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L’antisémitisme arabo-musulman et la faillite du monde

mardi 13 octobre 2020, par siawi3

Source : https://www.revuedesdeuxmondes.fr/antisemitisme-arabo-musulman-faillite-du-monde/

L’antisémitisme arabo-musulman et la faillite du monde

Boualem Sansal s’inquiète de la progression de l’antisémitisme arabo-musulman dans le monde occidental pourtant « nourri aux Lumières ».

Par
Boualem Sansal

Sep 25, 2020

EXTRAIT

« L’Algérie est profondément antisémite », telle est la conclusion, malheureuse mais attendue, à laquelle nous sommes parvenus au terme d’une causerie franche entre amis sûrs, organisée à cet effet chez moi. Ne généralisons pas, ne soyons pas catégorique, elle l’est un peu plus chez les uns, un peu moins chez les autres, ça dépend de mille choses, du climat social, du parcours de chacun, de sa lecture des incitations du gouvernement, des prêches du vendredi, de l’actualité dans nos banlieues maghrébines en France, du conflit avec Israël dans ses trois dimensions, palestinienne, arabe, musulmane, des tweets de Trump, des vidéos du Web islamique, des leçons du cheikh Al-Ghazali, à qui l’Algérie doit une grande partie de sa folie islamiste et de son antisémitisme militant, des sketchs de Dieudonné, etc.

Les équations israélo-turque et israélo-iranienne sont également prises en considération. D’une manière fervente par nos islamistes car la Turquie et l’Iran, pays non arabes mais grands musulmans devant l’Éternel (162 millions de fidèles à eux deux) et fierté de l’oumma, sont désir d’anéantir Israël. Et d’une manière dubitative par nos anti sémites qui se revendiquent d’autres mouvances politiques, nationaliste, libérale, socialiste ou autre, et voient en eux une chance et un danger : la chance est que la Turquie et l’Iran sont de vraies puissances qui mènent de vraies politiques contre Israël, comprenant un vrai volet militaire, nucléaire dans le cas de l’Iran ; le danger est que leur victoire sur Israël signera la fin du monde arabe. Ces pays sont ses ennemis jurés : la Turquie voudra reconstituer l’Empire ottoman sur les ruines d’Israël et du monde arabe, qui se délitera de lui-même à la disparition d’Israël, et l’Iran chiite revendiquera aussitôt ses droits légitimes sur l’islam, usurpés par les califes sunnites à la mort du Prophète. Quels pays arabes voudraient voir Israël tomber sous les coups des Turcs et des Iraniens ? Pas un. Antisionistes, oui, mais pas fous, ils ont besoin d’Israël pour tenir à distance ces deux mastodontes, frères en islam mais traîtres devant l’Éternel. Voilà pourquoi, ces derniers temps, ils envoient des signes à Israël. Ils lui donneraient la Palestine s’il les débarrassait de l’Iran, comme Netanyahou l’avait promis.

Ce n’est pas tout. L’antisémitisme, qui métastase à chaque nouvelle pleine lune, a engendré chez nos islamistes et leurs amis d’horribles maladies : l’arriération mentale, la victimisation infantile, le passéisme frénétique, la logorrhée hurlante, la pulsion exterminatrice aiguë. Tout cela empoisonne nos vies et menace spécialement nos enfants, l’antisémitisme nouveau allant de pair avec la salafisation accélérée de la société sur fond de pauvreté galopante et d’incurie gouvernementale crasse. Où, dans quel pays arabe, le ciel est-il dégagé ?

« Le silence, fût-il d’or, n’est pas le coupe-feu miracle que l’on croit mais l’oxygène qui embrase la maison. »

Comment vaincre ce mal inépuisable qui avilit l’humanité si personne n’en parle, ni dans le monde arabe, ni en Occident, ni à l’ONU, ni au Conseil de sécurité ? Le silence, fût-il d’or, n’est pas le coupe-feu miracle que l’on croit mais l’oxygène qui embrase la maison.

Faute de pouvoir agir, on s’interroge entre amis, à mots voilés, de peur de nous retrouver accusés de certaines choses. Nous avons des réponses, mais pas toutes. J’espère que nos jeunes compatriotes qui depuis une année sont engagés corps et âme dans le Hirak contre la dictature militaire, une révolution magnifique, pacifique, intelligente et tellement optimiste, sauront donner de belles réponses à ces questions vitales. Ils doivent s’en convaincre chaque jour un peu plus, en matière de liberté les choses ne se font pas à moitié, c’est tout ou rien. Qu’ils demandent à leurs parents pourquoi la libération du pays en 1962 n’a pas débouché sur la libération du peuple.
En attendant, continuons de nous interroger.

Les Algériens et le monde arabo-musulman peuvent-ils se libérer de leur addiction à l’antisémitisme ?
À notre avis, non, et nous en voulons pour preuves trois arguments indestructibles. Un : l’islam, dans ses quatre développements, coran, sunna, hadiths et charia, leur fait obligation de combattre et de tuer les juifs où qu’ils soient, « cachés sous les pierres ou derrière les arbres ». Deux : Allah a confié aux Arabes la mission d’étendre l’islam au monde entier et de défendre au prix de leur vie ses terres et ses symboles (le Coran, le Prophète, sa famille, l’oumma, les lieux saints, la langue arabe, le califat, etc.). Trois : les juifs occupent la Palestine et n’ont nullement l’intention de la restituer. Mieux, ils colonisent chaque jour de nouvelles terres arabes et repoussent les Palestiniens toujours plus loin.

Les Arabes sont-ils prêts à en discuter avec le désir d’avancer ?
La réponse est encore négative. Discuter, dans le sens de réformer l’islam, est ce qu’il y a de plus dangereux au monde pour eux. Qui le ferait se verrait aussitôt accusé de plusieurs crimes méritant tous une mort douloureuse. La liste des gens qui vivent avec des fatwas de mort sur la tête est déjà bien assez longue comme ça.

Quel « printemps arabe » pourrait changer la donne et mettre les hommes à l’abri des excès de la religion ?
Les militants des droits de l’homme, et ils sont nombreux en Algérie et dans le monde arabe, gagneraient à déglobaliser le terme « droits de l’homme », trop générique pour être efficace et l’inscrire dans le seul cadre de la Déclaration universelle des droits de l’homme. Il faut être clair, bien nommer les choses : les droits de la femme, des enfants, des homosexuels, et dénoncer clairement l’antisémitisme, même au risque d’être accusé de sympathie pour les juifs et, pis, pour Israël. […] LIRE LA SUITE.

Illustration : L’écrivain algérien, Boualem Sansal, en 2017 (©Panayotis Tzamaros/ABACA)

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Source : https://www.revuedesdeuxmondes.fr/nouveau-numero-haine-israel-penser-crise-hannah-arendt/

Nouveau numéro : la haine d’Israël et penser la crise avec Hannah Arendt

Par
La rédaction

Sep 25, 2020

L’antisionisme est « une incroyable aubaine », écrivait Vladimir Jankelévitch : « Car il nous donne la permission – et même le droit, et même le devoir – d’être antisémite au nom de la démocratie ! L’antisionisme est l’antisémitisme justifié, mis enfin à la portée de tous. Il est la permission d’être démocratiquement antisémite. Et si les juifs étaient eux-mêmes des nazis ? Ce serait merveilleux. Il ne serait plus nécessaire de les plaindre : ils auraient mérité leur sort. »

Paradoxalement, alors qu’Israël est en train de normaliser ses relations avec les États arabes sunnites voisins (la signature récente de l’accord avec les Émirats arabes unis en atteste), alors que la cause palestinienne est de moins en moins la cause des pays arabes, la détestation d’Israël est toujours aussi vivace dans de nombreuses franges de notre société. On ne parle pas ici d’une critique du gouvernement, de ses dirigeants, ou de tel ou tel aspect de sa politique. Cette critique existe, tant mieux, et les Israéliens, citoyens de la seule véritable démocratie dans la région, sont les premiers à se déchirer sur les orientations de leur gouvernement, sur la politique de Benyamin Netanyahou, comme ils l’ont fait à d’autres époques avec d’autres dirigeants. Non, il s’agit bel et bien d’une impossibilité de reconnaître Israël comme foyer national légitime du peuple juif, et de reconnaître son droit à vivre en sécurité dans ses frontières. En 2020, Israël et les juifs ne sont jamais loin lorsqu’il s’agit de dérouler des théories complotistes. Qu’elles soient politiques, internationales, économiques, financières. Et même sanitaires…
Hannah Arendt peut-elle nous aider à penser la crise ?

Sans aucun doute, répond la philosophe Michela Marzano, car elle est par excellence la philosophe de l’évènement : « à chaque époque, l’être humain, s’il abandonne la pensée, est menacé de ne plus être capable de distinguer vérité et mensonge. La manipulation n’est pas seulement une tentation du pouvoir totalitaire, elle est aussi une démission du sujet, qui peut être pris dans le cercle infernal de l’obéissance au pouvoir établi, qu’il soit politique, économique ou médiatique ».

Le nouveau numéro de la Revue des Deux Mondes est disponible en kiosques, en librairies et sur notre site.

Sommaire :

DOSSIER 1 : PENSER LA CRISE AVEC HANNAH ARENDT
 ? Hannah Arendt et l’événement : la crise comme expérience de la réalité par Michela Marzano
Pour comprendre le concept de crise chez Hannah Arendt, il faut remonter à l’avènement du IIIe Reich, explique Michela Marzano. C’est à partir de 1933 que la philosophe s’interroge sur les origines du mal et des injustices. Pour elle, la manipulation ne se réduit pas aux manœuvres des régimes totalitaires, c’est avant tout une démission du sujet.

 ? Hannah Arendt aux racines du mal contemporain par Bérénice Levet
Bérénice Levet démontre comment Hannah Arendt nous aide à penser les crises et les défis actuels : identité, déracinement, école, héritage civilisationnel, limites et finitude de l’homme sont autant de points traités par l’intellectuelle.

DOSSIER 2 : LA HAINE D’ISRAËL
 ? La nouvelle élection d’Israël par Ran Halévi
Alors qu’Israël normalise ses relations avec les États arabes sunnites voisins, jamais sa détestation n’a été aussi vive. Ran Halévi revient sur l’évolution de cette haine qui mêle antisionisme et antisémitisme.

 ? « Sionisme, ADN criminel de l’humanité » par Pascal Bruckner
Avec la création de l’État hébreu en 1948, le juif regardé jusqu’alors comme bon, humble et persécuté est devenu un colon arrogant et agressif.

 ? La détestation d’Israël sur le Net par Marc Knobel
Les invectives à l’encontre d’Israël se multiplient sur les sites et les réseaux sociaux. Marc Knobel décrit cette banalisation qui ne résulte pas, selon lui, d’une poignée d’internautes égarés.

 ? L’antisémitisme arabo-musulman et la faillite du monde, par Boualem Sansal
Boualem Sansal analyse l’antisémitisme arabo-musulman qui se diffuse de plus en plus dans les pays occidentaux.

 ? Entretien avec Charles Enderlin : « Il est du droit de tout juif de se déclarer non-sioniste »
Charles Enderlin évoque les différentes formes de sionisme depuis le sionisme socialiste des origines jusqu’au sionisme religieux qui se développe à partir des années soixante-dix en Israël.

 ? Et aussi Irène Saya, Élie Barnavi, Franz-Olivier Giesbert, Renaud Girard, Georges Bensoussan, Annick Steta, Jacques Tarnero et Michel Gad Wolkowicz.