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Espagne : « Avortement libre, sinon nous allons mourir »

dimanche 2 février 2014, par siawi3

François Musseau

Source : http://www.liberation.fr/monde/2014/01/23/ivg-les-espagnols-demandent-l-asile-sanitaire-a-la-france_975012

Universitaires, infirmières, médecins, gynécologues... 250 associations ont déposé jeudi une demande d’« asile sanitaire » àl’ambassade de France àMadrid.

C’est un slogan dramatique qu’ont repris en chÅ“ur des dizaines de femmes regroupées dans un même collectif, en face de l’ambassade de France, àMadrid, mercredi : « Avortement libre, sinon nous allons mourir. » Les visages étaient tristes, même si certaines espèrent que, d’ici àl’été, les mobilisations obligeront les autorités àcorriger le tir sur le droit àl’avortement. « Le plus lamentable, témoigne Carolina Garcia, coordinatrice de ce collectif réunissant 250 associations, c’est de revenir quarante ans en arrière, et de devoir demander l’aide d’un pays voisin. Parce que, nous, aujourd’hui, nous nous sentons vulnérables. »

Que l’avortement cesse d’être un droit en Espagne, c’est le principal objectif d’un avant-projet de loi présenté fin 2013 par le très conservateur ministre de la justice, Alberto Ruiz-Gallardon. Etant donné que le parti au pouvoir, le Parti populaire, dispose de la majorité absolue au Parlement, l’affaire semble pliée. D’où, au milieu de la fureur d’une bonne partie du pays face àla prochaine suppression de l’IVG, l’initiative d’un collectif d’organisations opposées àla réforme : demander l’« asile sanitaire » àla France où ce droit est reconnu depuis la loi Veil de 1975.

Il s’agissait bien sà»r d’un acte symbolique. Jeudi après-midi, cette plateforme baptisée « Decidir nos hace libre » (Décider nous rend libre) a remis une demande d’asile àl’ambassade de France àMadrid, située àdeux pas de la porte d’Alcala et du parc du Retiro. Universitaires, infirmières, médecins, gynécologues, et même des associations catholiques, ont revendiqué ce slogan : « Aujourd’hui, l’avortement est légal, et c’est ton droit ; mais demain tu peux le perdre. »

« Des droits pour les embryons sans défense  » : Cette loi radicale, qui sera probablement approuvée par le Congrès des députés en juin, a provoqué un raz-de-marée de mécontentement depuis l’annonce de ses contours. Toutes les formations d’opposition, la plupart des médias, l’essentiel du monde associatif et sanitaire, le gros de l’opinion (62% des Espagnols y sont opposés, d’après l’institut de sondage Sigma Dos) rejettent farouchement ce texte qui prohibe l’interruption volontaire de grossesse. Même au sein du Parti populaire, de nombreuses voix – députés, maires, élus municipaux — se sont élevées pour demander au ministre d’édulcorer sa réforme.

Mercredi, Ruiz-Gallardon a laissé entrevoir « quelques petites retouches », mais a assuré qu’il ne changerait pas « l’esprit de la loi ». A ses yeux, la réforme donne enfin une voix aux plus faibles, c’est-à-dire aux « non-nés » : « De la même façon qu’elle a combattu l’esclavagisme, la gauche devrait appuyer un texte qui donne des droits àces embryons sans défense. »

Consultations et « période de réflexion  » : La loi en vigueur, promulguée par le socialiste Zapatero en 2010, légalise l’IVG jusqu’àla douzième semaine de gestation. Avec la réforme, ce droit disparaît. Seuls le viol ou « un dommage psychologique fait àla femme » peuvent justifier un avortement. Recourir àune opération sera un parcours du combattant : dans un premier temps, la candidate devra observer « une période de réflexion », après s’être rendue àune consultation obligatoire avec les services sociaux qui l’informeront des solutions alternatives ; ensuite, il lui faudra l’approbation de deux médecins extérieurs àla clinique où elle souhaite avorter.

Les experts estiment que ces délais peuvent prendre une moyenne de trois semaines, ce qui, d’après l’Acai (l’Association des cliniques autorisées pour l’interruption de grossesse), supposera « des risques supplémentaires pour la femme ». Surtout, affirme le collectif Decidir Nos hace libre, cette loi très restrictive obligera àvoyager àl’étranger – pour un coà»t oscillant entre 6000 à7000 euros — ou, pour les plus modestes, comme c’était le cas dans les années 80, àse rendre dans une clinique clandestine.

En 2012, 112 390 avortements ont été pratiqués en Espagne, une baisse de 5% par rapport àl’année antérieure. Pour Rodrigo Tena, notaire et membre du parti centriste UpyD, « c’est avant tout une réforme idéologique. Les gouvernants savent que cela ne va pas diminuer le nombre d’opérations. Ce qui compte pour eux, c’est que l’avortement cesse d’être un droit. »