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« Ce qui doit être dit  » de Günter Grass

samedi 14 avril 2012, par siawi3

jeudi 12 avril 2012

Source :http://www.rfi.fr/moyen-orient/20120412-guenter-grass

« Ce qui doit être dit  » de Günter Grass

- Pourquoi me taire pourquoi taire trop longtemps
- Ce qui est manifeste, ce àquoi l’on s’est exercé 
- dans des jeux de stratégie au terme desquels 
- nous autres survivants sommes tout au plus 
- des notes de bas de pages

 
- C’est le droit affirmé àla première frappe 
- susceptible d’effacer un peuple iranien 
- soumis au joug d’une grande gueule 
- qui le guide vers la liesse organisée, 
- sous prétexte qu’on le soupçonne, dans sa zone de pouvoir, 
- de construire une bombe atomique.
 
- Mais pourquoi est-ce que je m’interdis 
- De désigner par son nom cet autre pays 
- Dans lequel depuis des années, même si c’est en secret, 
- On dispose d’un potentiel nucléaire en expansion 
- Mais sans contrôle, parce qu’inaccessible 
- Ã€ toute vérification ?
 
- Le silence général sur cet état de fait
- silence auquel s’est soumis mon propre silence,
- pèse sur moi comme un mensonge
- une contrainte qui s’exerce sous peine de sanction
- en cas de transgression ;
- le verdict d’« antisémitisme » est courant.
 
- Mais àprésent, parce que de mon pays,
- régulièrement rattrapé par des crimes 
- qui lui sont propres, sans pareils, 
- et pour lesquels on lui demande des comptes, 
- de ce pays-là, une fois de plus, selon la pure règle des affaires, 
- quoiqu’en le présentant habilement comme une réparation, 
- de ce pays, disais-je, Israë l 
- attend la livraison d’un autre sous-marin 
- dont la spécialité est de pouvoir orienter des têtes explosives 
- capables de tout réduire ànéant 
- en direction d’un lieu où l’on n’a pu prouver l’existence 
- ne fà»t-ce que d’une seule bombe atomique, 
- mais où la seule crainte veut avoir force de preuve, 
- je dis ce qui doit être dit.
 
- Mais pourquoi me suis-je tu jusqu’ici ? 
- parce que je pensais que mon origine, 
- entachée d’une tare àtout jamais ineffaçable, 
- m’interdit de suspecter de ce fait, comme d’une vérité avérée, 
- le pays d’Israë l auquel je suis lié 
- et veux rester lié.
 
- Pourquoi ai-je attendu ce jour pour le dire, 
- vieilli, et de ma dernière encre : 
- La puissance atomique d’Israë l menace 
- une paix du monde déjàfragile ? 
- parce qu’il faut dire, 
- ce qui, dit demain, pourrait déjàl’être trop tard : 
- et aussi parce que nous - Allemands, 
- qui en avons bien assez comme cela sur la conscience - 
- pourrions fournir l’arme d’un crime prévisible, 
- raison pour laquelle aucun 
- des subterfuges habituels n’effacerait notre complicité.
 
- Et admettons-le : je ne me tais plus, 
- parce que je suis las de l’hypocrisie de l’Occident ; il faut en outre espérer 
- que beaucoup puissent se libérer du silence, 
- et inviter aussi celui qui fait peser cette menace flagrante 
- Ã renoncer àla violence 
- qu’ils réclament pareillement 
- un contrôle permanent et sans entraves 
- du potentiel nucléaire israélien 
- et des installations nucléaires iraniennes 
- exercé par une instance internationale 
- et accepté par les gouvernements des deux pays.
 
- C’est la seule manière dont nous puissions les aider
- tous, Israéliens, Palestiniens, 
- plus encore, tous ceux qui, dans cette 
- région occupée par le délire 
- vivent côte àcôte en ennemis 
- Et puis aussi, au bout du compte, nous aider nous-mêmes.