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France : Après l’assassinat de Samuel Paty, « un tiers de mes élèves conteste les programmes »

Des jeunes proposent à une secrétaire d’État d’« interdire aux journalistes de parler de l’islam »

jeudi 19 novembre 2020, par siawi3

Source : https://www.ouest-france.fr/faits-divers/attentat/conflans/temoignage-apres-l-assassinat-de-samuel-paty-un-tiers-de-mes-eleves-conteste-les-programmes-7053186

MOIGNAGE.

Après l’assassinat de Samuel Paty, « un tiers de mes élèves conteste les programmes »

Un mois après l’assassinat de Samuel Paty, le 16 octobre, une professeure de français de banlieue parisienne témoigne de la difficulté à enseigner.

Photo : Des professeurs rendent hommage à Samuel Paty, le 18 octobre, à Strasbourg. | FREDERICK FLORIN, AFP

Ouest-France

Propos recueillis par Arnaud BÉLIER.

Publié le 16/11/2020 à 12h45

Il y a un mois, le 16 octobre, Samuel Paty, professeur d’histoire-géographie, était assassiné à la sortie de son lycée à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines). Son assassin avait appris qu’il avait montré en cours des caricatures de Mahomet publiées dans Charlie Hebdo. Il avait souhaité le punir pour cela. Un geste extrême, qui reste isolé fort heureusement. Mais la difficulté d’enseigner les programmes, de nourrir sereinement les débats en classe demeure. En témoigne, Isabelle (prénom d’emprunt), professeure de français exerçant en banlieue parisienne. Elle est « tombée de sa chaise » après avoir questionné ses élèves à la suite de la minute de silence organisée dans son établissement le 2 novembre. Voici son témoignage.

« Cela fait six ans que j’enseigne. J’aime ce métier que j’ai découvert par hasard, après avoir travaillé dans le milieu de l’événementiel. Mais j’ai l’impression que les choses évoluent, et pas dans le bon sens. Après l’attentat contre Charlie Hebdo, en janvier 2015, il y a eu spontanément une forme d’unité nationale. Bien sûr, on a entendu des phrases comme : « Ils l’ont bien cherché ». On a entendu des élèves le dire, mais c’était très rare.

Je me suis demandé comment j’allais pouvoir en parler aux élèves

Après l’assassinat de Samuel Paty, le 16 octobre, je me suis demandé comment j’allais pouvoir en parler aux élèves que j’aurais lors de la minute de silence, le 2 novembre. J’étais étonnée de n’avoir rien vu passer sur les réseaux sociaux, alors que d’ordinaire les élèves réagissent au quart de tour à l’actualité, comme lorsqu’on a interdit à des filles de porter des crop-tops. Là, rien. Je me suis dit : ce n’est pas normal, il y a quelque chose de souterrain.

J’ai commencé mon cours en présentant des dessins de Daumier [un célèbre caricaturiste du XIXe siècle], puis des Unes de Charlie Hebdo, mais pas celles représentant Mahomet. Jamais, je n’ai employé le mot caricatures. Le cours s’est bien passé. Après, je leur ai dit de prendre une feuille et de répondre, anonymement, à ces trois questions : « Que s’est-il passé le 16 octobre ? » ; « Qu’avez-vous retenu du discours d’Emmanuel Macron lors de l’hommage à Samuel Paty ? » ; « Y a-t-il des points que vous souhaitez évoquer ? »

Rassurez-moi, vous n’allez pas me décapiter ?

Et là, je suis tombée de ma chaise. En résumé, un tiers des élèves disait : « Ce n’est pas normal de critiquer l’islam, comme les autres religions, d’ailleurs » ; « C’était mieux avant quand il n’y avait pas de liberté d’expression » ; « Pourquoi les caricatures sont-elles aux programmes ? » ; « Je ne vois pas l’intérêt de parler de tout ça. » Nous avons échangé là-dessus. À la fin, je leur ai dit, pour détendre l’atmosphère : « Rassurez-moi, vous n’allez pas me décapiter ? » Un élève m’a répondu : « Vous inquiétez pas. Pas vous… »

Un tiers d’une classe qui conteste le programme, c’est effrayant, ça va être difficile à déconstruire. Que répondre à cet élève de seconde qui, lors d’un exposé, a pixélisé le sexe d’une statue de Modigliani, parce qu’il trouvait ça « inconvenant » ? Que dire à ces élèves qui se disent choqués par Persépolis [bande dessinée puis film de Marjane Satrapi sur sa jeunesse en Iran] ? Que répondre quand on me demande : « Pourquoi Dieudonné, il perd tous ses procès, et Charlie Hebdo, jamais ? »

On devrait obliger les enseignants à suivre des cours d’instruction civique

Je me sens désarmée. Je pense qu’on ne pourra déconstruire ces discours qu’en étant béton sur les savoirs scientifiques qu’on enseigne aux élèves. Quand j’ai passé mon Capes, il y a quatre ans, on m’a demandé d’apprendre par cœur les dix postures d’un agent de l’État. Des mots-valises qui ne veulent rien dire. On devrait obliger les enseignants à suivre des cours d’instruction civique solides. Or, fort est de constater que nous ne maîtrisons pas suffisamment ces sujets aujourd’hui. »

°°°

Source : https://fr.sputniknews.com/france/202011151044772930-des-jeunes-proposent-a-une-secretaire-detat-dinterdire-aux-journalistes-de-parler-de-lislam/

Des jeunes proposent à une secrétaire d’État d’« interdire aux journalistes de parler de l’islam »

15:29 15.11.2020

Par Nikita Martynov

Une semaine après l’assassinat de Samuel Paty, la secrétaire d’État à la Jeunesse et à l’Éducation Sarah El Haïry a rencontré 130 jeunes à Poitiers pour débattre autour des religions. Dans une interview au Point, elle a décrit le 14 octobre une atmosphère tendue.

Un échange sur les religions avec 130 jeunes réunis sous l’égide de la Fédération des centres sociaux et socioculturels de France s’est déroulé dans une atmosphère tendue le 22 octobre, une semaine après l’assassinat de Samuel Paty, confie la secrétaire d’État à la Jeunesse et à l’Éducation Sarah El Haïry dans une interview accordée le 14 octobre au Point.

« Voilà ce que les jeunes m’expriment très directement : certains disent qu’ils veulent « interdire le droit au blasphème », que « les journalistes sont pro-israéliens », qu’il faut « interdire aux journalistes de parler de l’islam », le « souhait de porter le voile au lycée » », relate-t-elle.

« En désaccord avec eux », Sarah El Haïry indique qu’elle leur a expliqué « le sens de la laïcité, pourquoi la loi de 2004 [sur l’interdiction des signes religieux à l’école, ndlr] offre un cadre pour l’exercice de la liberté de conscience à l’école, pourquoi notre État n’est pas raciste et comment la République nous protège et permet notamment des échanges aussi francs et libres que nous avions ce jour-là. »

« Je conclus en disant qu’il est important de respecter le pacte républicain », ajoute-t-elle.

« Personne ne se lève, au début, personne ne chante »

« Pour créer un mouvement commun », elle a ensuite décidé de chanter avec ces jeunes la Marseillaise, mais le malaise s’est avéré profond.

« Je suis particulièrement seule. Je cherche l’unité autour de l’hymne, mais personne ne se lève, au début, personne ne chante… », indique la secrétaire d’État.

À la suite de cette réunion, Sarah El Haïry a envoyé une inspection au sein de la Fédération des centres sociaux et socioculturels de France. Selon elle, cela ne vise pas la liberté de parole des jeunes mais « la manière dont ont été conduits les travaux pendant les quatre jours ».