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Palestine : Polémique en Cisjordanie après l’arrestation d’une DJ pour un concert près d’un lieu sacré

jeudi 31 décembre 2020, par siawi3

Source : https://www.lemonde.fr/international/article/2020/12/31/polemique-en-cisjordanie-apres-l-arrestation-d-une-dj-pour-un-concert-pres-d-un-lieu-sacre_6064912_3210.html

Polémique en Cisjordanie après l’arrestation d’une DJ pour un concert près d’un lieu sacré

Les organisateurs de la fête à Nabi Moussa assurent avoir reçu l’aval du ministère du tourisme. Pourtant, après l’indignation de nombreux Palestiniens, les autorités ont arrêté l’artiste, Sama Abdulhadi.

Par Clothilde Mraffko
(Jérusalem, correspondance)

31.12.20

La courte vidéo, publiée samedi 26 décembre au soir, agite encore les réseaux sociaux palestiniens. On y voit un petit groupe d’une quinzaine de jeunes danser au rythme d’une musique techno ; l’un d’eux porte même un masque. Au premier plan, la DJ Sama Abdulhadi, star de la scène électro, mixe en débardeur noir sous les lumières rouges et jaunes, casque sur les oreilles. Mais la fête, qui s’est tenue le 26 décembre, a été brutalement interrompue. Une deuxième vidéo montre l’irruption de plusieurs jeunes hommes qui crient : « Dehors, allez, ouste ! ». Les fêtards sont bientôt éjectés de leur soirée.

La fête était organisée dans un lieu sacré, à Nabi Moussa, là où se trouverait la tombe du prophète Moïse selon la tradition musulmane. Le site touristique, situé à moins d’une demi-heure de Jérusalem, sur la route de Jéricho en Cisjordanie occupée, abrite aussi une mosquée. « Une fête disco dans un mausolée », interpelle l’un de ceux qui ont interrompu la soirée, « ceci n’est pas respectueux de la religion, ce n’est pas moral ». Sama Abdulhadi a été violemment attaquée sur les réseaux sociaux.

Face à l’indignation, le premier ministre palestinien, Mohammad Shtayyeh, a demandé l’ouverture d’une commission d’enquête « pour déterminer ce qu’il s’est passé à Nabi Moussa ». Dimanche soir, la DJ a été arrêtée et sa détention a été prolongée pour quinze jours. Elle est accusée de « profanation d’un lieu religieux » et d’avoir « violé les restrictions visant à empêcher la propagation du coronavirus ». La Cisjordanie est en confinement depuis mi-décembre.

Profonde fracture

Les soutiens de la jeune femme assurent qu’elle avait reçu l’aval du ministère du tourisme. Plus de 60 000 personnes ont signé une pétition exigeant sa libération immédiate. Le texte affirme que Sama Abdulhadi, considérée par beaucoup comme la première DJ femme palestinienne et qui jouit d’une renommée internationale, travaillait à un projet visant à filmer dans divers sites touristiques palestiniens afin de les promouvoir à travers la musique électro. Et surtout, martèlent les auteurs, tout a été fait dans les règles.

« Le gouvernement n’aurait pas dû autoriser cet évènement », explique Ammar Dweik, directeur de la Commission palestinienne indépendante des droits de l’homme. « L’arrestation de Sama est injuste, poursuit-il. Les autorités savaient exactement ce qu’elle avait prévu de faire, l’endroit et la date étaient bien spécifiés. »

La fête n’a pas eu lieu dans la mosquée mais à l’extérieur, dans la cour. La soirée, pour les organisateurs, se déroulait sur un site touristique et n’avait donc rien d’offensant. L’affaire révèle surtout la profonde fracture entre une petite frange séculière de la population et la majorité des Palestiniens, religieux et plutôt conservateurs, qu’ils soient chrétiens ou musulmans. Rumeurs et incompréhensions ont nourri les rancœurs autour de cette fête, alimentées par une série de clichés sur la musique électro.

« Certains courants religieux dans la société palestinienne se sont servis de cet incident pour encourager le ressentiment à l’égard des libéraux, des Palestiniens qui ne sont pas religieux. Le rôle du gouvernement aurait dû être de chercher un équilibre, en appelant au respect de l’Etat de droit, décrit Ammar Dweik. Mais au lieu de prendre ses responsabilités, la ministre s’est dissociée du dossier. Elle est responsable de ce fiasco. »