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France : Qu’est-ce qui ’fait famille’ ?

samedi 8 février 2014, par siawi3

Source : http://www.mmf-france.fr

Le Courrier de la Marche Mondiale des Femmes contre les Violences et la Pauvreté - N° - 246 – 6 janvier 2014

TROIS REACTIONS au recul sur la loi sur la famille

La loi sur la Famille victime d’un manque de courage politique - MFPF

Au lendemain de la Manif pour tous, le gouvernement a annoncé le report du projet de loi sur la Famille àfin 2015, au plus tôt. Une reculade de mauvais augure pour les parents et les enfants de « toutes les familles  ».

Lundi dernier, le gouvernement a revu ses ambitions àla baisse en annonçant le report sine die du projet de loi sur la Famille, qui devait être examiné cette année. Cette annonce est survenue au lendemain d’une énième Manif pour tous farouchement opposée àla PMA et la GPA, deux mesures qui ne figuraient pourtant pas dans le projet de loi. Alors, de quoi le gouvernement a-t-il eu peur ? Des accusations de « familiphobie  » des manifestants ? Des campagnes de désinformation des lobbys conservateurs ? Du contexte d’ « hystérisation  » du débat ? Où est le courage politique du gouvernement qui promettait de défendre « toutes les familles  » ?

Qu’est-ce qui fait famille ? : Bien que l’ouverture de la PMA aux femmes seules et aux couples de lesbiennes ait été rapidement évincée du projet de loi, ce dernier avait au moins le mérite d’aborder la notion de parentalité sous un nouveau jour, plus conforme aux réalités des familles d’aujourd’hui. Une des avancées phares du texte visait en effet àreconnaître le rôle du tiers-parent, avec l’ouverture de nouveaux droits au beau-parent dans les familles recomposées et adoptantes. En confortant le statut des personnes qui « font famille  » au sens large, cette mesure devait permettre de valoriser la parentalité sociale, qui met en avant le projet parental, porteur de la vie de l’enfant, et non le lien biologique.

Avec ce revirement, le gouvernement donne l’impression d’abandonner un chantier auquel le candidat Hollande avait pourtant promis de s’attaquer. Il ouvre un nouveau boulevard aux manifestants de dimanche, qui ne sont autres que ceux qui manifestaient contre le mariage pour tous hier et qui s’opposent aujourd’hui aux ABCD de l’égalité, àgrands coups de désinformation. Mais les forces progressistes, qui luttent aujourd’hui pour l’égalité des droits entre tous les enfants, entre les citoyens et citoyennes, entre les différentes formes de famille, ne se démobiliseront pas. Elles ne laisseront pas le gouvernement céder aux thèses alarmistes et rétrogrades des tenants d’un modèle familial traditionaliste et archaïque, qui se nourrit des peurs et des rumeurs pour mépriser tous ceux qui ne s’y conforment pas.

Report sine die de la loi sur la famille : Nous voilàmariées, mais sans enfant – Femmes Solidaires

Pour faire passer la loi sur le mariage pour tous, dans un climat qui n’était pas àla hauteur de cette France que l’on se plaît àcroire comme l’héritière des Lumières, des ajustements ont été faits. La question de la procréation médicale assistée (PMA) a été éludée et la loi sur la famille enterrée. Nous voilàdonc mariées, mais sans enfant.

La décision de l’exécutif de reporter le texte et le veto sur la PMA heurte notre association qui se bat pour faire reconnaître les droits des femmes et toutes les formes de familles. Faut-il être en couple pour avoir un enfant ? Pourquoi une femme célibataire ne pourrait-elle pas recourir àla PMA alors que 2,84 millions d’enfants de moins de 25 ans vivent dans une famille monoparentale ? Faut-il être en couple hétérosexuel pour avoir un enfant ? Cela reviendrait àdire que certains couples « valent  » plus que d’autres, ont plus de reconnaissance de l’Etat. Cela reviendrait aussi àdire que les enfants déjànés de la PMA n’ont pas le droit d’avoir leurs deux parents àleurs côtés. N’est-ce pas une grande injustice faite aux familles àl’heure où la « familiphobie  » fait des ravages ?

Nous savons bien que les lois arrivent toujours trop tard, nous savons que les évolutions sociétales sont en marche avant même que le législateur n’en ait connaissance. Nous savons aussi que faire machine arrière sur de tels sujets alors que les débats ont été déjàbien engagés – et houleux - c’est clouer au pilori des avancées qui auraient pu faire la fierté d’un gouvernement de gauche. Peut-être pas tout de suite, peut-être dans 10 ans, mais la politique ne se joue-t-elle pas sur le long terme ? En privilégiant la voie électorale et la voix des « manifestants pour tous », ce sont toutes les voix progressistes qui sont étouffées, les voix de 57 % des français-es qui se disent favorables àautoriser la PMA. La réflexion de fond a déjàlieu, place aux actes. Repensons la famille, sinon, il paraîtrait qu’ « Ã des maux étranges on applique d’étranges remèdes  » et ce serait beaucoup de bruit pour rien.

Loi Famille : Qui a peur des réacs ? – Inter LGBT

Face aux anti-tout et àleurs messages de haine, le gouvernement enchaîne une succession de reculades insupportables. L’Inter-LGBT reste plus que jamais mobilisée et demande des éclaircissements. Nous rappellerons chaque fois que nécessaire que l’ouverture de la PMA est une promesse de campagne de François Hollande, tout comme l’est celle faite pour les droits des personnes trans. L’Inter-LGBT refuse d’attendre un autre quinquennat.

Au lendemain d’une manifestation qui a déchainé les forces les plus réactionnaires portant des messages de haine envers nos familles et envers ce que nous sommes, nous attendions d’un gouvernement censément progressiste une belle et haute voix pour défendre l’égalité républicaine et de la dignité de toutes et tous, de toutes les configurations familiales.

L’Inter-LGBT ne peut que constater amèrement qu’il n’en est rien, bien au contraire. Il suffit qu’une petite minorité réactionnaire organisée et financièrement soutenue - dans des conditions obscures - hostile àl’égalité femmes-hommes et rêvant d’un retour au XIXe siècle, élève un peu la voix pour qu’elle dicte sa loi au gouvernement. Alors que les responsables de la majorité se complaisent dans les approximations sur le genre, s’excusant d’être progressistes, Manuel Valls, dans une posture surprenante de ministre de la Famille d’un jour, pratique aussitôt l’amalgame entre PMA et GPA et entend entraver la volonté souveraine du Parlement si des amendements en faveur de la PMA étaient déposés. Propos confirmés peu après par le cabinet du Premier ministre, repoussant la loi famille àune date indéterminée mais que l’on devine la plus lointaine possible, tandis que David Assouline, porte-parole du Parti socialiste abonde dans le même sens au nom du parti majoritaire. Les réactionnaires se voient ainsi crédibilisés et leurs revendications légitimés, ce qui envoie, de nouveau, un message des plus malsains, favorisant une montée en puissance des LGBTphobies et des actes de discriminations associés et entrainant une mise en danger des personnes LGBT et notamment des militants qui se font malmener ou reçoivent des menaces de mort.

Alors qu’initialement la PMA devait être discutée dans le cadre de la loi famille présentée par Dominique Bertinotti, l’avenir des femmes lesbiennes souhaitant devenir mères fà»t confié aux mains « expertes » des membres du CCNE, la date de remise de leur rapport étant sans cesse repoussée. Avec les récentes déclarations ne laissant guère de doute sur l’enterrement de la PMA, nous assistons donc àune succession de reculades insupportables et nous interrogeons : qu’en est-il exactement de la PMA dans le projet de société du gouvernement Hollande ? Nous attendons des éclaircissements et nous rappelons que presque tous les pays qui ont ouvert le mariage aux couples de même sexe ont également ouverts la PMA... et parfois dans un ordre renversé !

L’Inter-LGBT n’a eu de cesse de critiquer la dissociation de la question du mariage de celle de la PMA et de pointer le risque d’une radicalisation des anti-tout. Aujourd’hui nous ne pouvons que déplorer de voir le gouvernement céder àla panique.

L’Inter-LGBT affirme haut et fort que oui, la lutte contre les stéréotypes de genre est indispensable, et ce dès le plus jeune âge. Déconstruire ces stéréotypes, c’est affirmer l’égalité femme-homme et donner àchacun les moyens de s’épanouir dans notre société. Il est plus que regrettable que nous ayons besoin aujourd’hui de rappeler qu’un homme peut vouloir choisir de rester àla maison pour élever ses enfants et qu’il est bon de dire aux petites filles qu’elle pourront devenir chirurgiennes !

L’Inter-LGBT reste mobilisée, quoi qu’il arrive, et nous rappellerons chaque fois que nécessaire que l’ouverture de la PMA est une promesse de campagne de François Hollande, tout comme l’est celle faite pour les droits des personnes trans. Nous refusons d’attendre un autre quinquennat. L’égalité ne se divise pas, les grands et nobles principes d’égalité femmes-hommes dont se pare le gouvernement concernent toutes les femmes et ne peuvent être réservées aux seules hétérosexuelles en couple ; l’accès àla PMA pour toutes est une condition indispensable de cette égalité réelle. Nos enfants ont le droit àla même protection juridique que les autres enfants, dès leur naissance. Car des enfants naissent dans nos familles, et nos enfants ont besoin comme les autres d’être reconnu citoyens de plein droit, avec un état civil conforme àla réalité vécue et non pas comme des sous-citoyens, apatrides et sans filiation. Il est temps que cesse la tartuferie de la loi Taubira qui a certes ouvert des droits mais oblige en même temps les familles àl’adoption de leurs propres enfants pour être reconnues, tout en étant dans le déni complet de la façon dont les enfants sont conçus car sachant bien que les PMA se pratiquent àl’étranger.

Marjorie Monni et Thomas Linard, porte-parole de l’inter-LGBT en charge des questions Familles.