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Suisse/France : Le voile islamique transformé en symbole de liberté, quel paradoxe !

lundi 4 mai 2015, par siawi3

Source : http://www.letemps.ch/Page/Uuid/248591b8-e900-11e4-a4c3-0255b4a09538/Le_voile_islamique_transform%C3%A9_en_symbole_de_libert%C3%A9_quel_paradoxe

opinion
jeudi 23 avril 2015

Nadine Richon

Signé par des universitaire féministes, un récent manifeste intitulé « Laissons les filles tranquilles » veut abroger la loi française sur la laïcité àl’école, jugeant l’interdiction du voile liberticide. L’écrivaine Nadine Richon trouve l‘argumentation boiteuse, et s’interroge sur cette étoffe qui fait rêver des jeunes filles d’ici alors que tant d’autres, ailleurs, souffrent de ne pouvoir l’enlever.

Obliger une adolescente musulmane élevée dans une famille croyante àretirer son voile pour aller en classe, au risque de la mettre en porte-à-faux avec ses parents, ne semble ni généreux ni particulièrement judicieux.
En Suisse, l’UDC en a rêvé, la France l’a fait en 2004 avec une loi contre le port de signes religieux dans les écoles, collèges et lycées publics. Faut-il pour autant demander la suppression de cette loi, comme vient de le faire un groupe féministe emmené par la sociologue Christine Delphy sous l’intitulé « Laissons les filles tranquilles » (àlire notamment dans Le Monde du 24.03.2015) ? Il s’agit pour elles de dénoncer une forme de laïcité qui porterait atteinte àla liberté des femmes.

A lire leur manifeste, on se demande si l’argument sur la violence faite « aux filles et aux femmes musulmanes » discriminées par cette loi tient bien la route. D’abord, toutes les filles musulmanes en France ne sont pas des adeptes du voile, alors laissons-les tranquilles en leur reconnaissant le droit de représenter elles aussi un monde dont elles sont issues et, pour celles qui en ont envie, celui de s’adresser àDieu sans se couvrir les cheveux. Parler au nom « des filles et des femmes musulmanes » signifie forcément oublier un peu celles qui ne portent pas le voile.
Le manifeste reprend le vieux slogan féministe « Ne me libérez pas, je m’en charge  » afin de dénoncer la volonté supposée de libérer malgré elles ces femmes voilées par pudeur, piété, pour affirmer un mode de vie ou pour respecter l’injonction familiale.
Or, il ne s’agit pas seulement de libérer ces filles en particulier ; le voile délivre un message universellement et tristement connu, celui de l’infériorisation de la femme, et, en tant que tel, il paraît juste de le rappeler au moment où d’innombrables femmes dans le monde entier souffrent de ne pas pouvoir l’arracher.

Les féministes signataires de ce manifeste dénient àd’autres féministes le droit de penser d’une manière universelle au voile comme violence envers les femmes. Or, n’avons-nous pas le droit et même le devoir de rappeler, ici en Europe où nous pouvons parler, que, au nom de l’islam, des hommes imposent aux femmes l’obligation de se couvrir la tête, le cou, les épaules et parfois la totalité du corps ?
Mais àpeine avons-nous ouvert la bouche pour répondre aux appels désespérés des femmes vivant de l’autre côté de la Méditerranée ou plus loin que les relativistes nous jettent àla figure le sort peu enviable des femmes chrétiennes aux siècles passés. Pour leur faire plaisir, citons un extrait des Dames du XIIe siècle, où l’historien Georges Duby évoque la nécessité pour les femmes de renoncer àséduire en gardant àl’esprit la crainte de Dieu : « Tout en dépend puisqu’elle conduit àse juger soi-même, àse punir tout de suite, plutôt que de laisser au Tout-Puissant le soin de sévir dans l’au-delà. » Duby cite par exemple un abbé exhortant une comtesse àse montrer « modérée dans ses allures, sobre àtable, le visage modeste, la parole pudique » et àrester chaste de corps. Duby collectionne les sermons et les lettres qui font « apparaître en pleine lumière ce que les hommes d’Eglise pensaient du corps de la femme et ce qu’ils voulaient que les femmes elles-mêmes en pensent ».
Mais revenons au manifeste « Laissons les filles tranquilles ». La liberté, pour certaines, consisterait àse voiler. Il est vrai qu’àce stade une petite loi, aussi cruelle soit-elle, risque peu d’ébranler des demoiselles si sà»res d’elles. De telles certitudes donneraient plutôt de l’élan pour résister àcette loi venue du dehors. Illégitime puisque la seule légitimité résiderait dans le choix intime de se voiler. L’école elle-même serait le lieu de l’éclate individuelle : « Le rôle de l’école laïque est d’accueillir chacun et chacune avec ses différences, ses hontes et ses fiertés, ses secrets de famille, ses croyances et ses doutes. Le rôle de l’école laïque est de veiller àce que toutes les souffrances puissent s’exprimer sans crainte, et non de préjuger de qui doit être libéré », précisent les signataires.
L’école doit certes « accueillir », mais ne doit-elle pas aller plus loin dans la générosité en permettant àchacun de déposer ses souffrances àl’entrée ? De déposer ses croyances et ses appartenances pour goà»ter au moins en ce lieu àautre chose qu’àsoi-même, accéder àdes savoirs universels, élargir son horizon quitte àse sentir parfois bousculé et assailli par de nouveaux doutes ?
Retirer la loi ne semble pas opportun, mais il faudrait s’arrêter làet ne pas songer àl’appliquer aux universités. A force de chicanes – comme l’infâme suppression des menus scolaires sans porc annoncée par le maire UMP de Chalon-sur-Saône – on risque de radicaliser certains jeunes.
Ces questions ne se posent pas avec la même acuité en Suisse, où l’école n’exclut pas le voile. Sans doute faut-il en rester làpour ne pas choquer des jeunes filles qui vivent avec le voile comme dans un rêve souriant offert par un monde tolérant, loin du cauchemar totalitaire vécu par d’innombrables femmes sous la loi des hommes et de l’islam.