalade re ?pressive avec Hakim Addad, militant politique, emprisonne ? pendant plusieurs mois, et Abdallah Benadouda, journaliste exile ? aux E ?tats-Unis, dans notre e ?mission « A ? l’air libre ».

Activiste du Hirak de la premie ?re heure, fondateur du RAJ (Rassemblement actions jeunesse), la principale association de jeunes en Alge ?rie, ne ?e a ? l’aube des anne ?es 1990, qui sensibilise a ? la de ?mocratie et a ? la citoyennete ?, Hakim Addad a e ?te ? emprisonne ?, ainsi que plusieurs de ses camarades, durant plusieurs mois a ? l’automne dernier, notamment pour « atteinte a ? la se ?curite ? nationale ».

Libe ?re ? en de ?but d’anne ?e de la prison d’El-Harrach, ou ? dort une partie du clan Bouteflika, une ribambelle d’anciens ministres et d’oligarques de ?chus, il reste accuse ? et vit avec une e ?pe ?e de Damocle ?s au-dessus de la te ?te, dans l’attente d’un proce ?s.

Quatre jours apre ?s avoir raconte ? le quotidien sous dictature, la vie dans les prisons surpeuple ?es et la re ?sistance pour que le Hirak perdure et aboutisse (e ?mission a ? revoir ci-dessus), Hakim Addad e ?tait de nouveau interpelle ? et place ? en garde a ? vue alors qu’il marchait dans les rues d’Alger avec un autre militant du RAJ, lui aussi arre ?te ?, Ahce ?ne Kadi.

Apre ?s deux jours de garde a ? vue, Hakim Addad a e ?te ? place ? sous contro ?le judiciaire pour « incitation a ? attroupement non arme ? », « atteinte a ? l’inte ?grite ? du territoire » et « atteinte a ? l’inte ?re ?t national ». Il lui est interdit de participer a ? toute manifestation et il doit se pre ?senter une fois par semaine chez le juge d’instruction. Le procureur avait requis son placement sous mandat de de ?po ?t.

Arre ?te ? le me ?me jour, le journaliste et blogueur Fodil Boumala, figure du Hirak en Alge ?rie, a e ?te ? rela ?che ? dans l’attente de son proce ?s. Il est notamment accuse ? d’« incitation a ? attroupement non arme ? » et « outrage a ? corps constitue ? ».