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Le conflit au Tigré s’envenime sur des lignes ethniques

mardi 17 novembre 2020, par siawi3

Source : https://www.letemps.ch/monde/conflit-tigre-senvenime-lignes-ethniques?utm_source=Newsletters&utm_campaign=5790c49a09-RSS_EMAIL_AFRIQUE&utm_medium=email&utm_term=0_56c41a402e-5790c49a09-110294213


Le conflit au Tigré s’envenime sur des lignes ethniques

Amnesty International accuse les miliciens du Tigré, région en rébellion contre le pouvoir central, d’avoir commis un massacre contre des civils. De son côté, le gouvernement éthiopien recrute sur des bases ethniques

Photo : Les miliciens du Tigré en plein entraînement, le 10 novembre 2020. — © EDUARDO SOTERAS / AFP

Simon Petite

Publié vendredi 13 novembre 2020 à 19:00

L’opération militaire dans la région rebelle du Tigré (nord) lancée par l’Ethiopie était censée être rapide et limitée. Dix jours après le début des hostilités, la réalité semble être tout autre. Les bribes d’informations sortant de cette région, qui a été coupée du réseau internet, sont de plus en plus inquiétantes.

Jeudi soir, Amnesty International rapportait un massacre de « dizaines » d’habitants, « peut-être des centaines », à l’arme blanche. L’organisation de défense des droits humains s’est basée sur des photos et des vidéos qu’elle a pu géolocaliser. Les faits se seraient déroulés dans la nuit du 9 novembre à May Cadera, une ville de l’ouest du Tigré, non loin de la frontière avec le Soudan.

Vengeance sur la population

Plusieurs témoignages récoltés par Amnesty pointent des miliciens du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF, en anglais), contre lequel l’Ethiopie est entrée en guerre le 4 novembre dernier. Les miliciens se seraient vengés sur la population locale après avoir encaissé une défaite face aux troupes gouvernementales et leurs supplétifs. Dans une déclaration à l’AFP, le TPLF a nié ces accusations, promettant au gouvernement éthiopien une longue guerre.

A Genève, vendredi, le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme n’était pas en mesure de confirmer ce massacre, mais un porte-parole a déclaré qu’il n’avait aucune raison d’en douter. La haut-commissaire, l’ancienne présidente chilienne Michelle Bachelet, a appelé à une enquête indépendante sur ce présumé « crime de guerre ».

En revanche, l’ONU a des informations concordantes sur l’augmentation des bombardements et des combats dans la région, mais aussi des coupures d’eau et d’électricité et le fait qu’aucune aide humanitaire ne peut entrer dans la région. Michelle Bachelet appelle à une cessation immédiate du conflit, dans lequel il n’y a « aucun gagnant ». Depuis le début de l’offensive éthiopienne, 14 ?000 personnes se sont réfugiées au Soudan et les arrivées s’accélèrent, preuve de l’ampleur de l’offensive.

Poison ethnique

Le conflit menace de s’envenimer sur des lignes ethniques. Les Tigréens, malgré leur faible poids démographique, ont longtemps dominé l’Ethiopie. Depuis l’arrivée au pouvoir du premier ministre Abiy Ahmed en 2018, un Oromo, le groupe le plus important d’Ethiopie, les Tigréens se plaignent d’être marginalisés.

Après le report, à cause du covid, des élections législatives générales qui devaient légitimer le pouvoir d’Abiy Ahmed, le gouvernement tigréen a organisé en septembre un scrutin régional, défiant le pouvoir central d’Addis-Abeba. Depuis, le bras de fer n’a cessé de s’aggraver. Début novembre, de mystérieuses attaques contre des bases de l’armée au Tigré ont servi de prétexte à l’offensive éthiopienne.

Lire aussi : « En Ethiopie, le Prix Nobel de la paix part en guerre »

Avant 2018, les Tigréens formaient la colonne vertébrale de l’armée éthiopienne, notamment dans la guerre contre l’Erythrée voisine. Dès son arrivée au pouvoir, Abiy Ahmed a soldé le conflit avec Asmara, ce qui lui a valu le Prix Nobel de la paix en 2019. Une année après avoir été acclamé à Oslo, le premier ministre a endossé le costume de chef de guerre. Mais il se méfie des officiers tigréens.

Dans le Tigré, l’armée est ainsi épaulée par des miliciens amharas, le deuxième groupe le plus important d’Ethiopie. Or, les Amharas, aussi présents dans la région où a eu lieu le massacre présumé, ont des contentieux historiques avec les Tigréens. Selon certains témoignages récoltés par Amnesty International, la plupart des victimes à May Cadera étaient des Amharas. Le recours à des milices sur des bases ethniques est donc particulièrement dangereux. La région pourrait être entraînée dans un cycle de représailles, malgré le fait que gouvernement éthiopien assure que son offensive ne vise pas les habitants du Tigré mais le TPLF.

Ce conflit menace aussi la cohésion du deuxième pays d’Afrique, 110 millions d’habitants, et sa mosaïque de peuples. D’autant plus que le Tigré n’est de loin pas la seule région à avoir des revendications autonomistes. « Les dégâts peuvent être dévastateurs pour toute l’Ethiopie, mettant en péril le développement du pays. Le conflit peut aussi déborder dans les pays voisins », met en garde Michelle Bachelet, pour l’instant en vain.