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Le dernier film sur Maurice Audin

vendredi 24 juillet 2020, par siawi3

Source : https://www.elwatan.com/edition/culture/le-dernier-film-sur-maurice-audin-propose-en-ligne-et-en-avant-premiere-par-le-centre-culturel-algerien-a-paris-22-07-2020

Le dernier film sur Maurice Audin : Proposé en ligne et en avant- première par le Centre culturel algérien à Paris

Djamel Benachour

22 juillet 2020 à 9 h 46 min

Proposé en avant-première sur le site du Centre culturel algérien (CCA), le nouveau film de Domerliac François revient sur l’affaire Maurice Audin (dont le nom est porté désormais également depuis 2017 par l’école nationale polytechnique d’Oran ) mais s’intéresse également, par-delà ce symbole, au sort de tous les autres disparus de la guerre d’Algérie, souvent des anonymes auxquels on tente de donner un nom, un visage.

Comme beaucoup d’autres, Maurice Audin, mathématicien de 25 ans, membre du parti communiste algérien (PCA), a été arrêté à Alger par les parachutistes dans la nuit du 11 juin 1957, torturé avant d’être tué et fait disparaître le corps. Le film pose également la question de l’ouverture des archives pour faire avancer la recherche historique.

Pour le cas Audin, les travaux d’historiens, à commencer par ceux de Pierre Vidal Naquet (1927-2006, qui a publié dès 1958 l’ouvrage L’Affaire Audin ont déjà été salués pour leur rigueur dans la recherche de la vérité cumulant les preuves et se basant sur les documents. « Ce qui a été établi par les historiens ne fait plus aucun doute. On ne sait pas dire qui l’a fait mais l’Etat a sa part de responsabilité et doit la reconnaître. »

Ce sont les mots du président de la République française, Emanuel Macron, le premier, en 2018, à reconnaître de manière explicite et sans ambiguïté cette responsabilité et, par conséquent, susciter beaucoup d’espoir chez les historiens dont le souci est de participer à rétablir les vérités.

Le film s’ouvre sur les réunions organisées à l’Elysée et la visite du président français chez Josette Audin pour présenter le texte en question. Un texte salué d’abord par la première concernée qui n’a jamais baissé les bras dans la recherche de la vérité concernant son mari, par ses enfants, Michelle, elle-même mathématicienne, et Pierre qui retient l’appel à ouvrir les archives, y compris privées, mais aussi l’intérêt accordé à tous les autres disparus et enfin par plusieurs autres acteurs historiens ou hommes politiques. « Enfin un Président qui assume », déclare Raphaëlle Branche, historienne, qui reste sceptique sur la deuxième partie du texte concernant l’accès aux archives et le cas des disparitions, une pratique courante, notamment durant la Bataille d’Alger avec la promulgation des pouvoirs spéciaux accordés à l’armée. Cette initiative a été commentée aussi lors de la fête de l’humanité qu’organise le Parti communiste français (PCF), son édition du 14 septembre 2018.

Mathématicien de renom (médaille Fields en 2010), Cedric Villani, membre du parti la République en marche d’Emmanuel Macron, est intervenu lors de cette journée pour parler « d’un homme terrassé par un système, le symbole de cette injustice qu’il faut réparer ». Gilles Manceron, historien, salue de son côté « la reconnaissance de cet assassinat » et la reconnaissance de « la responsabilité du système qui l’a rendu possible », en évoquant les milliers d’autres restés dans l’anonymat. Pour Fabrice Riceputi, à l’époque la préfecture d’Alger recevait des dizaines de familles, d’employeurs ou de notables qui signalaient des cas d’enlèvement et de disparition et voulaient savoir au moins si ceux-ci étaient encore en vie.

L’historien assure que 2000 fiches ont été établies à ce sujet et que 850 ont été conservées. Pour lui, c’est un fichier qui ne fait pas de doute que ces gens ont été détenus clandestinement, torturés et disparus. En évoquant l’exception Ali Boumendjel, il pense à tous les « Français musulmans » jamais nommés d’où l’intérêt du site internet dédié pour tenter d’en identifier le maximum d’entre eux. La question des archives a également été traitée dans ce film par le biais des témoignages d’archivistes comme Caroline Piketty ou de chercheurs autant côté français que côté algérien pour montrer les difficultés d’accès à certaines sources.

En France, se basant sur ce qui est considéré comme un paradoxe, avec une loi promulguée en 2008 consacrant l’ouverture des archives mais freinée par une instruction promulguée ultérieurement, certains portent l’affaire en contentieux et envisagent de saisir le conseil d’Etat pour trancher. « Qui décide de ce que les citoyens doivent voir ? », s’interroge Raphaëlle Branche. Pour elle, « si c’est l’administration c’est le règne de l’arbitraire mais dans ce cas on rompt le pacte démocratique et par conséquent l’affaire n’est pas qu’une question d’historiens mais de citoyenneté et de démocratie ».

L’affaire Audin est emblématique dans la mesure où elle a eu un retentissement international grâce au comité Audin qui s’est constitué tout de suite après sa disparition et qui a été animé autant par des mathématiciens comme Laurent Schwartz mais aussi par des intellectuels ou artistes comme Luc Montagnier (biologiste virologue, plus tard prix nobel) ou Jaques Panijel (cinéaste).

Cet aspect des choses est traité dans le précédent film de François Domerliac réalisé en 2018 et intitulé Maurice Audin, une histoire de mathématicien. « Nous étions européens, mais nous étions du côté de ceux qui luttaient pour l’indépendance de l’Algérie », témoignait alors Josette Audin qui est revenue sur les conditions d’arrestation en pleine nuit de son mari. La thèse de l’évasion avancée officiellement a été vite battue en brèche et on considère aujourd’hui que « le comité en question constitue le lieu de départ de la lutte contre la torture en Algérie durant la guerre ».

La soutenance « in absentia » de la thèse de doctorat de Maurice Audin a été une manifestation d’envergure qui dépasse le cadre strictement scientifique et a eu, avec la présence de beaucoup de personnalités, un impact considérable. Le mathématicien Michel Broué est revenu sur la qualité du travail de Pierre Vidal Naquet mais aussi sur toute une période caractérisée par une agitation internationale consistant, à travers, « le Comité des mathématiciens », à défendre tous les mathématiciens inquiétés ou persécutés par les autorités politiques de par le monde.

A ce propos, il évoque, à titre anecdotique, le soutien d’une grande artiste comme la chanteuse engagée américaine Joan Baez. L’intérêt était d’élargir le cas d’un homme à l’ensemble de ses pairs qui subissent des injustices d’où qu’elles viennent.

Il salue la mémoire de Gerard Tronel (1934-2017), mathématicien cofondateur du prix Maurice Audin, pour avoir œuvré à passer le flambeau d’une génération à l’autre comme celle de Cedric Villani, qui lui a succédé (à Michel Broué) à la tête de l’institut Henry Poin