Subscribe to Secularism is a Womens Issue

Secularism is a Women’s Issue

Accueil > fundamentalism / shrinking secular space > Terrorisme : Attentat antimusulman de Christchurch, Nouvelle-Zélande : raison (...)

Terrorisme : Attentat antimusulman de Christchurch, Nouvelle-Zélande : raison de plus pour sauver la laïcité

vendredi 22 mars 2019, par siawi3

Source : https://www.marianne.net/monde/attentat-antimusulman-de-christchurch-nouvelle-zelande-raison-de-plus-pour-sauver-la-laicite

Terrorisme
Attentat antimusulman de Christchurch, Nouvelle-Zélande : raison de plus pour sauver la laïcité

Par Natacha Polony

Publié le 16/03/2019 à20:40

C’est encore un pas de plus vers le chaos et les guerres civiles qui a été franchi àChristchurch. L’horreur absolue diffusée en Facebook Live. Des musulmans tués parce que musulmans, par un taré pétri d’idéologie haineuse dans laquelle il investit ses frustrations. C’est bien un attentat terroriste antimusulman qui a frappé la Nouvelle Zélande – et l’on préférera ce terme àcelui d’islamophobe, terme dont il faudrait faire l’exégèse mais qui désigne étymologiquement la critique d’une religion, et pas la haine de ses adeptes. Un attentat antimusulman comme il y a des attentats antisémites ou antichrétiens. Et l’on tremble àl’idée qu’une telle monstruosité se reproduise et que le passage àl’acte de celui-ci en entraîne d’autres. Car alors, les identitaires de tous poils, djihadistes et suprémacistes blancs, auront gagné.

Le tueur a laissé un manifeste. Comme c’est désormais l’habitude dans un monde où le crime de masse sert de compensation narcissique, il a voulu théoriser sa haine. Son texte, intitulé « Le Grand remplacement  », cite la France, mais fait aussi son marché parmi différentes figures du nazisme et différents concepts de l’ultra-droite, tels que « l’écofascisme  ». On y lit un délire obsessionnel sur la supposée « submersion  » du « monde occidental  », et le choix de la Nouvelle-Zélande comme lieu d’attentat, alors que la population musulmane y est peu nombreuse et intégrée, vise àtraduire cette idée selon laquelle le phénomène se lirait partout.

On serait tenté de rappeler àce théoricien de bas étage qu’il n’a pas l’air gêné du « remplacement  » des Maori et des Aborigènes en Nouvelle-Zélande et dans son pays d’origine, l’Australie, par des populations occidentales prédatrices. La haine rend amnésique. Mais les réactions àce massacre abominable ont été d’un autre ordre. On a vu une ancienne ministre de l’Education nationale, Najat Vallaud-Belkacem, mêler dans un même tweet des couvertures de journaux très diverses, pour dénoncer les « indignations hypocrites  » de « ceux qui ont contribué àpromouvoir ça  », en y glissant une couverture de Marianne, « pourquoi les religions les rendent fous  », qui s’interrogeait sur les intégristes de toutes les religions. On a vu certains accuser les défenseurs de la laïcité d’avoir « du sang sur les mains  »â€¦ Bref, le « pas d’amalgame  » habituel en cas d’attentat ne semble pas valoir pour tous. La récupération abjecte de l’horreur n’a pas de limite.

[(En profiter pour détruire un peu plus la vision universaliste qui tente de renvoyer les religions dans la sphère privée, voilàqui est parfaitement irresponsable)]

Pour autant, il ne faut pas éluder la question que nous renvoie cet attentat : nous voyons se développer en Occident une idéologie identitaire qui se nourrit de la violence islamiste comme des problèmes posés par l’immigration. Interrogé dans le Figaro, le chercheur Jean-Yves Camus, peu soupçonnable de complaisance àl’égard de l’extrême-droite, répond ceci : « Encore une fois, si je m’en tiens au manifeste du tueur présumé, aucun élément objectif ne suffit àétablir une filiation entre les idées de Renaud Camus ou du Rassemblement national, et la tuerie commise en Nouvelle-Zélande. Il ne faut pas instrumentaliser ce qui vient de se passer.  » Le nombre de militants d’ultra-droite, dit-il, n’augmente pas en France, et l’hypothèse d’attentats visant àinstaurer un climat de guerre civile n’a pour l’instant rien de réaliste. Certes. Mais on peut, àla limite, estimer qu’il existe un continuum idéologique entre différentes personnes qui défendent la vision d’un Occident spécifiquement chrétien et blanc et s’inquiètent d’un métissage qu’ils jugent imposé par le pouvoir, comme il existe un continuum entre salafistes quiétistes obsédés de séparatisme et djihadistes violents.

En revanche, en profiter pour mettre en accusation ceux qui défendent la laïcité àla française contre l’imposition d’une conception communautariste importée du monde anglo-saxon, ou ceux – souvent les mêmes – qui tentent d’alerter contre l’entrisme du wahhabisme et du salafisme dans toutes les communautés musulmanes d’Europe ou d’ailleurs, voilàqui relève de l’escroquerie intellectuelle et de la récupération la plus ignoble. En profiter pour détruire un peu plus la vision universaliste qui tente de renvoyer les religions dans la sphère privée pour définir un espace public dans lequel nous sommes tous citoyens, rassemblés par notre humanité commune et par les valeurs que tout être humain peut partager, voilàqui est parfaitement irresponsable. Car c’est précisément depuis qu’on déconstruit cet universalisme que notre siècle saigne.

Dans un moment où ce passage àl’acte violent pourrait faire basculer d’autres fascistes se réclamant de l’ultra-droite ou du djihad, dans un moment où l’islamisme tente àtout prix de faire croire aux musulmans qu’ils sont une masse uniforme, et qu’ils sont victimes d’une oppression, notamment en France, sous prétexte que la laïcité s’applique àeux autant qu’aux autres, il nous faut au contraire dénoncer toute forme de haine et défendre l’universalisme hérité de l’Humanisme et des Lumières, qui est sans doute seul àpouvoir nous rassembler et nous permettre de vivre ensemble et non pas seulement côte àcôte, quelles que soient nos appartenances.