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Colère en Bosnie, mais cette fois-ci les gens peuvent lire les mensonges ethniques de leurs dirigeants

mardi 11 février 2014, par siawi3

Source : http://www.theguardian.com/commentisfree/2014/feb/10/anger-bosnia-ethnic-lies-protesters-bosnian-serb-croat

Traduction en français par Women In Black 11.02.2014

Les manifestants portaient trois drapeaux côte àcôte – bosniaque, serbe et croate réunis par une revendication radicale de justice

Slavoj Zizek
The Guardian, Lundi, 10 février 2014 11.07 EST

La semaine dernière, des villes brà»laient en Bosnie-Herzégovine. Tout avait commencé àTuzla, une ville àmajorité musulmane. Ensuite les manifestations se sont propagées dans la capitale, Sarajevo, et Zenica, mais aussi àMostar, où résident un grand segment de la population croate, et Banja Luka, la capitale de la partie serbe de la Bosnie. Des milliers de manifestants enragés ont occupé et mis le feu àdes bâtiments gouvernementaux. Bien qu’ensuite la situation se soit calmée, une atmosphère de haute tension pend encore toujours dans l’air.

Les événements ont suscité des théories de conspiration (par exemple, que le gouvernement serbe avait organisé les manifestations pour faire tomber le leadership bosniaque), mais on peut sans problème les ignorer, depuis lors, il est clair que ce qui se cache derrière, est le désespoir authentique des manifestants. On est tenté de paraphraser ici la fameuse phrase de Mao Tse Toung : il y a le chaos en Bosnie, la situation est excellente ! Pourquoi ? Parce que les revendications des manifestants étaient aussi simples que possible – des emplois, une chance de vie décente, et la fin de la corruption – mais elles ont mobilisé des gens en Bosnie, un pays qui, dans les dernières décennies, est devenu synonyme d’épuration ethnique féroce.

Jusqu’ici, les seules manifestations de masse en Bosnie et d’autres états post-Yougoslavie étaient au sujet de passions ethniques ou religieuses. Au milieu de 2013, deux manifestations publiques avaient été organisées en Croatie, un pays dans une profonde crise économique, avec un chômage élevé et un profond sentiment de désespoir : des syndicats avaient essayé d’organiser un grand meeting pour soutenir les droits des travailleurs, tandis que des nationalistes de droite commençaient un mouvement de protestation contre l’utilisation de lettres cyrilliques sur des bâtiments publics dans des villes àminorité serbe. La première initiative avait rassemblé quelques centaines de personnes dans une place de Zagreb ; la seconde avait mobilisé des centaines de milliers de gens, comme l’avait fait un mouvement fondamentaliste précédent contre le mariage gay.

La Croatie est loin d’être une exception : des Balkans àla Scandinavie, des US àIsraë l, d’Afrique centrale àl’Inde, une nouvelle Période sombre menace, avec l’explosion de passions ethniques et religieuses, et avec les valeurs des Lumières en recul. Ces passions se tapissaient àl’arrière plan tout le temps, mais ce qui est nouveau est leur affichage pur et simple sans vergogne.

Alors que doit-on faire ? Les libéraux traditionnels nous disent que quand des valeurs démocratiques fondamentales sont menacées par des fondamentalistes ethniques et religieux, nous devons tous nous unir derrière le programme libéralo-démocratique de tolérance culturelle, sauver ce qui peut l’être et mettre de côté des rêves d’une transformation sociale plus radicale. Notre tâche, nous dit-on, est claire : nous devons choisir entre une liberté libérale et une oppression fondamentaliste.

Néanmoins, quand on nous pose triomphalement une question (purement rhétorique) comme « Voulez-vous que les femmes soient exclues de la vie publique ?  » ou « Voulez-vous que toute critique de la religion soit punie de mort ?  » ce qui devrait nous rendre méfiants est l’évidence même de la réponse. Le problème est qu’un tel universalisme libéral simpliste a perdu son innocence depuis longtemps ? Le conflit entre une permissivité libérale et un fondamentalisme est finalement un faux conflit – un cercle vicieux de deux pôles générant et présupposant chacun l’autre.

Ce que Max Horkheimer a dit au sujet du fascisme et du capitalisme dans les années 1930 (que ceux qui ne veulent pas critiquer le capitalisme devraient aussi se taire au sujet du fascisme) devrait être appliqué aujourd’hui au fondamentalisme : ceux qui ne veulent pas critiquer la démocratie libérale devrait aussi se taire au sujet du fondamentalisme religieux.

Réagissant àla caractérisation du marxisme comme « l’Islam du 20e siècle  », Jean-Pierre Taguieff a écrit que l’Islam était en train de devenir le « Marxisme du 21e siècle  » prolongeant, après le déclin du communisme, son anti-capitalisme violent.

Cependant, on peut dire que les récentes vicissitudes du fondamentalisme musulman confirment la vieille idée de Walter Benjamin que « toute montée du fascisme témoigne d’une révolution ratée  ». La montée du fascisme est, en d’autres mots, àla fois l’échec de la gauche, et simultanément la preuve qu’il y avait un potentiel révolutionnaire, une insatisfaction, que la gauche n’a pas été capable de mobiliser. Et la même chose ne vaut-elle pas pour le soi-disant « Islamo-fascisme  » ? La montée de l’islamisme radical n’est-elle pas exactement en corrélation avec la disparition de la gauche laïque dans les pays musulmans ?

Quand on décrit l’Afghanistan comme le pays le plus fondamentaliste musulman, qui se souvient encore qu’il y a 40 ans, c’était un pays avec une forte tradition laïque, y compris un Parti communiste puissant qui y avait pris le pouvoir indépendamment de l’Union soviétique ?

C’est dans ce contexte qu’il faudrait comprendre les derniers événements en Bosnie. Dans une des photos sur les manifestations, on voit les manifestants abhorrer trois drapeaux côte àcôte : bosniaque, serbe et croate, exprimant la volonté d’ignorer les différences ethniques. En bref, on a àfaire avec une rébellion contre des élites nationalistes : le peuple de Bosnie a finalement compris qui est leur vrai ennemi : pas d’autres groupes ethniques, mais leurs propres dirigeants qui prétendent les protéger d’autres. C’est comme si la vieille devise titoïste dont on a beaucoup abusé « fraternité et unité  » des nations yougoslaves acquérait une nouvelle actualité.

Une des cibles des manifestants était l’administration de l’UE qui supervise l’état bosniaque, forçant la paix entre les trois nations et fournissant une aide financière significative pour que l’état puisse fonctionner. Cela peut sembler surprenant, puisque les buts des manifestants sont théoriquement les mêmes que ceux de Bruxelles : la prospérité et la fin àla fois des tensions ethniques et de la corruption. Néanmoins, la manière dont l’UE gouverne effectivement la Bosnie se retranche derrière les partitions : elle traite avec des élites nationalistes comme ses partenaires privilégiés, médiatisant avec eux.

Ce que l’explosion bosniaque confirme est qu’on ne peut pas vraiment surmonter les passions ethniques en imposant un programme libéral : ce qui a réuni les manifestants est une revendication radicale de justice. L’étape suivante et la plus difficile aurait été d’organiser les manifestations en un nouveau mouvement social qui ignore les divisions ethniques, et d’organiser de nouvelles manifestations – quelqu’un peut-il imaginer des Bosniaques enragés et des Serbes manifestant ensemble àSarajevo ?

Même si mes manifestations perdent graduellement leur pouvoir, elles resteront une brève étincelle d’espoir, quelque chose comme des soldats ennemis fraternisant d’une tranchée àl’autre pendant la Première guerre mondiale. Les événements d’émancipation impliquent toujours d’ignorer ainsi les identités particulières.

Et la même chose est vraie pour la visite récente de deux membres des Pussy Riot àNew York : dans un grand gala spectacle, elles ont été présentées par Madonna en présence de Bob Geldof, Richard Gere, etc : le gang habituel des droits humains. Ce qu’ils auraient dà» faire làétait d’exprimer leur solidarité avec Edward Snowden, d’affirmer que les Pussy Riot et Snowden font partie du même mouvement global. Sans de tels gestes qui mettent ensemble ce qui dans notre expérience idéologique ordinaire apparaît incompatible (des Musulmans, des serbes et des Croates en Bosnie ; des Turcs laïques et des anti-capitalistes musulmans en Turquie, etc.) les mouvements de protestation seront toujours manipulés par une superpuissance dans sa lutte contre un autre.


Lien àla photo : http://www.balkaninside.com/bosnia-uprising-national-flags-united/

Soulèvement en Bosnie : les drapeaux nationaux unis

7 février 2014 Balkan Inside

Des citoyens de la ville bosniaque, Jajce, ont tenu une manifestation pacifique en soutien aux citoyens de Tuzla, rapporte le quotidien Avaz. Près de 500 personnes ont participé àl’événement, réclamant leurs droits, pour un emploi, pour une bourse d’étude et leur pension. Les participants suivaient les « trois  » drapeaux, le drapeau de Bosnie et Herzégovine, de la République de Srpska et de Herzeg-Bosnie, parce que la jeunesse voulait montrer qu’elle n’était pas intéressée dans le passé, bien qu’il ne doive pas être oublié, mais uniquement dans le futur et l’unité.


article original an anglais sur siawi.org, article n° 6900