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France : Prostitution : Les donneÌ es montrent que mettre fin aÌ€ la demande fonctionne

vendredi 27 mars 2015, par siawi3

Source : Le Courrier de la Marche Mondiale des Femmes contre les Violences et la PauvreteÌ - N° - 280 – 26 mars 2015
http://www.mmf-france.fr

Les juristes, les intellectuels, les politiciens et les militants partout aux EÌ tats-Unis – et le mois dernier, meÌ‚me le preÌ sident Obama – discutent des approches juridiques des fleÌ aux de la traite des eÌ‚tres humains et de la prostitution. Reconnaissant que la prostitution est une forme d’ineÌ galiteÌ sexuelle lieÌ e aÌ€ la violence fondeÌ e sur le sexe, l’approche sueÌ doise criminalise l’acheteur, tandis que la personne prostitueÌ e est deÌ criminaliseÌ e, et elle a consideÌ rablement reÌ duit la prostitution et la traite des eÌ‚tres humains depuis 1999. La loi a eÌ galement eÌ teÌ adopteÌ e en NorveÌ€ge et en Islande. Notamment avec l’amendement que la SueÌ€de y a apporteÌ en 2011, et qui permet aux personnes prostitueÌ es de reÌ clamer directement aux acheteurs des deÌ dommagements pour violation du principe d’eÌ galiteÌ et de digniteÌ , elle repreÌ senterait ainsi une loi des droits civiques en AmeÌ rique. NeÌ anmoins, certains critiques continuent de citer des donneÌ es inexactes et biaiseÌ es, alleÌ guant que la loi ne fonctionnerait pas aux EÌ tats-Unis.

Par exemple, dans les pages Opinions du Dimanche du New York Times, le 23 Septembre 2012, la journaliste indeÌ pendante Noy Thrupkaew affirme que la loi sueÌ doise nuit aux personnes prostitueÌ es « plus qu’elle ne les aide  ».

Tout en reconnaissant l’intention de la SueÌ€de de lutter contre l’exploitation, elle preÌ tend que la loi n’a « pas obtenu les reÌ sultats preÌ vus  ». Cependant, son eÌ valuation contient des erreurs fondamentales et de la deÌ sinformation concernant la SueÌ€de. En outre, elle ne consideÌ€re ni les preuves accablantes qui montrent que la prostitution en geÌ neÌ ral n’est pas un veÌ ritable « choix  » parmi des alternatives acceptables, ni les preuves que la leÌ galisation augmente l’exploitation sexuelle plutoÌ‚t que de soulager ses deÌ gaÌ‚ts.
De toute façon, sa position accorde aux hommes le droit d’acheter une autre personne pour du sexe. Thrupkaew cite une rumeur infondeÌ e qui a circuleÌ parmi les partisans de bordels leÌ gaux, qui preÌ tend que la prostitution n’a pas eÌ teÌ reÌ duite en SueÌ€de depuis l’introduction de la loi, en raison d’une soi-disant augmentation de la prostitution « clandestine  ». Une autre rumeur disait que la prostitution eÌ tait devenue plus dangereuse avec la nouvelle loi.
Ces deux alleÌ gations proviennent principalement d’un texte ineÌ dit en ligne en anglais, ouÌ€ l’auteure sueÌ doise ne mentionne pas (comme elle le faisait dans son livre publieÌ en sueÌ dois) que son eÌ tude de moins de 20 femmes a eÌ teÌ deÌ libeÌ reÌ ment composeÌ e de personnes qui disaient qu’elles avaient essentiellement une vision positive sur la prostitution parce que, pensait-elle, il y avait trop de voix neÌ gatives au sujet de la prostitution lorsque la loi a eÌ teÌ adopteÌ e. NeÌ anmoins, les alleÌ gations eÌ manant de cette eÌ tude partisane ont eÌ teÌ diffuseÌ es parmi les universitaires, les activistes et d’autres qui ne lisent pas le sueÌ dois, et qui ne savent pas comment les reÌ sultats ont eÌ teÌ obtenus.
Des agences gouvernementales sueÌ doises qui ont interrogeÌ des informateurs cleÌ s et des personnes prostitueÌ es n’ont trouveÌ aucune preuve d’une situation plus dangereuse due aÌ€ la loi ; certaines personnes prostitueÌ es disent meÌ‚me qu’elles ont eÌ teÌ Â« empowered  » (renforceÌ es) par la loi, car elle leur donne des moyens de pression lorsqu’elles ont affaire aÌ€ des clients et d’autres personnes.

En outre, les personnes prostitueÌ es doivent eÌ‚tre visibles afin de « reÌ pondre aÌ€ la demande  » ; ainsi, la formule « prostitution clandestine  » est plutoÌ‚t un oxymore. Lorsqu’elle ne se passe pas dans les rues, l’ampleur de la prostitution peut eÌ‚tre approcheÌ e, entre autres, par le nombre des publiciteÌ s en ligne ou sur papier ou par les observations de bars, casinos, clubs de striptease ainsi que par les rapports gouvernementaux et ceux preÌ senteÌ s par les travailleurs sociaux. En 2008, un groupe de chercheurs nordiques a publieÌ une comparaison du nombre de personnes prostitueÌ es, montrant que la prostitution en SueÌ€de eÌ tait environ dix fois plus basse par habitant qu’au Danemark et en NorveÌ€ge (la NorveÌ€ge a adopteÌ la loi sueÌ doise en 2009).

Alors que le nombre de personnes prostitueÌ es a augmenteÌ dans d’autres pays depuis les anneÌ es 1990, le contraire s’est passeÌ en SueÌ€de ; le nombre a eÌ teÌ reÌ duit de 2500 – 3000 femmes dans les anneÌ es 1990 aÌ€ seulement 600 en 2008. Dire que la « prostitution clandestine  » explique cette diminution, ainsi que la proportion 10 fois infeÌ rieure de prostitueÌ es par habitant est ridicule. Par ailleurs, plusieurs enqueÌ‚tes anonymes suggeÌ€rent que le nombre des clients a diminueÌ de manieÌ€re significative en SueÌ€de depuis que la loi a eÌ teÌ adopteÌ e. Il n’est pas surprenant que des trafiquants internationaux, mis sur eÌ coute, se soient plaints de ce que le « marcheÌ Â » est devenu difficile en SueÌ€de.

Thrupkaew fait valoir que les conditions d’activiteÌ dans la prostitution vont du « haut-de- gamme jusqu’aÌ€ l’exploitation, du librement choisi jusqu’aÌ€ forceÌ Â ». Cependant, son concept de « choix  » n’est pas conforme aÌ€ la reÌ aliteÌ , car plus de 40 anneÌ es de recherche ont confirmeÌ aÌ€ maintes reprises, que la plupart des personnes entrent dans la prostitution apreÌ€s avoir eÌ teÌ abuseÌ es sexuellement et neÌ gligeÌ es comme enfants, et quand elles y entrent, souvent aÌ€ moins de 18 ans, elles sont en outre confronteÌ es aÌ€ de multiples difficulteÌ s telles que la pauvreteÌ systeÌ mique, le racisme, le sans-abrisme et le sexisme.

Si « librement choisi  » signifie eÌ‚tre capable de choisir des « alternatives reÌ elles ou acceptables  » aÌ€ la prostitution – ce qui est la distinction essentielle avec le trafic sexuel, selon le droit international – le fait que 89% des 854 personnes prostitueÌ es dans neuf pays , Etats-Unis inclus, voulaient sortir, mais n’en eÌ taient pas capables, suggeÌ€re que le choix est le privileÌ€ge d’une infime minoriteÌ . Parmi les 854 personnes prostitueÌ es eÌ tudieÌ es, travaillant en inteÌ rieur ou en exteÌ rieur, les deux tiers ont reÌ pondu aux criteÌ€res cliniques pour le trouble de stress post-traumatique (SSPT), eÌ gal aÌ€ celui des veÌ teÌ rans du Vietnam et des victimes de torture en demande de soins. Une eÌ tude coreÌ enne sur les femmes anciennement prostitueÌ es dans des maisons closes a tireÌ des conclusions similaires en 2009, en objectivant eÌ galement un abus dans l’enfance. En Suisse, ouÌ€ la prostitution est leÌ gale, une eÌ tude de 2010 a reÌ veÌ leÌ que la « charge du travail du sexe  » provoque de graves troubles mentaux, sans diffeÌ rences notables entre la prostitution d’inteÌ rieur ou d’exteÌ rieur.

La loi sur la traite internationale exhorte les EÌ tats aÌ€ reÌ duire la demande de la prostitution, et aÌ€ proteÌ ger et aider les victimes. C’est le contraire de ce que fait la leÌ galisation de la prostitution. Les rapports du gouvernement et la recherche dans de nombreux pays trouvent que la leÌ galisation/deÌ peÌ nalisation augmente la prostitution, sans aborder la question de la demande accrue de sexe risqueÌ et dangereux. A Londres, Royaume-Uni, ouÌ€ la prostitution est permise dans les appartements si elle est surveilleÌ e par une « employeÌ e de maison  » assise aÌ€ l’exteÌ rieur, une eÌ tude impliquait que ces bordels augmentaient de facto l’exploitation et le nombre des rapports sexuels non proteÌ geÌ s, sans neÌ cessairement reÌ duire les abus. L’on peut s’attendre aÌ€ cela, car la prostitution est intrinseÌ€quement ineÌ gale ; des tiers sont laÌ€ pour les profits, les clients pensent qu’ils ont un droit presque absolu aÌ€ acheter du sexe, et la situation des personnes prostitueÌ es n’est gueÌ€re « empowering  ».

En 2011, la loi sueÌ doise a eÌ teÌ modifieÌ e pour preÌ ciser que les personnes prostitueÌ es peuvent reÌ clamer des dommages et inteÌ reÌ‚ts directement aux clients, pour avoir violeÌ leur droit aÌ€ l’eÌ galiteÌ et la digniteÌ . Cette position, qui consideÌ€re les personnes prostitueÌ es comme des victimes d’actes criminels, leur apporte aussi des subventions de l’aide sociale, et elle offre de veÌ ritables choix pour les exploiteÌ Es (sans oublier qu’elle dissuade les clients). Si l’AmeÌ rique est particulieÌ€rement connue pour quelque chose (aÌ€ part le jazz, le feÌ minisme radical, et un vrai petit systeÌ€me de bien-eÌ‚tre public), c’est la reconnaissance que les gens qui ont le droit aÌ€ l’indemnisation auront leur « journeÌ e au tribunal  ». Par conseÌ quent, contrairement aux assertions de Thrupkaew, la loi sueÌ doise modifieÌ e des droits civiques fonctionnerait exceptionnellement bien aux EÌ tats-Unis.