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Paroles d’athées Rwandais

samedi 26 novembre 2016, par siawi3

Source : https://solidairesathees.blogspot.fr/2016/11/paroles-dathees-9-rwandais.html

6 Nov 2016

Nous publions ici la traduction de l’article de Collins Mwai Is religion losing ground to atheism ? paru sur le site d’information rwandais New Times en aout 2013. On peut lire par ailleurs sur le même site l’article Rising atheism among Genocide survivors, ainsi que l’interview du journaliste et athée Eric Bright sur My secret atheist blog. (dont nous traduisons une partie àla suite de l’article)

La religion est-elle en train de perdre du terrain face àl’athéisme ?

La religion a résulté de la croyance de l’homme en une puissance supérieure responsable de la productivité et de la fertilité des hommes, des animaux et de la terre. La religion s’est accompagnée de promesses, de récompenses pour les croyants et de châtiments pour les déviants. Au fil des siècles, les hommes et les femmes se sont regroupés dans diverses religions, plus de 700, chacune clamant mettre en contact avec l’être supérieur.
Alors que les regroupements religieux grandissent et recrutent plus de membres, une fraction particulière de l’humanité surgit, les athées. Ils refusent de faire partie d’aucun groupe religieux et ne croient pas àl’existence de Dieu. L’athéisme s’appuie sur la science, la logique et la raison. Quoique le Rwanda soit un pays fanatiquement religieux, la religieux perd un peu de terrain avec l’émergence de l’athéisme.
Martin Rwirangira, un ingénieur de 31 ans ne croit pas en l’existence d’un être suprême. Son absence de foi ne provient pas d’une révolte mais plutôt d’une quête pour mieux comprendre la religion et la spiritualité. « J’ai lu autant que j’ai pu sur les diverses religions àla recherche de la vérité sur dieu, et cela finit toujours au même point, celui où je suis supposé avoir une croyance aveugle. Les religions manquent d’assises intellectuelles et encouragent les gens àparler àun ami imaginaire.  »
Rwangira a grandi dans une famille catholique. Il est même allé àl’école primaire chez les nones. « Mais quand j’ai grandi, je me suis posé des questions auxquelles ma religion ne pouvait répondre ; l’islam non plus et plus je lisais plus je me posais de questions. A un moment on m’a conseillé de ne pas faire trop de recherches sur la question de dieu car cela était considéré comme suspect.  »
Peu àpeu Rwangira a commencé àvivre d’une nouvelle manière, sans s’appuyer sur la foi. L’ingénieur considère que la foi religieuse pousse les gens àabandonner de nombreuses opportunités et àne pas réaliser leur potentiel.
« La religion est basée sur la foi plutôt que sur les actes, elle maintient les gens d ans l’attente passive d’une réponse d’un ami imaginaire àleurs prières. La religion ne permet pas de s’attaquer aux injustices sociales et aux autres problèmes de société. Les leaders religieux sont souvent ceux qui promeuvent les injustices comme le machisme. Ils extorquent de l’argent et mènent des vies dissolues tout en promettant àleurs suiveurs des richesses au paradis. Bien peu de leaders religieux peuvent donner des leçons de moralité.  » nous dit Rwangira.
Il nous précise qu’il n’est pas sataniste et qu’il ne croit pas àl‘existence des démons. « Parfois les personnes nous traitent nous athées d’adorateurs du diable. Certains nous traitent avec dédain ce qui’ m’importe peu. (…)
Comme la plupart des athées, il se tient àdistance des événements religieux et des cérémonies tels les mariages et les enterrements car il n’en voit pas la signification et aussi par respect pour ceux qui croient.
Eric Bright,un développeur web, est un autre non-croyant qui s’est séparé de dieu durant le génocide de 1994 contre les tutsis « Je ne crois plus dans le soi-disant être suprême car il n’a jamais rien fait pour moi  » dit-il « je ne comprends pas pourquoi les gens ne peuvent pas voir le rapport entre religion et colonisation, mais j’espère qu’avec un peu d’attention, beaucoup de yeux vont s’ouvrir et s’apercevoir de cette escroquerie.  »
Il pense que c’était un non-sens de continuer àprier un dieu qui semble absent ou mort. Ses grands-parents ont été brulés vifs dans l’église où ils avaient servis dieu toute leur vie, mais le même dieu a fait la sourde oreille quand ils l’ont imploré pour leur survie.
« C’est arrivé àtoutes les victimes durant le génocide. Je ne pense pas qu’il y ait eu une seule personne qui n’ait pas prié dieu pour obtenir une protection avant d’être tué.  »
Bright pense que ce qui s’est passé au Rwanda n’est rien d’autre que le produit de la fidélité àune certaine secte, couleur, religion ou tout autre chose qui sépare les gens. Mais si l’on est capable d’aller au-delàde tout cela, on s’aperçoit que nous sommes tous des êtres humains d’où que nous venions.
« J’aime àme définir plutôt comme humaniste que comme athée. être humaniste signifie que vous n’appartenez pas àune secte. Les humanistes considèrent et respectent chaque individu tel qu’il est. Nous ne voulons pas discriminer quelqu’un parce qu’il/ elle est chrétien, juif, gay, lesbienne ou autre. Les personnes religieuses veulent imposer aux autres de leur ressembler- ce qui est impossible. La religion est la principale cause directe et indirecte de la misère que nous voyons dans le monde actuel.  »
« Je suis né catholique mais j’ai commencé àchanger de religion àl’âge de 15 ans. Je suis devenu adventiste et plus tard musulman. Dans ma quête de la vérité, j’en suis venu àréaliser que je perdais mon temps àprier une divinité qui n’existait pas. Je me trompais en pensant qu’il viendrait une jour me sauver. Il y a aussi quelque chose qu’on ne voit pas, c’est que plus les gens sont religieux au Rwanda plus le pays prend du retard dans son développement.  »
Brenda Uwineza, une entrepreneur de 27 ans et athée ne préfère pas révéler son opinion àla plupart de sa famille ou àses associés. « Je ne voudrais pas qu’il commence àvouloir m’aider ou prier pour moi. Je connais beaucoup d’athées dans le pays, mais la plupart le cache car le Rwanda est un pays conservateur et ils ne veulent pas amener la honte sur leur famille. « 
Elle pense que le monde se porterait mieux sans religion : « Si nous nous débarrassions de la religion, le monde serait plus égalitaire et on ne donnerait pas la priorité aux hommes sur les femmes. On aurait aussi moins de conflits entre les nations et les gens ne vivraient plus dans la peur de l’enfer ou de la damnation après la mort.  »
Elle ajoute « Les gens commencent àréfléchir et voient les failles de la religion. ils commencent àcomprendre la dictature morale et spirituelle qui accompagne la religion. Ils commencent àpercevoir que le but de la religion est de contrôler les gens àtravers leurs peurs.  »
Uwineza dit qu’elle ne sort pas de la pièce pendant les prières familiales car elle considérerait cela comme insultant vis àvis de ses parents . « ÃŠtre athée ne signifie pas être irrespectueux avec ceux qui croient. Beaucoup imaginent que les athées sont des personnes diaboliques où immorales et indisciplinés. La plupart des athées que je connais ont des standards moraux bien plus élevés que ceux qui prêchent la religion. « 
Teta Mushikiwabo, une chrétienne dévoué et mère de deux enfants, pense que la consommation massive de savoirs a entraîné l’abandon de la religion chez de nombreuses personnes.  » Plus les gens acquièrent de la connaissance àtravers les livres et la recherche et plus ils mettent en question les croyances religieuses. A un certain point ils peuvent expliquer par la science beaucoup de choses d‘une façon dont la religion est incapable.  »
Mushikiwabo ajoute que les « millenials  » sont les plus vulnérables àl’athéisme car ils vivent àune époque où les faits et la rationalité sont les bases de l’argumentation. « La religion nous demande de croire en ce que nous ne pouvons prouver. Il est donc difficile de convaincre des personnes bien informés de faire cela.  » (…)

Interview d’Eric Bright (extrait)

« En tant que survivant du génocide moi-même, j’ai noté qu’il y avait un nombre assez important de survivants qui ne sont plus intéressés par la religion. Leur dieu n’a pas été capable de protéger leurs amis innocents et leurs familles d’être massacrés sans pitié.
Et pour les survivants, il n’a rien fait pour les sortir de la pauvreté- même si vous priez sans arrêt pendant des années. Certains ont découvert au contraire qu’il n’y avait aucune destinée qui leur était assignée. Ils ont renoncé àla religion et s’en portent mieux.
Je me souviens comment je vivais dans l’ombre du génocide. Je ne voulais rien faire. J’ai même arrêté l’école car les églises pentecôtistes m’avaient endoctriné en annonçant que la fin du monde était proche.
Pour réussir àvivre correctement, beaucoup de survivants renoncent aux religions. ceux qui ne sont pas athées sont laïcs- ce qui est le cas d’un grand nombre de gens.
Ils ont découvert que dieu ne les aidait en rien, et ils ont vus des prêtres devenir génocidaires. Ils se demandent pourquoi l’église catholique refuse de s’excuser pour son rôle dans le génocide encore aujourd’hui. Tout cela les mène àl’athéisme.
Tous ceux àqui j’ai parlé ont entre 25 et 35 ans. Certains vont même jusqu’àinsulter dieu. Ils regrettent toutes les années perdus àsuivre les dogmes de la religion."