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Un aéroport pour patrie: Snowden

Monday 22 July 2013, by siawi3

Source: http://jasminatesanovic.wordpress.com/

13/07-2013,

Jasmina Tesanovic

J’ai perdu ma patrie dans la chute de la Yougoslavie. Mon passeport a changé cinq fois, bien que je n’aie jamais changé mon adresse. Je n’ai pas pu entrer dans la bibliothèque du Congrès aux USA parce que mon pays n’existait pas sur leur ordinateur.

Depuis lors, j’ai perdu beaucoup d’heures avec les conséquences de ne pas avoir d’état. J’ai fait la queue dans une infinité d’ambassades pour avoir un visa. Dans les grands aéroports, pleins d’autres personnes très occupées d’autres nations, mes documents étaient vérifiés deux, trois fois, parfois même refusés. A une occasion, j’ai été déportée d’un train et gardée dans une prison locale improvisée parce qu’il manquait le bon cachet sur mon passeport. Tout ceci s’est produit sans que je commette le moindre délit contre mon propre pays ou un autre pays.

Quand le monde est en guerre contre la terreur, ou quand des pays sanctionnent d’autres pays ou quand des états exercent une contrainte sur leurs propres citoyens, ceci devient une nouvelle normalité.

Bizarrement, les aéroports, ces zones sans nation, deviennent souvent les endroits les plus sûrs pour vivre dans le chaos de nations en guerre. J’ai passé beaucoup d’heures dans ces endroits d’aucun pays qui aujourd’hui sont eux-mêmes comme de petites villes, où pratiquement tout le monde peut manger, boire, acheter, dormir et se laver, pour autant qu’on ait une carte de banque valable. L’argent électronique est maintenant bien au-delàdes nations, le commun dénominateur pour la guerre et la paix.

Ces dernières semaines, le dissident célèbre et notoire aussi, Edward Snowden vit dans un aéroport àMoscou. Pendant la même période, une femme mexicaine anonyme demeure tranquillement dans l’aéroport de Cancun. Snowden a toute la presse internationale face àlui et des espions internationaux sur le dos, tous attendant son prochain geste. La femme mexicaine avait été repérée par hasard par la sécurité de l’aéroport. Cependant, comme ses papiers étaient en ordre, il n’y a pas de motifs légaux pour la déporter de l’aéroport.

Snowden est un homme de l’âge de ma fille. Ce qu’il a fait appartient àune nouvelle ère de lutte pour la vérité et la justice. Nous, nous descendions dans les rues, faisions des campagnes de porte àporte avec des tracts en papier. Maintenant des documents secrets inondent Internet pour élever la conscience sur des questions politiques éternelles. Récemment, des électeurs ont changé l’aspect du Parlement italien, après des années de vaines tentatives pour renverser la vieille classe de politiciens corrompus, grâce àune campagne d’un parti politique qui utilisant l’Internet.

Julian Assange de WikiLeaks est encore toujours piégé àLondres àl’ambassade équatorienne. Cependant on doit se rendre compte que ses méthodes sont appliquées et étendues avec succès, dans des endroits surprenants et des situations nouvelles.

Même si des idées circulent électroniquement, les gens ne le font pas. On est aujourd’hui connecté par Internet beaucoup plus qu’avant, on partage les méthodes, les idées, les stratégies, les échecs, les récits, les destinées, la surveillance…pour le bien et le mal…Mais les nations et les organes de sécurité ont resserré àla fois les lois et leur étreinte illégale sur les utilisateurs personnels et les citoyens d’Internet. Cette jungle globale s’est enrichi de toutes sortes de prédateurs exotiques, d’espions, de moghols extra-riches, de marchands de surveillance, de titans industriels, de hackers, de pêcheurs de la police secrète, ainsi que de la mafia habituelle, de dealers de la drogue, des pornographes d’enfants et de terroristes. Et pourtant jamais, au grand jamais, on a eu entre les mais, en notre pouvoir un mécanisme plus démocratique. Les conséquences politiques ne peuvent pas stopper. Le monde a encore toujours ses dissidents et ses militants, mais c’est un monde qui a changé.
Alors, que va-t-il arriver àSnowden et Assange, ou àla plateforme Internet italienne créé pour son Parlement ?
Le drame de Snowden doit continuer. Il devra être physiquement transporté, quelque part et d’une certaine façon, dans un des pays qui lui ont offert l’asile politique. Les Américains, autrefois les mortels ennemis de tous les pirates de l’air, deviendront-ils eux-mêmes des pirates de l’air ? Combien d’incidents Morales vont-ils encore se produire – une réponse rapide basée sur un faux renseignement, comme ce contretemps en 1999, quand des avions de l’OTAN ont fait exploser l’ambassade de Chine en Serbie ? Autrefois les USA étaient en faveur d’ambassades libres, plutôt que de les faire exploser ou d’y garder des otages. Mais c’était alors et ceci c’est maintenant.

Une idée transparente courageuse pour un « Vol vers la liberté a émergé sur Twitter, cette source d’ennuis sans fin et aussi de la trace détaillée de causeurs de troubles. Ce projet ferait un bouclier humain de personnes éminentes connues, des volontaires voulant accompagner Snowden dans l’avion de sa destination. Combien de personnes faudrait-il avant que les services de renseignement n’osent plus stopper ou tirer sur cet avion ? Combien de dommage politique sont-ils prêts àaccepter dans leur poursuite de vengeance contre Snowden ? Supposons que ben Laden soit dans l’avion. Combien de victimes civiles accepteraient-ils comme dommage collatéral ?
Avec toute mon humanité, ou ce qu’il en reste dans cette guerre cybernétique post humaine, je me porterais volontaire pour protéger Snowden de mon propre corps. Et je ne protègerais le pas seulement lui. Je me porte volontaire pour le faire pour les bien plus nombreux militants anonymes dont le travail et la personne ont été attaqués par les mêmes forces qui l’attaquent, lui.

Comme le travail des militants sur Internet est réellement devenu important, leur image publique est en train de changer. D’obscures hobbyistes àdes enquiquineurs du poids d’une mouche, ils sont devenus des menaces, des traîtres, des démagogues, des populistes, des sociopathes, des débiles et des monstres cybernétiques. Même ceux d’une sincérité transparente ne peuvent pas être considérés comme de vrais militants pour le bien d’un futur meilleur, pour la vérité et la justice. Les militants des droits humains d’aujourd’hui sont privés de toute superpuissance voulant les soutenir.
Ils sont donc accusés d’être de faux gourous àla recherche de célébrité ou d’argent. En Italie la campagne Internet exotique Casaleggio/Grillo est démonisée et persécutée dans le restant de la presse nationale. Aucun argument cohérent n’est présenté, excepté une peur superstitieuse d’un véritable changement politique, un sentiment amer d’exclusion de ce qui est, paradoxalement, la plateforme politique la plus complète d’Italie, puisqu’elle manque de leaders appointés, de bailleurs de fonds et d’une structure de parti.

Je n’ai pas de conseil sarcastique pour ce nouvel état de choses : de mon expérience personnelle comme femme qui a survécu àautant de frontières qu’un chat a de vies, c’est la femme mexicaine anonyme, qui n’a jamais quitté cet aéroport, qui a saisi l’endroit spécifique de la modernité. Elle peut ne pas être une militante ou une dissidente, mais elle a défié un système en usant de ses propres moyens.

L’avion et l’Internet sont deux espaces globalisés au-dessus des systèmes d’état, où quelqu’un peut sauter en chute libre. Dégringolant simplement dans un espace vide, entièrement visible pour tous, et pourtant au-delàde toute aide. Souvent, avant d’atteindre le sol dans une catastrophe pareille, on se réveille simplement – réalisant que ce n’était pas un cauchemar, mais une révolution.


La version originale en anglais de cet article est parue sur siawi sous le numéro 5757