Subscribe to Secularism is a Womens Issue

Secularism is a Women’s Issue

Accueil > fundamentalism / shrinking secular space > Algérie : Après la démission de Bouteflika ?

Algérie : Après la démission de Bouteflika ?

mercredi 3 avril 2019, par siawi3

Source : https://www.20minutes.fr/monde/2488143-20190403-algerie-sauver-regime-etat-major-armee-choisi-sacrifier-abdelaziz-bouteflika

VIDEO. Algérie : « Pour sauver le régime et l’état-major, l’armée a choisi de sacrifier Abdelaziz Bouteflika »

INTERVIEW avec Khadija Mohsen-Finan

Pour Khadija Mohsen-Finan, « c’est en voyant la détermination du peuple que l’armée a changé de stratégie  » et lâché le président algérien

Propos recueillis par Manon Aublanc

Publié le 03/04/19 à13h53 — Mis àjour le 03/04/19 à16h11

Photo : Le président algérien Abdelaziz Bouteflika, aux côtés du chef d’état-major de l’armée algérienne Ahmed Gaïd Salah. — CANAL ALGERIE / AFP

Abdelaziz Bouteflika a démissionné mardi, après que l’armée a appelé àle faire.
Quel est le rôle du chef d’état-major, le général Ahmed Gaïd Salah, et plus généralement de l’armée, qui a jusqu’ici toujours soutenu l’exécutif ? « 20 Minutes  » a posé la question àKhadija Mohsen-Finan, enseignante et chercheuse àl’université Paris-1, spécialiste du Maghreb.

La pression de l’armée a-t-elle été décisive ? Alors qu’il avait annoncé qu’il quitterait la présidence le 28 avril, au plus tard, Abdelaziz Bouteflika a finalement remis sa démission, ce mardi, au Conseil constitutionnel algérien. Et pour cause, un peu plus tôt dans la journée, l’armée avait exigé la mise àl’écart « immédiate  » du chef de l’Etat, estimant que l’annonce de son départ n’était pas authentique.

Soutien indéfectible du pouvoir jusqu’àprésent, le chef d’état-major, le général Ahmed Gaïd Salah, a finalement lâché le président algérien, affirmant que son départ était la seule solution àla crise. Une prise de position qui illustre la rupture entre l’armée et l’exécutif. 20 Minutes a interrogé Khadija Mohsen-Finan, enseignante et chercheuse àl’université Paris-1, spécialiste du Maghreb, associée au site Orient XXI.

Après la démission d’Abdelaziz Bouteflika, poussé vers la sortie par l’armée, peut-on parler de coup d’Etat militaire ?

Ce n’est pas un coup d’Etat, car l’armée n’a pas pris le pouvoir. Mais on peut parler d’un coup de force militaire, par lequel l’armée a tenté de dissocier Abdelaziz Bouteflika et son clan du système. C’est un divorce acté, grâce auquel l’armée espère se maintenir dans le régime.

Alors qu’elle était un soutien indéfectible d’Abdelaziz Bouteflika depuis plusieurs années, pourquoi l’armée s’est-elle soudain désolidarisée ?

C’est évidemment une manœuvre politique dans son propre intérêt. Pour sauver le régime et l’état-major, l’armée a choisi de sacrifier Abdelaziz Bouteflika. Elle a laissé tomber le président en mettant sa condition physique et son état de santé en avant. L’armée a joué le rôle de protectrice du peuple, alors que ça n’était pas du tout sa première option en février dernier, quand Bouteflika a annoncé sa candidature àun cinquième mandat.

C’est en voyant la détermination du peuple qu’elle a changé de stratégie. Et les Algériens savent que c’est une stratégie. Aujourd’hui, le rapport de force s’est inversé en faveur du peuple. Si l’armée réussit àremettre de l’ordre et garantit une transition politique, c’est gagné pour elle.

Comment l’armée est-elle perçue par les Algériens ?

L’armée a globalement toujours eu une image positive en Algérie jusqu’en 1988, date àlaquelle elle a tiré sur des manifestants [Appelée en renfort par le gouvernement après des violentes manifestations, l’armée intervient et fait plus de 500 morts, selon le bilan des hôpitaux].

Après ces événements, l’armée a été considérée comme partie prenante du pouvoir et son image a été modifiée. Certains l’ont perçue comme salutaire, considérant que l’armée avait remis de l’ordre dans le pays en écartant les islamistes. D’autres ont considéré l’interruption du processus électoral en 1992 comme un geste de violence politique qui a entraîné le pays dans une guerre civile [l’armée avait annulé le second tour des élections législatives après le succès des islamistes au premier tour].

L’armée est-elle en train de retrouver un rôle majeur ? Quels sont les défis qui l’attendent ?

Majoritairement, pour les Algériens, l’armée va maintenant devoir jouer le rôle de garante de la transition politique, mais sans être l’acteur unique de cette transition. Le problème qui va se poser, c’est : comment l’armée peut-elle être garante de cette transition sans pour autant tirer les ficelles du pouvoir ? C’est làtout l’enjeu.

Soit l’armée prend en compte la détermination de la population et joue le jeu pour garantir cette transition politique, soit elle fait semblant d’ouvrir le système pour mieux se maintenir dans le régime. Mais il y a fort àparier que les Algériens, dans ce contexte, n’accepteront pas cette deuxième option. L’offre que fait le général Salah àla population, c’est se débarrasser de Bouteflika pour mettre en place une vraie transition politique. Car la démission du président, ça n’est pas suffisant pour les Algériens, ce qu’ils veulent, c’est être associés àla prise de décision politique.

L’armée va-t-elle jouer un rôle dans la prochaine élection présidentielle en Algérie ? Le général Ahmed Gaïd Salah pourrait-il présenter sa candidature ?

On ne peut pas encore connaître le rôle que jouera l’armée dans la prochaine présidentielle, la situation change d’un jour àl’autre. Mais ce qui est sà»r, c’est que le général Ahmed Gaïd Salah ne pourra pas se présenter, c’est impossible. En revanche, est-ce que l’armée peut se rapprocher, ou même soutenir, un candidat àl’élection présidentielle ? C’est possible, mais c’est encore trop tôt pour le savoir.

°°°

Source : https://www.francetvinfo.fr/monde/afrique/algerie/election-presidentielle-en-algerie/direct-algerie-demission-bouteflika-armee-manifestations-transition_3262937.html

DIRECT. Le Conseil constitutionnel entérine la démission d’Abdelaziz Bouteflika

Si le président, au pouvoir depuis 20 ans, a quitté son poste, les manifestations contre le « système » qui l’entoure vont se poursuivre.

Video Des Algériens célèbrent la démission d’Abdelaziz Bouteflika, àAlger, le 2 avril 2019. (RAMZI BOUDINA / REUTERS)

Elise Lambert
Fabien Magnenou
Robin Prudent

France Télévisions

Mis àjour le 03/04/2019 | 16:03
publié le 03/04/2019 | 06:24

Ce qu’il faut savoir

Pour la première fois depuis 20 ans, l’Algérie s’est réveillée sans Abdelaziz Bouteflika au pouvoir. Le chef de l’Etat de 82 ans, après avoir renoncé àse présenter pour un cinquième mandat, a donné sa démission. Le Conseil constitutionnel s’est réuni, mercredi 3 avril, pour constater la « vacance » de la présidence de la République, c’est-à-dire entériner sa démission, a indiqué la télévision nationale algérienne.

Dans la nuit du mardi 2 au mercredi 3 avril, des milliers d’Algériens ont fêté le changement, mais les manifestants n’entendent pas baisser la garde. Ils veulent désormais obtenir le départ de tout le « système ».

Une démission pour « apaiser les esprits ». Dans une lettre de démission remise au Conseil constitutionnel, Abdelaziz Bouteflika écrit que sa démarche « est destinée àcontribuer àl’apaisement des cÅ“urs et des esprits de mes compatriotes, pour leur permettre de projeter ensemble l’Algérie vers l’avenir meilleur auquel ils aspirent légitimement ».

L’intérim dans les mains d’un pur produit du régime. Le président du Conseil de la nation, Abdelkader Bensalah, 77 ans, est chargé par la Constitution d’assurer l’intérim durant une période maximale de 90 jours, au cours de laquelle une élection présidentielle doit être organisée.

De nouvelles manifestations prévues. Les Algériens souhaitent désormais obtenir le départ de tout le « système » au pouvoir. A Alger, les manifestants se donnent rendez-vous vendredi 5 avril, septième vendredi consécutif de protestation. « Bouteflika est parti, mais c’est loin d’être fini » ou encore « Trop tard, on veut qu’ils partent tous », résument des Algérois interrogés par l’AFP.

Le live
#ALGERIE
Retrouvez ici l’intégralité de notre live #ALGERIE

16h03 : Abdelaziz Bouteflika a annoncé sa démission, hier soir, et les images ont été diffusées par les télévisions algériennes. On le voit remettre sa lettre au président du Conseil constitutionnel, Tayeb Belaïz.

Voir ENNAHAR TV / AFP ici

14h29 : Le Conseil constitutionnel est actuellement réuni àAlger pour constater, conformément àla Constitution, la « vacance » de la présidence de la République, annonce l’agence de presse officielle APS. Une fois constatée, le Conseil constitutionnel doit transmettre un acte de « vacance définitive » au Parlement, selon la Constitution. C’est le président du Conseil de la nation (chambre haute), Abdelkader Bensalah, qui est chargé par la Constitution d’assurer l’intérim pendant trois mois.

°°°

Source :