Subscribe to Secularism is a Womens Issue

Secularism is a Women’s Issue

Accueil > fundamentalism / shrinking secular space > France : Comment les islamistes ont sabordé « la charte des valeurs » de (...)

France : Comment les islamistes ont sabordé « la charte des valeurs » de l’islam voulue par Macron

mardi 29 décembre 2020, par siawi3

Source : https://www.lejdd.fr/Politique/comment-la-charte-des-valeurs-de-lislam-a-explose-en-vol-4014749

Comment les islamistes ont sabordé « la charte des valeurs » de l’islam voulue par Macron

23h00 , le 26 décembre 2020

Par Mohamed Sifaoui

Par le biais d’une « charte des valeurs » de l’islam, Emmanuel Macron espérait une adhésion formelle des courants musulmans aux valeurs et aux lois républicaines. Mais le projet de synthèse préparé par Mohammed Moussaoui, le président du le Conseil français du culte musulman (CFCM) est rejeté par les courants intégristes, illustrant les divisions au sein de l’islam de France.

Le 18 novembre, recevant les représentants de huit des neuf fédérations qui constituent le Conseil français du culte musulman (CFCM), Emmanuel Macron avait exigé un engagement écrit, sous forme d’une « charte des valeurs » soulignant formellement leur attachement aux lois et principes essentiels de la République. Tous ses interlocuteurs avaient alors juré de produire, sous quinze jours, un document de « haute tenue », selon un participant. Près de six semaines plus tard, après moult discussions internes, les membres « représentatifs » de l’islam de France se sont révélés incapables de finaliser cette fameuse charte.

À l’origine, les différentes fédérations avaient, pour la plupart, remis une contribution écrite à Mohammed Moussaoui, président du CFCM. À charge pour ce dernier d’effectuer « un travail de synthèse, réalisé à partir des propositions de la plupart des acteurs », explique Anouar Kbibech, chef de file du Rassemblement des musulmans de France (RMF). « C’est ce qui a servi de base de négociation », précise-t-il. Des contributions à l’origine très éloignées dans leurs contenus, voire franchement antagonistes.

« Elles sont surtout en deçà des attentes et de la promesse », dit-on dans les rangs de l’exécutif. Vue du ministère de l’Intérieur, la synthèse effectuée par Mohamed Moussaoui paraissait pourtant satisfaisante. Plusieurs passages répondaient au cahier des charges : attachement aux principes et lois républicains ; dénonciation explicite de l’homophobie, de l’antisémitisme et de la misogynie ; mais, surtout, rejet de l’islamisme ainsi que des fake news qui tendent à présenter la France comme un « Etat raciste », hostile aux musulmans.

La charte des valeurs allait ainsi jusqu’à définir clairement l’islamisme : « Par islam politique, la présente charte désigne les courants politiques et/ou idéologiques appelés communément : wahhabisme ; salafisme ; doctrine des Frères musulmans ; et plus généralement toute mouvance locale, transnationale ou internationale qui vise à utiliser l’islam afin d’asseoir une doctrine ­politique, notamment parmi celles dont les textes fustigent la démocratie, la laïcité, l’égalité entre les femmes et les hommes ou qui fait la promotion de l’homophobie, de la misogynie, de l’antisémitisme, de la haine religieuse, et plus généralement toute idée ou pensée qui contesteraient, directement ou indirectement, les principes fondamentaux énoncés dans la Déclaration universelle des droits de l’homme. »

Une nouvelle version controversée

Mais ce passage a été littéralement biffé à la demande de trois fédérations : Foi et Pratique, le courant prosélyte et fondamentaliste Tabligh ; le représentant de Musulmans de France (ex-UOIF, proches de la pensée des Frères musulmans) ; mais surtout le CIMG, ou Milli Görüs, d’obédience turque, représenté par Fatih Sarikir. Car, pendant qu’il négociait l’élaboration de cette charte avec le CFCM, cet islamiste turc en faisait parallèlement rédiger une autre, avec Hamadi Hammami, le dirigeant de Foi et Pratique.
Celle-ci, qui a circulé dans les réseaux proches d’Ankara, a été paraphée, notamment, par quelques représentants de mosquées, essentiellement celles affiliées au Milli Görüs. Mais aussi par Marwan Muhammad, ex-dirigeant du très controversé Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF), dissous le mois dernier par le gouvernement après l’assassinat de Samuel Paty. Certains acteurs de l’islam de France, comme le RMF, ont ainsi découvert le nom de leur organisation apposé sur un document qu’ils jurent ne pas avoir signé.
La tension est encore montée d’un cran quand plusieurs moutures de la première charte ont fuité dans le site Mediapart, Marwan Muhammad se fendant immédiatement d’un tweet : « Lisez comment le CFCM a cédé au diktat de Gérald Darmanin en rédigeant une charte de la honte qui interdit même la simple expression des musulmans. » Et d’ajouter : « J’invite toutes les mosquées, toutes les associations et tous les imams à qui il reste un minimum de dignité à ne pas signer cette charte, qui n’est rien de moins qu’un acte d’aliénation. »

Mohammed Moussaoui n’a pas donné suite aux sollicitations du JDD. Le président du CFCM serait-il gêné aux entournures ? « Il est républicain lorsqu’il est dans les ministères et archaïque quand il se retrouve avec les islamistes », tranche une source. Un membre du CFCM se montre plus explicite : « ­Mohammed Moussaoui est tiraillé entre les directives qu’il reçoit de Rabat, les attentes du bureau central des cultes du ministère de l’Intérieur, les exigences de ses partenaires intégristes et ses sempiternelles guéguerres avec Chems-Eddine Hafiz, le recteur de la Grande Mosquée de Paris. » Ce dernier tempère : « Nous avons quelques divergences, mais nous essayons de faire converger les points de vue. Il s’agit de négociations. Ce n’est pas toujours facile. »

L’apostasie, source de désaccords

Le malaise, en réalité, semble beaucoup plus profond. Autre pierre d’achoppement, ce que les extrémistes qualifient de « crime d’apostasie ». Pour Assani Fassassi, le secrétaire général de la Fédération française des associations islamiques d’Afrique, des Comores et des Antilles (FAIACCA), « le Coran est limpide, il y est écrit : nulle contrainte en religion ». En revanche, les courants d’obédience islamiste ont refusé que soient mentionnés les mots « apostasie » ou son équivalent arabe, « ar-ridda ». Un passage qui figurait dans la synthèse élaborée par Moussaoui – « ne pas qualifier l’apostasie de crime ni stigmatiser celles ou ceux qui renoncent à une religion » – est ainsi devenu un véritable point de désaccord.

De même, un article relatif à l’école, qui rappelait « l’importance de l’école laïque publique qui doit être préservée des maux qui touchent la société » et précisait qu’« aucune autorité religieuse ne peut remettre en question des méthodes pédagogiques », a été remis en question par l’organisation de tendance frériste, Musulmans de France.

Les fédérations qui composent l’« instance représentative » n’ont donc pu s’accorder sur un texte ­attestant clairement leur attachement collectif à la République. Une figure historique du Conseil évoque même « une réelle fracture idéologique » : d’un côté, les tenants d’une approche traditionnelle, parfois liés à des pays étrangers ; de l’autre, les trois tendances islamistes. Les prochains débats risquent d’être fort houleux entre ces différents courants, qui cohabitent depuis 2003 au sein d’un CFCM aujourd’hui condamné à l’impuissance. ­Emmanuel Macron n’est pas près de recevoir la charte qu’il a exigée.

°°°

Source : https://www.lejdd.fr/Societe/conseil-national-des-imams-la-grande-mosquee-de-paris-se-retire-4015096

Conseil des imams : la Grande Mosquée de Paris se retire et accuse « la composante islamiste au sein du CFCM »

17h20 , le 28 décembre 2020, modifié à 17h22 , le 28 décembre 2020

Par Redaction JDD

Dans un communiqué, le recteur de la Grande mosquée de Paris annonce son retrait du projet de création d’un Conseil national des imams et accuse « la composante islamiste au sein du Conseil français du culte musulman » d’avoir sabordé les discussions sur la charte des valeurs.

Dans un communiqué, le recteur de la Grande mosquée de Paris annonce son retrait du projet de création d’un Conseil national des imams et accuse « la composante islamiste au sein du Conseil français du culte musulman » d’avoir sabordé les discussions sur la charte des valeurs.

Sa décision est « irrévocable » et il l’écrit dans un communiqué diffusé lundi. Le recteur de la Grande Mosquée de Paris, Chems-Eddine Hafiz, ne participera plus au projet de création d’un Conseil national des imams de France. Au cœur de la polémique : la charte des valeurs, censée précéder la constitution du conseil et devant être rédigée dans le cadre de discussions entre toutes les composantes du Conseil français du culte musulman (CFCM).

A la demande d’Emmanuel Macron et après l’assassinat de Samuel Paty, elle devait souligner formellement leur attachement aux lois et principes essentiels de la République. Mais le texte est rejeté par les courants intégristes, comme le révélait dès dimanche le JDD.

La charte des valeurs avait défini l’islamisme

La charte des valeurs allait ainsi jusqu’à définir clairement l’islamisme : « Par islam politique, la présente charte désigne les courants politiques et/ou idéologiques appelés communément : wahhabisme ; salafisme ; doctrine des Frères musulmans ; et plus généralement toute mouvance locale, transnationale ou internationale qui vise à utiliser l’islam afin d’asseoir une doctrine ­politique, notamment parmi celles dont les textes fustigent la démocratie, la laïcité, l’égalité entre les femmes et les hommes ou qui fait la promotion de l’homophobie, de la misogynie, de l’antisémitisme, de la haine religieuse, et plus généralement toute idée ou pensée qui contesteraient, directement ou indirectement, les principes fondamentaux énoncés dans la Déclaration universelle des droits de l’homme. » Mais ce passage avait été supprimé à la demande de trois fédérations, qui allaient jusqu’à proposer leur propre version de la charte.

Dans son communiqué, le recteur de la Grande mosquée accuse « la composante islamiste au sein du CFCM, notamment celle liée à des régimes étrangers hostiles à la France » d’avoir « insidieusement bloqué les négociations » sur la charte en « remettant en cause presque systématiquement certains passages importants ». Pour le recteur, il s’agit d’une nouvelle tentative de « saborder toutes les initiatives qui visent à créer des rapprochements salutaires entre les musulmans de France et la communauté nationale ». Il dénonce encore ces « cercles malveillants » souhaitant, selon lui, transformer l’islam, « une religion paisible en idéologie de combat ».