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« L’Algérie est sur un volcan »

Le journaliste algérien Khaled Drareni a été condamné en appel à deux ans de prison ferme

mardi 15 septembre 2020, par siawi3

Source :https://www.letemps.ch/monde/lalgerie-un-volcan?utm_source=Newsletters&utm_campaign=ac086e8ebd-RSS_EMAIL_AFRIQUE&utm_medium=email&utm_term=0_56c41a402e-ac086e8ebd-110294213


« L’Algérie est sur un volcan »

Alors que s’ouvre le procès en appel du journaliste Khaled Drareni, les faibles espoirs soulevés par le départ du président Abdelaziz Bouteflika se sont évaporés

Photo : Des manifestants brandissent des pancartes en soutien au journaliste algérien Khaled Drareni, qui risque plusieurs années de prison ferme. — © Ryad Kramdi/AFP

Luis Lema

Publié mardi 8 septembre 2020 à 20:38
Modifié mardi 8 septembre 2020 à 21:26

Des manifestations de soutien, à Alger, à Paris ou aux Etats-Unis, réunissant surtout des journalistes et des figures des médias ; des appels des organisations de défense des droits de l’homme ou de la liberté de la presse… Alors que le procès en appel du journaliste algérien Khaled Drareni s’est ouvert mardi, ces différentes pressions semblaient toutes sans effet : le procureur a demandé 4 ans de prison ferme contre le journaliste, qui est détenu depuis fin mars. La même peine était requise contre Samir Benlarbi et Slimane Hamitouche, deux figures politiques placées en liberté provisoire depuis deux mois. Des peines encore supérieures à celles qui avaient été prononcées en première instance, et qui avaient déjà soulevé incompréhension et colère.

« Suspect a priori »

Le journaliste – qui a fondé le site d’information Casbah Tribune et anime un talk-show politique à la radio – relatait le mouvement de contestation, le Hirak, qui a manifesté dans les rues algériennes depuis des mois avant d’être suspendu pour cause de pandémie de Covid-19. Drareni est aussi le représentant en Algérie de Reporters sans frontières, qui défend la liberté de la presse. Progressivement, il s’est transformé en emblème des entraves à l’encontre des journalistes en Algérie et des risques d’une répression accrue contre l’opposition par le président Abdelmadjid Tebboune.

Ainsi, accusé notamment d’avoir mis en danger « l’intégrité nationale », Khaled Drareni semble faire l’objet d’une volonté de remise au pas plus générale de la presse algérienne. Un indice : tandis que le pays est largement fermé à la presse étrangère, la salle d’audience était, mardi, également interdite aux journalistes du pays.

Video ici 6:30

« Du point de vue du régime algérien, cette affaire n’est que le fruit d’une « construction médiatique », et Drareni est donc suspect a priori », note Luis Martinez, directeur de recherche à Sciences Po CERI. Dérangeant par son discours proche du Hirak, il a surtout soulevé des réflexes complotistes : le président Tebboune est allé jusqu’à l’accuser publiquement d’accomplir un travail « identique à celui d’un espion. »

Une situation entièrement bloquée

En quelques mois, les faibles espoirs soulevés par le départ du président Abdelaziz Bouteflika se sont en grande partie évaporés. Aggravée encore par la pandémie, la situation économique est de plus en plus difficile pour les Algériens, frappés notamment par un chômage massif chez les jeunes. Tandis que la rente pétrolière s’épuise, le pays en est venu à débattre vivement d’un futur effondrement, qui ferait prochainement de l’Algérie « un Venezuela de la Méditerranée ».

Surtout, note encore Luis Martinez, l’enthousiasme affiché par les participants du Hirak cache mal une situation entièrement bloquée. « L’armée, qui contrôle en réalité le pays, ne veut pas entendre parler d’une transition démocratique, note-t-il. Et pour cause : si des élections libres avaient lieu aujourd’hui, rien ne s’opposerait à une victoire des islamistes, de la même manière qu’ils l’avaient emporté en 1991. » A l’époque, le processus électoral avait été interrompu, avant que le pays ne plonge dans une guerre civile abominable. Or, aujourd’hui, rien n’aurait changé, selon le chercheur. « Le Hirak peut certes donner le sentiment qu’il a inondé les rues, mais ce sont bien les islamistes qui structurent l’espace public », insiste-t-il.

Les caisses sont vides, la gestion du covid est pour le moins approximative et la peur est instrumentalisée par le pouvoir et ses théories complotistes. Alors que le Hirak risque tôt ou tard d’abandonner ses pratiques pacifiques, Luis Martinez résume : « L’Algérie est sur un volcan. »

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Source : https://www.letemps.ch/monde/journaliste-algerien-khaled-drareni-condamne-appel-deux-ans-prison-ferme

Le journaliste algérien Khaled Drareni a été condamné en appel à deux ans de prison ferme

Khaled Drareni, devenu le symbole du combat pour la liberté de la presse en Algérie, est incarcéré depuis six mois. La sévérité de la sentence a déclenché l’indignation et la colère des journalistes venus le soutenir au tribunal

Photo : Manifestation de soutien à Khaled Drareni à Alger. — © Toufik Doudou/AP

Publié mardi 15 septembre 2020 à 16:57
Modifié mardi 15 septembre 2020 à 17:00

Incarcéré depuis près de six mois, le journaliste Khaled Drareni, devenu le symbole du combat pour la liberté de la presse en Algérie, a été condamné mardi en appel à deux ans de prison ferme, ce qui signifie qu’il reste en détention.

Lire notre éditorial : Quand les journalistes « sortent du cadre »

« Deux ans de prison ferme pour Drareni. Nous allons faire un pourvoi en cassation », a déclaré à l’AFP l’un de ses avocats, Me Mustapha Bouchachi. Dans un tweet, le frère du journaliste, Chekib Drareni, s’est dit « écœuré, choqué et déçu de la décision de la Cour qui renforce encore une fois l’injustice en Algérie ».

Avocats, collègues et proches de Khaled Drareni espéraient un jugement clément, sinon une relaxe. La sévérité de la sentence a déclenché l’indignation et la colère des journalistes venus le soutenir au tribunal.
« Une logique de répression absurde »

Khaled Drareni, 40 ans, avait été condamné le 10 août dernier à trois ans d’emprisonnement pour « incitation à attroupement non armé » et « atteinte à l’unité nationale ».

Lire à ce propos : Une lourde peine frappe le journaliste Khaled Drareni

Lors du début du procès en appel, il y a une semaine, le procureur avait requis quatre années de prison ferme contre le fondateur du site d’information en ligne Casbah Tribune, qui est également le correspondant en Algérie pour la chaîne de télévision française TV5 Monde et pour Reporters sans Frontières (RSF).

« Son maintien en détention est la preuve d’un enfermement du régime dans une logique de répression absurde, injuste et violente », a réagi Christophe Deloire, le secrétaire général de RSF, dans un communiqué.

Lire également : « L’Algérie est sur un volcan »

Détenu depuis le 29 mars, le journaliste a été arrêté après avoir couvert le 7 mars à Alger une manifestation d’étudiants, dans le cadre du « Hirak », le mouvement de contestation pacifique né en février 2019 d’un immense ras-le-bol des Algériens qui réclament un profond changement du « système » en place depuis l’indépendance en 1962. Il est aussi accusé d’avoir critiqué sur Facebook « la corruption et l’argent » du système politique, selon RSF.

« Je n’ai fait que mon métier »

Le ministre de la Communication Ammar Belhimer, porte-parole du gouvernement, reproche en outre au journaliste d’avoir travaillé sans jamais avoir eu de carte de presse professionnelle, sur fond d’allégations d’être au service « d’ambassades étrangères ».

Khaled Drareni était jugé en compagnie de Samir Benlarbi et Slimane Hamitouche, deux figures du « Hirak », le soulèvement qui a poussé au départ le président Abdelaziz Bouteflika en avril 2019 et a été suspendu mi-mars 2020 en raison de la crise sanitaire.

Sous le coup des mêmes chefs d’accusation, Samir Benlarbi et Slimane Hamitouche ont été condamnés à quatre mois de prison. Les ayant déjà purgés, ils sont ressortis libres de la cour d’Alger. Pendant le procès en appel, au cours duquel il est apparu amaigri, Khaled Drareni a catégoriquement rejeté les accusations portées contre lui. « Je suis un journaliste et non un criminel. Je n’ai fait que mon métier », a-t-il plaidé.