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En Syrie, l’Iran n’a pas dit son dernier mot

Damas et Téhéran ont signé un accord militaire visant à renforcer le système de défense aérienne sur le territoire syrien.

lundi 20 juillet 2020, par siawi3

Source : https://www.lorientlejour.com/article/1226058/en-syrie-liran-na-pas-dit-son-dernier-mot.html?utm_source=olj&utm_medium=email&utm_campaign=alaune

En Syrie, l’Iran n’a pas dit son dernier mot

Damas et Téhéran ont signé un accord militaire visant à renforcer le système de défense aérienne sur le territoire syrien.

OLJ / Par Caroline HAYEK

le 16 juillet 2020 à 00h00

En Syrie, l’Iran n’a pas dit son dernier mot

Les défenses aériennes syriennes intervenant lors d’un raid israélien contre Damas le 21 janvier 2019. Photo d’archives /AFP

Damas et son allié Téhéran ont signé la semaine dernière un accord militaire dans l’optique de renforcer le système de défense aérienne syrien. La télévision d’État iranienne a rapporté que l’accord militaire bilatéral, qui a été signé par le chef des forces armées iraniennes, le général de division Mohammad Bagheri, et le ministre syrien de la Défense, Ali Abdallah Ayoub, exige également le retrait des forces étrangères de Syrie. L’accord « renforcera encore notre volonté (...) de faire face aux pressions américaines », a précisé le général iranien. Cet accord intervient alors que les deux pays alliés font face à des sanctions économiques sévères, qui se sont accrues pour Damas avec la mise en œuvre de la loi américaine César le mois dernier. Pour Washington, l’enjeu est notamment de contraindre le régime syrien à s’éloigner de son partenaire iranien dont la présence sur le territoire est une menace aux yeux des Israéliens. Depuis 2011, ces derniers ont procédé à des centaines de frappes contre des cibles du régime et des pro-Téhéran, qui se sont notamment intensifiées cette année.

L’armée syrienne n’a pas les moyens de contrer les attaques israéliennes récurrentes au vu de son système défaillant. En 2018, la destruction par erreur d’un avion russe par la défense antiaérienne syrienne en est l’exemple le plus flagrant, qui avait d’ailleurs poussé Moscou à envoyer à Damas des batteries antiaériennes S-300, dont la livraison décidée en 2010 avait été retardée en raison de l’opposition d’Israël. Mais depuis, les Russes refusent d’activer les S-300 à cause d’un accord tacite avec les Américains et les Israéliens. Moscou n’a en outre jamais empêché les frappes israéliennes sur le territoire syrien, et il n’est pas question pour lui de céder une quelconque influence aux Iraniens tant sur le plan stratégique qu’économique. « Avec cet accord, l’Iran veut envoyer le message qu’il n’a aucune intention de se retirer de son investissement géopolitique en Syrie. C’est aussi un message pour la Russie et la Turquie : l’Iran n’a besoin de la bénédiction de personne pour poursuivre ses intérêts en Syrie », analyse Alex Vatanka, expert au Middle East Institute à Washington, contacté par L’Orient-Le Jour. Alors que les Israéliens avaient fait entendre qu’un retrait des forces pro-Téhéran de Syrie était en cours, rien n’indique que les Iraniens soient prêts à lâcher prise. Leur présence en Syrie est une affaire de survie, une étape indispensable pour consolider leur corridor chiite qui relie Téhéran à la Méditerranée via Bagdad, Damas et Beyrouth.

Partage du gâteau

À travers cet accord militaire, les Iraniens veulent assurer leurs arrières pour permettre de « gagner en influence dans des régions-clés du pays comme les provinces du sud-ouest de Quneitra et de Deraa, ainsi qu’à l’est de Deir ez-Zor près de la frontière irakienne », précise Nick Grinstead, analyste concernant la sécurité régionale à LeBeck International, un think tank basé à Bahreïn, interrogé par L’OLJ. Ces derniers mois ont été les pires pour la République islamique qui a dû revoir ses ambitions à la baisse, notamment dans la course pour le partage du gâteau syrien. L’élimination (par les États-Unis) du général Kassem Soleimani (chef de la Force al-Qods des gardiens de la révolution), la crise du coronavirus, les frappes israéliennes contre ses milices et une économie à plat, notamment en raison des sanctions américaines, ne lui permettent pas de défier la Russie sur le terrain syrien. Mais en s’assurant le contrôle relatif de l’espace aérien, elle peut toutefois limiter les dégâts sur ses installations militaires et ses effectifs déployés sur le territoire syrien.

Lire aussi : Après la mort de Soleimani, Téhéran a baissé le ton

« Avec ce nouvel accord, les Iraniens disent aux Syriens pro-Assad qu’ils sont les seuls à pouvoir les sauver de leurs adversaires nationaux et étrangers », poursuit Alex Vatanka. Puisqu’il ne peut faire confiance aux Russes pour se protéger de ces raids, Damas se tourne naturellement vers son second soutien. Le président syrien Bachar el-Assad sait mieux que quiconque faire jouer la concurrence entre ses deux alliés et envoie un message clair à Moscou, à travers cet accord, qu’il a une autre carte en sa possession. Encore faut-il que les Iraniens, pris à la gorge économiquement, aient réellement les moyens tant financiers que techniques de mettre à disposition un matériel militaire de qualité. Ils s’exposent notamment à deux problématiques. Celle, d’abord, de voir cet armement expressément visé par les Israéliens, mais aussi de voir monter la grogne de sa population qui dénonce le fait que des ressources financières soient allouées à la Syrie à leurs dépens. « Le système de défense aérienne de l’Iran s’est beaucoup amélioré au cours de la dernière année. Il n’est pas aussi bon que les Iraniens le prétendent, mais très probablement bien meilleur que ce que les Syriens ont », rappelle Alex Vatanka. En août dernier, l’Iran a dévoilé le Bavar-373, un système de défense aérienne à longue portée dont les capacités revendiquées sont censées être égales ou supérieures à celles du S-300 russe ou du Patriot américain. « L’Iran enverrait ses systèmes de défense aérienne 3e-Khordad et Bavar-373 produits localement, le premier ayant une portée signalée de 105 km et le dernier de 200 km. Bien que l’Iran n’ait pas l’habitude de produire les systèmes les plus puissants ou les plus avancés, ces deux-là ajouteront probablement une couche de difficulté pour tout raid aérien entrant », souligne Nick Grinstead.

Les Israéliens, qui sont plus que jamais déterminés à briser les ailes de Téhéran dans la région, ont intensifié leurs frappes aériennes ces derniers mois contre des sites iraniens, notamment dans le sud et l’est de la Syrie près de la frontière irakienne. L’État hébreu confirme rarement mener des frappes aériennes en Syrie, mais martèle régulièrement qu’il ne laissera pas ce pays devenir la tête de pont de l’Iran. « Il est peu probable qu’Israël attaque spécifiquement ces systèmes de défense aérienne dès qu’ils seront déployés car ils sont de nature défensive. Cependant, si et quand ils effectueront de nouveaux raids aériens en Syrie, ils en profiteront pour les cibler », conclut Nick Grinstead.