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Irak : Haifa Zangana - La voix d’une femme d’Irak

samedi 18 janvier 2014, par siawi3

par ADITI BHADURI

Traduit en français par l’auteur

La militante et écrivaine Haifa Zangana amplifie dans le monde la voix des Irakiens qu’on n’entend pas.

L’Irak est de nouveau au milieu d’une crise. Rien que dans l’année écoulée, l’ONU estime que 8.868 personnes, comprenant 7.818 civils ont été tuées dans des attaques violentes dans le pays.

Ce qui fait qu’il est important d’apprendre ce que la militante et écrivaine Haifa Zangana a àdire. Parce que, comme dans toute guerre, la majorité des survivantes de victimes sont toujours des femmes et des enfants – que ce soit comme réfugiées ou comme survivantes vivant tant bien que mal pour refaire leur vie. Et pourtant, les voix des femmes de ce pays torturé sont rarement entendues.

Pendant dix ans, dit Haifa, l’Opération pour la liberté irakienne a laissé les femmes dans ce terrible état de régression. Elle débite les statistiques – des 650.000 victimes, des milliers sont des femmes ; le Croissant rouge irakien estime que deux tiers des déplacés sont des femmes et des enfants, et il y a grosso modo deux millions de veuves et cinq millions d’orphelins aujourd’hui. Près de 92% des enfants irakiens souffrent de difficultés d’apprentissage.

Quand j’ai rencontré pour la première fois Haifa, il y a quelques années àLondres, elle s’occupait du tribunal international des gens sur l’Irak. Au cours des années, cette frêle femme kurde irakienne avec des boucles poivre et sel a approfondi son militantisme. Impliquée dans la politique de l’université àBagdad quand Saddam Hussein régnait avec sa petite clique sunnite, elle avait été emprisonnée, violée et avait dà» finalement quitter le pays pour la Syrie et finalement pour Londres. Elle est retournée en 2005, après la chute de Hussein.

Tout a commencé avec la guerre Iran-Irak, dit-elle. Quand les hommes partaient pour la guerre, les femmes ont dà» se présenter pour s’occuper des familles. « Aujourd’hui les préoccupations principales des femmes irakiennes restent la sécurité, les services de santé et l’emploi. Il y a un sentiment général de peur de ce que demain pourrait apporter. Les femmes et les filles sont les porteuses des effets dévastateurs de la guerre civile qui fait rage maintenant.  »

Haifa a décrit la souffrance de l’Irak dans de nombreux livres : la répression politique sous Saddam Hussein dans Through the Vast Halls of Memory (Dans les vastes vestibules de la mémoire) ; la répression des Kurdes dans Halabja, et les effets des sanctions contre l’Irak sur les femmes irakiennes dans Beyond Sanctions : Women’s Voices on Iraq (Au-delàdes sanctions : les voix de femmes sur l’Irak). Après que la première guerre du Golfe ait éclaté, elle a cofondé le groupe Agir ensemble : les femmes contre les sanctions et la guerre contre l’Irak.

Elle raconte une journée typique d’une femme irakienne moyenne qui commence avec la lutte pour trouver les nécessités de base – l’électricité, le gaz, l’eau, la nourriture et les médicaments – pour sa famille, et se termine avec un sentiment de soulagement d’avoir bien passé la journée au milieu de menaces de mort, d’attaques violentes et de tentatives de kidnapping.

« Les femmes ont été prises entre la destruction de la guerre et la politique féodale et sectaire menée par la classe politique au pouvoir depuis 2003,  » dit-elle.

La plupart de plus d’un million de veuves en Irak, sont àla tête de leur ménage, pourtant on estime que seulement 120.000 reçoivent une aide de l’état. L’aide mensuelle pour une veuve est de $85, tandis que le loyer moyen est de $210. Le gouvernement irakien a aussi arrêté de payer des allocations pour des hommes blessés ou handicapés et aux veuves de la guerre Iran-Irak, laissant ces familles sans ressources.

Les femmes irakiennes souffrent par un autre moyen particulier – être emprisonnées àla place de leurs parents masculins qui ont été identifiés comme des suspects de terrorisme – une forme de punition collective imposée au ménage entier, dit Haifa. Certaines d’entre elles ont été torturées et /ou violées. Quand des femmes parentes de prisonniers se rendent aux centres de détention pour s’informer de leur bien-être, on leur demande souvent des faveurs sexuelles, ou de l’argent allant jusqu’àdes milliers de dollars.

Mais Haifa n’a pas perdu l’espoir. En Inde, àl’invitation de « Femmes sans limite,  » elle a affirmé que le Printemps arabe avait en fait débuté en Irak : « On a rarement rapporté que des Irakiens se sont rassemblés chaque vendredi depuis décembre 2012 dans cinq provinces majeures dans une résistance non-violente qui a grandi spontanément, née après l’occupation de Bagdad le 9 avril 2003.  »

La première manifestation par àpeu près 200 personnes a eu lieu àFallujah le 28 avril 2003, devant l’école primaire d’Al-Qaaed, réclamant que les troupes d’occupation libère le building pour assurer que les enfants puissent retourner àl’école. Les soldats US ont tiré sur les manifestants pacifiques, tuant 17 personnes et en blessant 70. La deuxième manifestation non violente a eu lieu deux jours plus tard, pour protester contre les tueries. Un autre massacre s’en est suivi. « Ce qui avait commencé comme une action pacifique àFallujah s’est terminé avec la destruction d’une grande partie de la ville et le meurtre de 800 personnes.  » En fin de compte, « c’est Fallujah qui a entraîné le retrait militaire qui a suivi et la re-structuration de la présence US en Irak et dans le Moyen-Orient en général,  » soutient-elle.

Fallujah est de nouveau au centre d’une bataille sanglante entre des forces gouvernementales et des militants suspectés d’Al Qaeda. « La brutalité de l’occupation, sa dépendance de partis clients et d’une politique sectaire, l’effondrement de l’état, les massacres et l’atmosphère de terreur – ont tous contribué au déclin rapide des droits des citoyens,  » dit-elle. Ce n’était certainement pas l’Irak de son enfance ou de sa jeunesse, où les mariages inter-sectes étaient communs, et les minorités, comme les Chrétiens, étaient en sécurité.

Et comment les femmes irakiennes affrontent-elles la division sectaire actuelle ? « La plupart des femmes irakiennes ne considèrent pas la société traditionnelle, exemplifiée par le voisinage et la famille élargie, pourtant parfois limitée, comme l’ennemi,  » dit-elle. « L’ennemi…est la montée du sectarisme, de partis politiques corrompus appliquant aux femmes leur interprétation de l’Islam.  » Elle souligne que la Ministre des Affaires des femmes dans le gouvernement actuel était la seule femme ministre, mais sans portefeuille. C’est « un département de pure forme avec pratiquement pas de budget  ». La représentation de 25% de femmes dans le parlement est cosmétique, représentant simplement le programme sectaire et corrompu des partis politiques. Par exemple, pas une seule femme membre du parlement n’a exprimé son opposition àla pratique d’arrêter les femmes àla place de leurs parents masculins, dit-elle.

Comme écrivaine et comme artiste, elle essaie d’attirer l’attention de la communauté internationale, en particulier la société civile, sur tout cela. Comme membre fondatrice de Tadhamun : la Solidarité des femmes irakiennes, elles informent sur les expressions créatives de différentes communautés dans le pays.
Elle continue àécrire, décrivant les effets de la guerre et amplifiant la voix d’Irakiens qu’on n’entend pas dans le monde. Enfin, elle est active dans le monde des tribunaux sur l’Irak, dont la prochaine audience est prévue àBruxelles en avril. « Les tribunaux sont très importants…c’est une manière de récupérer une démocratie par le peuple et pour le peuple.  »


Original en anglais sur siawi, article 6677
Traduit en français par l’auteur.