Subscribe to Secularism is a Womens Issue

Secularism is a Women’s Issue

Accueil > fundamentalism / shrinking secular space > Comparer les masques anti-contamination et la burqa participe à (...)

Comparer les masques anti-contamination et la burqa participe à l’éradication de nos cultures

samedi 4 juillet 2020, par siawi3

Toutes les versions de cet article : [English] [français]

Source : siawi

Comparer les masques anti-contamination et la burqa participe à l’éradication de nos cultures

Ier juillet 2020

Par Marieme Helie Lucas et Maryam Namazie

Certains, parmi lesquels Ken Roth le directeur de Human Rights Watch et des politiciens comme Rabina Khan, ont saisi l’opportunité offerte par la pandémie mondiale pour défendre la burqa/le niqab en les comparant à l’obligation de porter les masques faciaux contre le Covid 19.

Juste après le tweet de Ken Roth qui soutenait implicitement ‘ le droit au voile’ pour les femmes ( les femmes seulement), des femmes qui avaient combattu l’imposition du voile dans leurs propres pays ont publié une vigoureuse protestation. Elles pointent le fait que Ken Roth accuse la France – et la France seulement - d’ « islamophobie » pour avoir interdit les burqas ; il est bien trop pleutre pour oser dire que des pays à majorité musulmane ont également interdit les burqas, dont le Cameroun, le Tchad, l’Egypte, le Bangladesh, et d’autres encore. Ken Roth, qui a pourtant été dûment tenu au courant de ces faits au fil des années, hélas en vain, omet de dire que la France a interdit de cacher son visage dans l’espace public sous quelque forme que ce soit (y compris donc, sous la burqa), lorsque ce geste n’était pas approprié, par exemple en portant un casque lorsqu’on n’est pas en train de faire de la moto, ou un masque en dehors des jours de carnaval, etc… - mais évidemment, elle l’autorise lorsque c’est approprié. Et que peut -il y avoir de plus approprié qu’un masque chirurgical pour prévenir la contagion durant une pandémie ?

De plus, le port des masques chirurgicaux est une mesure de santé publique temporaire, applicable aux hommes et aux femmes dans l’espace public , lors d’une pandémie qui a déjà tué ½ million de gens à travers le monde. Inversement, le niqab et la burqa sont loin de protéger les femmes. Ils sont imposées par les fondamentalistes islamistes pour contrôler et supprimer les femmes de l’espace public. Ils sont le prolongement du blâme des victimes, de la ‘modestie’ et de la culture du viol. Si les femmes ne se ‘couvrent’ pas comme l’exigent les fondamentalistes et le patriarcat, ce sont elles qui sont à blâmer pour tout viol, violence, crimes ‘d’honneur’ et menacent auxquels elles sont confrontées. Comme le proclament tant de banderoles en Iran et en Afghanistan, si les bonbons ne sont pas couverts, naturellement les mouches s’y mettront.

Mettre dans le même sac une mesure de protection de la santé complètement asexuée, nécessaire en temps de pandémie, et un code vestimentaire religieusement manipulé « offre sur un plateau la victimisation que les fondamentalistes islamistes ne cessent de rechercher » dit la déclaration des femmes militantes qui rend hommage aux femmes exécutées par les fondamentalistes -aussi bien par les états que par les acteurs non-étatiques- pour prix de leur refus de se soumettre au voile obligatoire. Cette déclaration rejette l’imposition d’une identité religieuse par une minorité.

L’attitude de Roth n’a rien de nouveau. Les organisations internationales de droits humains ont ignoré – ou pire, se sont opposées aux femmes combattant pour leur droit à ne pas être voilées de force ; ceci est bien documenté dans le cas de l’Algérie sous la botte islamiste pendant la décennie 90. Ces organisations ont soutenu sans faiblir les droits des mâles religieux dans leur lutte pour la domination des femmes – y compris par l’imposition de diverses formes de voile, parmi d’autres moyens d’oppression.

Ce qui est passé sous silence, c’est que la plupart des femmes musulmanes ne portent ni niqab ni burqa. Ceux ci sont des uniformes islamistes qui deviennent pré-éminents lorsque les fondamentalistes sont au pouvoir. Non seulement les organisations de droits humains ont activement participé à renforcer le patriarcat dans nos pays, elles ont également participé à l’éradication de la diversité culturelle. Il y a quelques dizaines d’années, les femmes musulmanes portaient des saris en Asie du Sud, des boubous au Sahel, des robes colorées dans les montagnes de l’Algérie, etc… La promotion mondiale de la burqa, qui n’est qu’un vêtement spécifique à une aire géographique limitée du Moyen Orient, par les fondamentalistes musulmans et leurs soutiens des droits ‘de l’homme’ ; on voile ainsi l’une des grandes éradications culturelles de notre temps, et on refuse de prendre en compte cette forme d’impérialisme culturel.

Même lorsqu’il s’agit de hijab et de foulard de tête, il est important d’ajouter que, socialement et à une échelle de masse, ce sont des obligations faites aux femmes qui, lorsqu’elles s’y refusent, affrontent honte et punitions de la part de leurs familles, ‘communautés’ et Etats islamiques . Le voile est hautement contesté par les femmes musulmanes ainsi que les femmes présumées musulmanes. En Iran par exemple, les femmes qui s’opposent aux lois imposant le voilement sont emprisonnées pendant des décennies. Ce qui est souvent présenté comme le ‘choix’ des femmes est la plupart du temps, au mieux une soumission et au pire une sentence à de longues années de prison, des violences dites d’ »honneur » et même la mort.

Pour terminer, nous avons un message à adresser aux femmes de descendance musulmane qui confondent une prescription de santé valable pour les hommes et pour les femmes avec une forme extrêmement réactionnaire de religiosité qui cible spécifiquement les femmes. Certes, il y a des discriminations contre les minorités et les migrants – mais les discriminations doivent être combattues sur les plans économiques, sociaux et politiques, et non par des moyens religieux. De plus, en ce qui concerne la burqa et le niqab : soyez vigilantes et ne trahissez pas vos sœurs qui se battent partout en Asie, en Afrique et au Moyen Orient – et maintenant dans la diaspora - contre le voile imposé. Ne faites pas alliance avec des organisations qui prétendent combattre pour les droits humains au détriment des droits des femmes. Ne faites pas le jeu – volontairement ou involontairement- des fondamentalistes, même lorsqu’ils se déguisent en anti racistes et en défenseurs des droits humains.

Marieme Hélie Lucas est une sociologue algérienne et fondatrice de Secularism Is A Women’s Issue (La laïcité c’est l’affaire des femmes).
Maryam Namazie est une militante née en Iran, porte parole du Council of ex-Muslims of Britain (Conseil des ex-Musulmans de Grande Bretagne) et de One Law for All (Une même loi pour tous).

Traduit de l’anglais par marieme helie lucas