Subscribe to Secularism is a Womens Issue

Secularism is a Women’s Issue

Accueil > fundamentalism / shrinking secular space > Harcèlement du nouvel an : l’émoi allemand

Harcèlement du nouvel an : l’émoi allemand

jeudi 7 janvier 2016, par siawi3

Source : http://www.liberation.fr/planete/2016/01/06/harcelement-du-nouvel-an-l-emoi-allemand_1424745

Par Nathalie Versieux,
Correspondante àBerlin

6 janvier 2016 à18:51

Photo : Manifestation contre le sexisme et le racisme, mardi àCologne. Photo Wolfgang Rattay. Reuters
Après des agressions sexuelles, la nuit du réveillon àCologne, imputées àdes hommes présentés comme des maghrébins, le débat sur les réfugiés s’envenime.

Harcèlement du nouvel an : l’émoi allemand

L’Allemagne est choquée par une forme inédite de harcèlement visant des femmes. Près de 150 agressions sexuelles, commises par des jeunes d’apparence maghrébine dans la nuit de la Saint-Sylvestre àCologne, Hambourg et Stuttgart, provoquent une forte émotion dans le pays. Le gouvernement condamne les agressions. Tout en s’inquiétant du risque de stigmatisation des réfugiés.

Que s’est-il passé en cette nuit de la Saint-Sylvestre àCologne ?

Les témoignages sont concordants. A sa descente du train régional, àla gare centrale de Cologne, Anna, 27 ans, prend peur : « La place était pleine, presque que des hommes, quelques femmes terrorisées, que tous dévisageaient. J’avais l’impression d’être au marché aux bestiaux ! Presque aussitôt, j’ai senti une première main se glisser dans mon jean. Je me suis accrochée àmon ami, et nous avons pris la fuite… » « Je n’ai jamais vu autant de femmes pleurer », décrit pour sa part Steffi, travailleuse sociale de 31 ans. Arrivée elle aussi peu après minuit des environs de Cologne en train, elle est frappée par « la forte concentration d’hommes jeunes, d’apparence maghrébine, pour beaucoup ivres » qui se trouvent dans la gare. « Salope », « sale pute »â€¦ rapidement les insultes pleuvent. Dans un coin, une très jeune fille blonde pleure, le collant déchiré, la jupe de travers. Une femme de 60 ans raconte « avoir paniqué » lorsqu’elle s’est retrouvée « encerclée par de très jeunes hommes d’allure moyen-orientale », cherchant àlui toucher les seins ou àlui mettre la main dans le pantalon. Sous le coup de la peur, elle n’a pas remarqué la disparition de son porte-monnaie.

A Hambourg, un étudiant de 25 ans, Krill, assiste àtrois scènes similaires en quelques minutes. « J’ai eu l’impression que ces hommes s’étaient donné le mot, qu’ils avaient décidé de se lâcher… » Plus de 100 femmes ont porté plainte depuis, pour vol et agression sexuelle, une pour viol. Toutes ont raconté avoir été encerclées par des groupes d’une dizaine àune vingtaine de jeunes hommes aux environs de la gare de Cologne. Les agresseurs, âgés de 15 à35 ans et d’apparence maghrébine selon les victimes, se sont livrés àdes attouchements, avant de voler portable ou sac àmain. Des scènes similaires se sont également produites àHambourg (une douzaine de plaintes) et Stuttgart.

« Nous avons affaire àune forme de criminalité organisée d’un type inédit », dénonce Wolfgang Albers, le patron de la police de Cologne, choqué du caractère systématique et du nombre important des agressions. On sait, àce stade de l’enquête, qu’un millier de jeunes, pour la plupart ivres, se sont mis àjeter des pétards et des feux d’artifice dans la foule depuis le sommet des marches du parvis de la cathédrale peu après minuit, provoquant une première intervention des forces de l’ordre. « Les hommes se sont alors dispersés dans le noir en petits groupes », explique le porte-parole des forces de l’ordre.

C’est àpartir de ce moment, entre minuit et 4 heures du matin, que se seraient produites la plupart des agressions. « On ne peut pas parler de 1 000 agresseurs, tente de rassurer la police de Cologne. Mais il est certain que les agresseurs se trouvaient parmi ce groupe d’un millier de jeunes hommes d’allure étrangère. » La police ne croit pas que les agressions de la Saint-Sylvestre soient le fait de demandeurs d’asile mais plutôt d’une ou plusieurs bandes de petits criminels maghrébins installés de longue date en Allemagne et pour certains déjàconnus des forces de l’ordre. Le fait que certains aient parlé allemand confirmerait cette hypothèse.

Pourquoi l’affaire n’a-t-elle éclaté au grand jour que mardi ?

Au petit matin du 1er janvier, la police de Cologne, visiblement dépassée, dressait un bilan « positif » de la nuit de la Saint-Sylvestre : « Comme l’an passé, les festivités sur les ponts du Rhin, dans le centre de Cologne et de Leverkusen se sont déroulées de façon pacifique », annonce le communiqué officiel des forces de l’ordre. Plus tard dans l’après-midi, la police dresse un premier bilan de 30 plaintes de jeunes femmes agressées. Lundi, on passe à60 plaintes. Le communiqué officiel parle cette fois de « violences d’une dimension inédite ». Mardi, les cercles du pouvoir àBerlin prennent la mesure du scandale. Depuis, autorités fédérales et régionales se renvoient la balle. Le ministre de l’Intérieur, Thomas de Maizière, accuse la police de Cologne de « négligences ». « J’attends des explications urgentes : ces agressions étaient-elles organisées ? S’agissait-il de Nord-Africains ? Et comment la police a-t-elle pu prétendre le lendemain que la nuit avait été paisible  » Rainer Wendt, président de DPolG, un syndicat de la police, s’en prend lui au gouvernement : « Où se trouvaient les renforts de la police fédérale qui étaient prévus àCologne le soir de la Saint-Sylvestre ? Dépêchés en Bavière, pour surveiller les frontières  » A Cologne comme àHambourg, les forces de l’ordre ont visiblement été débordées par l’afflux de fêtards. Les jeunes femmes agressées rapportent toutes ne pas avoir noté de présence policière particulière àproximité. Une policière en civil ce soir-làfigure même parmi les victimes.

Comment réagissent les autorités ?

Cette vague d’agressions provoque une vive émotion en Allemagne. Gouvernement et opposition condamnent les agressions. Tout en s’inquiétant du risque de stigmatisation des réfugiés. Depuis des mois, le débat politique se crispe en Allemagne autour de la question des migrants, àla veille de cinq scrutins régionaux en mars et en septembre. Le succès de mouvements tels que Pegida, ou la progression du petit parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AFD) expliquent la grande prudence de la classe politique sur la question des réfugiés. « Ces succès montrent qu’une partie importante de l’opinion se distancie des valeurs de la Constitution », souligne le politologue Timo Lochocki. Mardi, la chancelière, Angela Merkel, se disait « outrée par ces agressions abjectes et ces attaques àcaractère sexuel », exigeant « une réponse sans faille de l’Etat de droit ». « Nous devons tout mettre en Å“uvre pour retrouver les coupables sans délai, et les punir sans considérer leur apparence, leurs origines ou leur histoire personnelle », a précisé son porte-parole Steffen Seibert. Comme lui, la plupart des commentateurs, sans les citer, tentent de dissocier les agressions de la vague de demandeurs d’asile entrés en Allemagne depuis la fin du mois d’aoà»t. « On ne peut pas prétendre que ce genre d’agressions soit typique des Arabes ou des réfugiés, estime la verte Claudia Roth, vice-présidente du Bundestag. Il s’agit de violence masculine, et d’une tentative d’exploiter la Saint-Sylvestre comme si c’était une période de non-droit. » « Le fait que des personnes d’origine étrangère soient associées àces faits ne doit pas conduire àce que les réfugiés soient systématiquement soupçonnés », insiste le ministre de l’Intérieur, Thomas de Maizière.

L’affaire sert-elle l’extrême droite ?

Le mouvement anti-islam Pegida et le petit parti AFD se sont déjàengouffrés dans la brèche. « Il est maintenant évident que la politique d’Angela Merkel a provoqué une crise dramatique, estime le président de l’AFD pour le Bade-Wurtemberg, Jörg Meuthen, àdeux mois des élections régionales àStuttgart. Les excès de violence de la Saint-Sylvestre sont les premiers effets d’un mélange explosif d’immigration incontrôlée, de défaillance de l’Etat de droit et de déni du politique. » La présidente de l’AFD, Frauke Petry, dénonce « des agressions rappelant la situation d’absence de droit qui régnait en Allemagne àla fin de la guerre ». Jusqu’àun million de femmes avaient alors été victimes de viols, commis par des Soviétiques dans l’est du pays. « Si des demandeurs d’asile ou des réfugiés se livrent àde telles agressions, il s’agit d’une éclatante trahison des valeurs de l’hospitalité et cela doit conduire àla fin immédiate de leur séjour en Allemagne », estime pour sa part Andreas Scheuer, secrétaire général de la CSU, la branche bavaroise et conservatrice du parti d’Angela Merkel. La CSU réclame la limitation à200 000 par an des nouvelles arrivées. En 2015, l’Allemagne a accueilli 1,1 million de demandeurs d’asile.