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Turquie : Les liens du gouvernement avec les jihadistes

vendredi 27 novembre 2015, par siawi3

Source : http://actu.orange.fr/culture/journalistes-inculpes-en-turquie-l-ue-suit-de-pres-une-situation-inquietante-afp_CNT000000fQQvx.html

L’incarcération de deux journalistes d’opposition, qui ont fait état de livraisons d’armes controversées par la Turquie aux rebelles islamistes syriens, a relancé vendredi les critiques contre la dérive liberticide du gouvernement d’Ankara.

A Istanbul, plus d’un millier de personnes, journalistes, élus d’opposition ou intellectuels pour la plupart, se sont rassemblés devant le siège de leur quotidien, Cumhuriyet, pour critiquer le président islamo-conservateur Recep Tayyip Erdogan, accusé une nouvelle fois de vouloir étouffer la liberté de la presse.

« Depuis quand en sommes-nous arrivés àincarcérer des journalistes qui dénoncent les irrégularités du pouvoir (...) au prétexte que ce sont des secrets d’Etat », s’est offusqué l’ex-journaliste Eren Erdem, aujourd’hui député.

« C’est inacceptable, les amis », a-t-il poursuivi, « nous nous y opposons et nous continuerons ànous y opposer ».

Plus d’une centaine de personnes ont également protesté àAnkara aux cris de « la presse libre ne se taira pas ». De brefs incidents les ont opposées aux forces de l’ordre.

Jeudi soir, Can Dündar, le rédacteur en chef de Cumhuriyet, et Erdem Gül, le chef de son bureau àAnkara, ont été inculpés par un tribunal d’Istanbul pour « espionnage » et « divulgation de secrets d’Etat » et écroués jusqu’àleur procès. Ils risquent jusqu’àquarante-cinq ans de réclusion.

En mai dernier, le journal avait diffusé des photos et une vidéo de l’interception, en janvier 2014 àla frontière syrienne, de camions appartenant aux services secrets turcs (MIT) et transportant des armes destinées àdes rebelles islamistes syriens.

L’affaire a provoqué un scandale en Turquie. Le gouvernement turc a toujours nié soutenir les rebelles extrémistes, dont le groupe Etat islamique (EI), et répété que le convoi intercepté contenait de « l’aide » pour les populations turcophones de Syrie.

Sitôt l’article paru, M. Erdogan avait personnellement porté plainte contre M. Dündar. « Il ne s’en sortira pas comme ça », avait-il menacé, furieux.

- ’Surveiller l’Etat’ -

Devant le tribunal, le rédacteur en chef de Cumhuriyet, qui a reçu la semaine dernière en France le prix pour la liberté de la presse de Reporters sans frontière (RSF) et TV5 Monde, a défendu jeudi le travail de son équipe.

« Un journaliste n’est pas un agent du gouvernement », a-t-il plaidé, « mon travail consiste àsurveiller l’Etat au nom du peuple et àlui demander de rendre des comptes ».

Sitôt rendue, la décision du tribunal a suscité un tollé en Turquie et àl’étranger.

« C’est une journée noire pour la démocratie », a déploré le chef du Parti républicain du peuple (CHP, social-démocrate), Kemal Kiliçdaroglu. « La liberté d’expression (...) est foulée aux pieds tous les jours en Turquie », ont renchéri ceux du Parti démocratique des peuples (HDP), Selahattin Demirtas et Figen Yuksedag.

« Menacer de prison àvie des journalistes qui rapportent des informations jugées dangereuses par les autorités est inacceptable », a estimé l’Organisation pour la coopération et la sécurité en Europe (OSCE).

A l’avant-veille d’un sommet avec la Turquie dimanche sur la crise des migrants, l’Union européenne (UE) a jugé l’arrestation des deux journalistes « inquiétante ».

Hasard du calendrier, la décision des juges intervient alors que la Russie a accusé la Turquie d’entretenir des liens avec les jihadistes, après l’incident aérien de mardi, au cours duquel Ankara a abattu un avion militaire russe près de la frontière syrienne.

M. Erdogan a qualifié jeudi ces accusations de « calomnies » et de « mensonges », assurant notamment que son pays n’achetait pas de pétrole àl’EI.

Au pouvoir depuis treize ans, l’actuel gouvernement turc est régulièrement épinglé dans les capitales étrangères et par les ONG de défense de la liberté de la presse, qui lui reprochent des pressions de plus en plus importantes sur les médias.

Sans citer expressément le cas de Cumhuriyet, M. Erdogan a balayé d’un revers de main les critiques. « La liberté de la presse a longtemps été comprise par certains médias comme une excuse pour insulter », a-t-il déploré lors d’un discours vendredi.