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Dans un cimetière d’Alger, les attentats de Paris réveillent de tristes souvenirs

vendredi 27 novembre 2015, par siawi3

Source : http://actu.orange.fr/france/attentats-paris/dans-un-cimetiere-d-alger-les-attentats-de-paris-reveillent-de-tristes-souvenirs-afp_CNT000000fNDi3.html

AFP 26-11-2015 - 18:48

Dans un cimetière d’Alger, les attentats de Paris réveillent de tristes souvenirs
voir les photos ©Photo:AFP/FAROUK BATICHE

Dans un cimetière d’Alger, l’enterrement de Didine, musicien algérien tué dans les attentats de Paris, a réveillé jeudi le douloureux souvenir de la décennie de guerre civile avec ses cortèges funèbres.

Kheireddine Sahbi, surnommé Didine, 29 ans, rentrait chez lui vendredi 13 novembre après une soirée avec des amis lorsqu’il a été tué dans les attaques revendiquées par les jihadistes de l’État islamique (EI).

Cet expert de musique andalouse était arrivé dans la capitale française depuis un peu plus d’un an pour des études àla Sorbonne.

Sa photo où il apparait en mise impeccable, bouc soigné et jouant du violon, a envahi dès les lendemain des attentats les réseaux sociaux.

« On ne s’attendait pas àperdre Didine dans ces circonstances », confie àl’AFP son frère Rafik.

« Je l’avais encouragé àpartir àParis. Il avait besoin de se perfectionner àl’étranger. On a vécu sa mort comme un choc, surtout mon père avec qui il avait une relation de complicité », ajoute-t-il.

Dans sa prière, l’imam, àla fine barbe, vêtu d’un blouson et d’un pantalon en toile, évoque « le rendez-vous inévitable avec la mort qui nous rattrape toujours ».

- Cruelle ironie du sort -

« Cruelle ironie du sort », s’exclame Sofiane, un cadre commercial de 40 ans, rencontré au cimetière d’El Madania, où Didine a été enterré àl’ombre de grands pins, près du monument aux morts érigé en mémoire des victimes de la guerre d’Algérie.

Didine « a survécu àune décennie de guerre terroriste (en Algérie) qui n’a épargné ni enfants, ni femmes ni vieillards et c’est àParis que le terrorisme le rattrape ! ».

Sofiane se présente lui-même comme un « survivant » de cette guerre civile qui a fait 200.000 morts dans les années 1990 et qui se poursuit encore sous forme d’attentats visant les forces de sécurité.

- Compassion teintée d’amertume-

Pendant cette période, les Algériens « se rencontraient dans les cimetières », se souvient Sofiane. « On se quittait en se demandant chaque fois qui seraient les prochaines victimes », ajoute-t-il en soulignant que même les cortèges funéraires étaient parfois attaqués « rajoutant l’horreur àla tragédie ».

« Ce qu’on a vécu ici c’était l’enfer », se souvient Rabah, un chauffeur de taxi. « On était dans une situation où le fils tuait le père et les frères s’entretuaient pour des raisons politiques et religieuses », ajoute-t-il.

Visant d’abord les forces de l’ordre, les militants anti-islamistes et les fonctionnaires, les attentats ont au fil des mois pris des cibles de plus en plus large ne laissant personne àl’abri.

Le 13 novembre, quand jaillirent sur les écrans des télévisions et des smartphones les premières images des attentats de Paris, le cauchemar de ces années de sang a resurgi dans l’esprit des Algériens.

En France, les Algériens forment la première communauté étrangère. L’onde de choc des attentats s’est donc propagée très vite sur l’autre rive de la Méditerranée.

La solidarité s’est instantanément manifestée même si elle est teintée d’une certaine amertume. Les Algériens ont affronté dans la solitude le terrorisme, rappelle jeudi le quotidien el Watan.

« La compassion internationale a aidé les Parisiens, les Tunisiens, les Maliens et d’autres populations ciblée » mais « les populations dans le monde entier restèrent indifférentes au drame algérien », écrit son éditorialiste.

Sur Twitter, un Algérien a créé un hashtag avec l’expression « Ã©tat d’urgence » pour apprendre aux Français, sur un ton léger, àvivre sous ce régime d’exception que ses compatriotes ont connu de 1992 à2011.

« Ne portez pas de manteaux trop grands, ça peut cacher des armes » ou encore « ne joue pas au héros, t’es pas dans un film américain, reste àla maison ».