Subscribe to Secularism is a Womens Issue

Secularism is a Women’s Issue

Accueil > Resources > « Bread and Roses », « Babel », « No Country for Old Men »... Ces dix films qui (...)

« Bread and Roses », « Babel », « No Country for Old Men »... Ces dix films qui mettent en scène la frontière

samedi 18 juillet 2020, par siawi3

Source : https://www.marianne.net/culture/bread-and-roses-babel-no-country-old-men-ces-dix-films-qui-mettent-en-scene-la-frontiere?utm_source=nl_quotidienne&utm_medium=email&utm_campaign=20200714&xtor=EPR-1&_ope=eyJndWlkIjoiZWU1YTU1MWQyNmQzMmYxMmE0MzMyZDY4NmJjYmFiMmUifQ%3D%3D

Image : « Free zone », 3 destins féminins se croisent aux frontières d’Israël - © « Free zone », d’Amos Gitaï (2005) disponible en VOD

Culture
Cinéma

« Bread and Roses », « Babel », « No Country for Old Men »... Ces dix films qui mettent en scène la frontière

Par Olivier De Bruyn

Publié le 14/07/2020 à 11:24

La crise sanitaire a eu pour conséquence - entre autres ! - de remettre au cœur des débats le sujet brûlant de la frontière. Ce thème, depuis toujours, a fréquemment été mis en scène par le cinéma. La preuve avec dix films emblématiques de la production internationale et… des soubresauts géopolitiques des dernières décennies.

1. Bread and Roses, de Ken Loach (2000).

Maya, une jeune Mexicaine, abandonne son pays natal pour Los Angeles où, espère-t-elle, une vie meilleure l’attend. Mais le rêve américain, à la fin des années 90, n’est qu’un douloureux leurre… En compagnie de quelques compagnons d’infortune venus de tous les pays et exploités par des passeurs sans scrupule, Maya apprendra néanmoins les vertus de la résistance à l’inacceptable. Fidèle à lui-même quand il tourne hors de son Angleterre natale, l’inusable Ken Loach tourne une fiction nerveuse sur l’exploitation transfrontalière de l’homme par l’homme et sur les ravages du néolibéralisme.

2. Babel, de Alejandro Gonzales Inarritu (2006)

Le thème de la frontière est omniprésent dans la filmographie du Mexicain Alejandro Gonzales Inarritu, un cinéaste lui-même habitué à franchir lesdites frontières pour donner naissance à ses fictions. Dans le bien nommé Babel, le metteur en scène s’adonne à un vertigineux jeu de piste mondialisé entre les Etats-Unis, le Maroc et le Japon et filme des personnages en quête de sens et des identités nationales en lambeaux. Brad Pitt, Cate Blanchett et son compatriote Gael Garcia Bernal l’accompagnent dans cette aventure perturbante.

3. Le regard d’Ulysse, de Theo Angelopoulos (1995)

Un cinéaste grec (Harvey Keitel) exilé depuis des lustres s’en revient dans son pays natal à la recherche du premier film tourné dans les Balkans… Son enquête l’entraîne à franchir les frontières et à voyager dans différents pays de la région, jusqu’à Sarajevo et une Yougoslavie qui s’apprête à disparaître. Fidèle à son style contemplatif, Theo Angelopoulos signe un grand film poétique qui autopsie les frontières mouvantes du passé et celles en destruction de la décennie 90.

4. Underground, de Emir Kusturica (1995)

« Il était une fois un pays… ». La même année que Theo Angelopoulos avec Le regard d’Ulysse, Emir Kusturica signe une fable endiablée et délirante sur l’histoire dramatique de la Yougoslavie et sur ses frontières à géométrie très variable. Le film déclenche de violentes polémiques entre ceux qui y voient un hymne pro-serbe et d’autres qui applaudissent le vibrant plaidoyer conçu, selon l’auteur, pour fustiger toutes les revendications ultra nationalistes. Une chose est sûre : le nostalgique Kusturica préférait feu son pays unifié aux multiples pays qui lui ont succédé. Underground a remporté la palme d’or au Festival de Cannes en 1995.

5. No Country for Old Men, des frères Coen (2008)

Le cinéma américain, en évoquant la conquête de l’Ouest ou la guerre de Sécession, a toujours mis en scène les frontières et les conflits qui s’y jouent. Avec leur humour décapant, les frères Coen plantent à leur tour leur caméra à la frontière mexicaine et filment une histoire abracadabrantesque où des trafiquants de drogue, des shérifs patibulaires et des tueurs à gages ne rendent pas forcément grâce aux valeurs de l’identité américaine. Dans ce casse-pipe dérisoire, l’Espagnol Javier Bardem (affublé d’une coupe de cheveux irrésistible) et les Américains Tommy Lee Jones et Josh Brolin s’en donnent à cœur joie. Plaisir partagé.

6. Traffic, de Steven Soderbergh (2000)

La frontière entre les Etats-Unis et le Mexique et les innombrables trafics (humains, économiques, politiques, militaires) qui s’y jouent, tous plus ou moins liés au trafic de drogue et au culte du profit… Dans ce film magistral tourné au début du siècle, Steven Soderbergh signe l’une des fictions américaines les plus pertinentes sur la question brûlante de la frontière. Un film politique inépuisable.

7. Welcome, de Philippe Lioret (2009)

A Calais, Bilal, jeune migrant parmi d’autres, est prêt à tout pour rejoindre l’Angleterre, y compris à la nage. « Calais, c’est un peu notre frontière mexicaine », nous racontait Philippe Lioret quand son film sortit sur les écrans en 2009 et déclencha de vives polémiques entre le réalisateur et le ministre de l’immigration d’alors : Eric Besson. Cette fiction âpre et réaliste sur les migrants dans le Nord de la France met en scène avec rage et précision les conditions de vie de ceux qui, ballotés par le mauvais sort, se pressent aux frontières européennes.

8. Transit, de Christian Petzold (2018)

A Marseille, dans un futur proche, des réfugiés venus de toute l’Europe tentent de fuir de mystérieuses forces d’occupation fascistes et rêvent de s’exiler aux Etats-Unis… Christian Petzold adapte le roman (publié en 1944) de Anne Seghers et signe une fable glaçante sur les migrants et les bouleversements géopolitiques affligeant la « vieille » Europe. Dans son livre, Anne Seghers situait l’action de son récit en 1940, dans une Europe sous le joug nazi. Petzold, lui, choisit la période contemporaine et cela ne doit bien sûr rien au hasard : « Nous vivons dans une Europe où les nationalismes ressurgissent, expliquait-il à l’époque de la sortie du film, et nous avons des réfugiés partout dans le monde. Je ne souhaitais pas revenir en arrière avec un film historique mais évoquer frontalement notre époque ».

9. Free Zone, de Amos Gitaï (2005)

Une Américaine, une Israélienne et une Palestinienne entrecroisent leur destin entre Jérusalem et la zone démilitarisée de Jordanie, la « free zone » qui donne son titre au film… Observateur infatigable de son pays, de ses crispations identitaires et de ses contradictions, l’Israélien Amos Gitaï, via le portrait à vif de trois femmes, donne à voir avec une rare intensité les réalités humaines et politiques se « jouant » aux frontières d’Israël. Natalie Portman, Hanna Lazlo et Hiam Abbas incarnent les héroïnes et ne sont pas pour rien dans la réussite du film.

10. Rien à déclarer, de Dany Boon (2010).

L’Acte Unique et le traité de Maastricht sont passés par là… Dans les années 90, à l’heure de la libre circulation des hommes et des marchandises, un douanier belge férocement francophobe doit collaborer avec ses homologues de l’Hexagone. Les ridicules de l’identité nationale, versant comédie populaire. Dans cette farce de 2010, Dany Boon, bien aidé dans sa tache par Benoît Poelvoorde, met en scène les affrontements frontaliers absurdes entre « cousins » franco-belges. Si le film n’est pas exempt de facilités (euphémisme !), il témoigne néanmoins à sa manière de l’actualité indémodable du thème de la frontière. Au cinéma comme ailleurs…

Lire aussi
« Nuestas madres » : un grand film sur les ravages de la guerre civile au Guatemala