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Attaque d’AQMI àOuagadougou : les assaillants ressemblaient à« des enfants  »

dimanche 17 janvier 2016, par siawi3

Source : http://www.lemonde.fr/afrique/article/2016/01/16/ouagadougou-les-assaillants-ressemblaient-a-des-enfants_4848554_3212.html#HIHg9mMV3Fcvi7bm.99

Par Morgane Le Cam (Ouagadougou)

Le Monde.fr Le 16.01.2016 à12h18 • Mis àjour le 16.01.2016 à22h09

image : http://s2.lemde.fr/image/2016/01/16/768x0/4848550_3_487a_des-pompiers-prennent-en-charge-un-blesse-a_868ad9b6d527cf285ab1cb78affabf22.jpg
Des pompiers prennent en charge un blessé, àOuagadougou, dans la nuit du 15 au 16 janvier.

« Je m’appelle M. Bello. S’il vous plaît, prévenez mon ami, M. Delalande, que je suis là. Que je suis en vie  ». Etendu àterre dans l’un des couloirs de l’hôpital Yalgado, le cinquantenaire peine àrespirer. Autour de lui, une dizaine d’autres blessés attendent d’être soignés. Dans la nuit de vendredi 15 janvier, le silence pesant et le carrelage rouge tacheté de l’hôpital témoignent de la gravité des attaques qui, quelques heures plus tôt, ont frappé le centre-ville de Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso.

Lire aussi : Burkina : deux Français parmi les victimes de l’attaque terroriste

Un attentat terroriste perpétré par plusieurs assaillants qui n’ont pas hésité àtirer, au hasard, sur les clients du bar restaurant Cappuccino. Un café fréquenté par la communauté internationale et situé le long de l’une des artères principales de la capitale, l’avenue Kwame N’Krumah.

« C’étaient des enfants  »

Jérémie Bangou, légèrement blessé àla main droite, àl’entrée de l’hôpital Yalgado, explique calmement : « C’était des enfants. J’ai eu l’impression que leurs tirs les faisaient reculer, tant leurs armes paraissaient lourdes pour eux.  » En ce vendredi soir, le Burkinabé de 28 ans était en rendez-vous d’affaires au Cappuccino, accompagné de son ami Roland Kassoumina.

Selon les deux hommes, c’est vers 19 h 30 que trois hommes armés au visage découvert se seraient introduits dans le Cappuccino pour tirer sur la clientèle. « Ils sont entrés et ont tiré àbout portant sur les hommes couchés àterre  », précise Roland Kassoumina, lui aussi légèrement blessé àla main droite.

Entre feu et tirs

Pendant près de quarante-cinq minutes, la clientèle, très nombreuse selon les deux témoins, restera àterre. Après avoir tiré, les terroristes auraient jeté des gaz et mis le feu àl’établissement.

« Nous n’arrivions plus àrespirer. Le plafond commençait àdescendre doucement et le feu ànous brà»ler donc certaines personnes ont commencé às’échapper. A la sortie, les terroristes les ont abattus  », affirme Jérémie Bangou en baissant le regard vers sa main, encore ensanglantée. « Il y avait tellement de blessés et de morts… On a dà» les enjamber pour sortir de là », ajoute Roland Kassoumina.

C’est en brisant une vitre que les deux amis ont réussi às’échapper. Comme plusieurs autres blessés, ils ont été se cacher derrière des groupes électrogènes, àquelques rues du Cappuccino.

Pendant ce temps, les coups de feu continuaient àretentir sur l’avenue Kwame N’Krumah. « Des terroristes brà»lent des véhicules autour de l’hôtel Splendid, juste en face du Cappuccino. Trois hommes encagoulés sont entrés dans l’établissement, une prise d’otage est en cours  », lance àla va-vite Jonas Bazié, un journaliste témoin des événements.

Il est près de 20 heures et l’hôtel, lui aussi très prisé des étrangers, est plein. Une centaine de personnes, des clients mais aussi des invités, venus assister àune réception organisée par l’Agence pour la sécurité de la navigation aérienne en Afrique et àMadagascar (Asecna), sont retranchés dans l’établissement. Parmi eux, le ministre de la fonction publique, Clément Sawadogo.

Prise d’otage àl’hôtel Splendid et second assaut àl’hôtel Yibi

Sur l’avenue, l’unité spéciale de la gendarmerie burkinabée se met en place et coordonne les opérations depuis un QG installé en urgence àproximité des lieux. L’assaut est finalement donné vers 2 heures du matin. Deux heures et demie plus tard, un ministre annonce que 30 otages dont le ministre Clément Sawadogo ont pu sortir « sains et saufs  » de l’hôtel et que 33 blessés ont pu être évacués.

Les autres otages sont restés retranchés dans l’établissement jusqu’à6 h 30, heure àlaquelle l’assaut a pris fin, selon une source sécuritaire. « C’est horrible, les gens étaient couchés et il y avait du sang partout. Ils tiraient sur les gens àbout portant, a expliqué àl’AFP Yannick Sawadogo, un des rescapés de l’hôtel. On les entendait parler et ils marchaient autour des gens et tiraient encore sur des personnes qui n’étaient pas mortes. Et quand ils sont sortis, ils ont mis le feu.  »

image : http://s1.lemde.fr/image/2016/01/16/768x0/4848552_6_2bf8_les-forces-speciales-du-burkina-appuyees-par_a0ed1eb498b5a1a5cb68fcab3c6cf81a.jpg
Les forces spéciales du Burkina, appuyées par les Américains et les Français, auraient abattu trois terroristes.

Lors de cet assaut, les forces spéciales burkinabées, appuyées par des Américains et des Français, auraient abattu trois terroristes, toujours selon une source sécuritaire. Mais deux ou trois autres assaillants courraient toujours. Probablement retranchés àquelques mètres du Splendid, àl’intérieur de l’hôtel Yibi. Un second assaut aurait ainsi été lancé vers 7 h 30 samedi matin pour déloger les assaillants.

Au moins 10 morts et 23 blessés

« Nous avons fait tout notre possible pour éviter un attentat. Cela fait des semaines que nous sommes aux aguets, mais le mal a quand même frappé. On ne peut rien contre ces gens-là », affirme un policier sous couvert d’anonymat, posté avec d’autres hommes devant l’hôpital Yalgado.

Autour des portes des CHU, une vingtaine de personnes ont passé la nuit àattendre. L’œil hagard, attendant qu’un proche passe au bloc ou àla recherche d’un membre de leur famille. Dans la nuit et dans la matinée, la sirène des ambulances et des camions de pompiers ont rompu le silence mortifère de l’hôpital.

« Ils n’ont pas fait de quartiers. Nous sommes inquiets quand au nombre de blessés qui vont encore arriver. Nous avons pris des dispositions pour renforcer les effectifs àla morgue  », confie Robert Sangaré, le président-directeur-général du CHU, au milieu de la nuit.

Autour de lui, le ministre de la santé, de la sécurité ainsi que les chefs d’état-major de la police et de la gendarmerie sont restés silencieux. Selon le directeur de l’hôpital Yalgado, à6 heures du matin, ses services avaient pris en charge 23 blessés. Vers 9 h 30, le président du Burkina Faso, Roch Marc Christian Kaboré, s’est rendu sur les lieux des attaques.