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France : « La non-assimilation aboutira àla mise en minorité des idéaux français sur notre propre sol »

samedi 6 avril 2019, par siawi3

Source : http://www.lefigaro.fr/vox/societe/malika-sorel-la-non-assimilation-aboutira-a-la-mise-en-minorite-des-ideaux-francais-sur-notre-propre-sol-20190405

Malika Sorel : « La non-assimilation aboutira àla mise en minorité des idéaux français sur notre propre sol »

Par Alexandre Devecchio

Mis àjour le 05/04/2019 à20h37 | Publié le 05/04/2019 à20h37

FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN - Malika Sorel s’inscrit en faux contre les propos de Nicole Belloubet, qui a affirmé que « la France s’est toujours constituée, agrégée, autour d’un multiculturalisme séculaire ». Elle rappelle la tradition assimilatrice de notre pays.

Ingénieur de l’École polytechnique d’Alger, major du MBA de Sciences Po Paris, Malika Sorel est ancien membre du Haut Conseil àl’intégration, institution rattachée au Premier ministre. Elle est l’auteur de Décomposition française (éditions Fayard, 2015) qui a reçu le prix « Honneur et Patrie » des Membres de la Société de la Légion d’honneur.

FIGAROVOX.- “La France s’est toujours constituée, agrégée, autour d’un multiculturalisme séculaire, le nier ce n’est pas comprendre notre histoire†, a déclaré Nicole Belloubet àl’Assemblée nationale. Que vous inspirent ces propos ?

Malika SOREL.- Ce qui est énoncé ici, c’est le baratin servi aux foules depuis déjàun certain temps. En réalité, depuis que les élites politiques ne peuvent plus cacher l’ampleur du désastre dont elles sont àl’origine. Madame Belloubet étant nouvelle dans ce milieu, je ne la rends pas co-responsable bien sà»r, mais ce qu’elle professe est faux.

Tout d’abord, son « toujours » interroge. À quelle période remonte-t-elle au juste ? Comme l’a très bien mis en évidence l’historienne Marie-Claude Blanc-Chaléard, la France, àla fin de l’époque moderne, est un monde plein dont la population a augmenté sur place, et l’immigration naît avec l’arrivée de paysans italiens du Nord àpartir des années1860-1870. Au regard de la longue histoire de la France, ce « toujours » de la ministre est donc plus que déplacé.

Ensuite sur le multiculturalisme : en dehors de cas précis hérités de l’histoire et circonscrits àdes îles françaises lointaines et peu peuplées, le multiculturalisme n’a jamais été une politique française, et encore moins un objectif. C’est même tout le contraire, comme en atteste le Code civil selon lequel « nul ne peut être naturalisé s’il ne justifie de son assimilation àla communauté française ». Et c’est sur ce point précis du respect du Code civil que les élites de commandement - monde politique et haute administration - ont, pour les uns fauté, et pour les autres trahi.

[(
Le multiculturalisme n’a jamais été une politique française)]

Pour bien comprendre la complexité de l’assimilation, qui demeure la condition nécessaire pour former un même peuple, il faut inlassablement rappeler que seul un Italien sur trois a fait souche en France, et que 42% des Polonais du flux 1920 1939 sont repartis, alors même qu’aucune amélioration économique substantielle ne pouvait justifier, àpremière vue, ce retour dans leurs pays. S’imaginer que des flux migratoires de cultures bien plus éloignées puissent faire mieux, cela sort des limites du bon sens.
L’assimilation doit être un choix librement consenti. De toute façon, elle ne peut pas être imposée car elle se joue entièrement sur le registre moral et affectif. Il faut simplement veiller àne pas la rendre impossible. Lorsque l’on évoque l’immigration et l’intégration culturelle, ce qui est systématiquement passé sous silence, c’est l’épreuve que constitue l’exil et les souffrances qu’il peut causer. Incompréhensible ! Quant àl’octroi des papiers d’identité, cela doit correspondre àune assimilation réelle et àrien d’autre.

Que révèlent-ils sur la vision de la France de la majorité ? Le président de la République est-il favorable au multiculturalisme sans le dire ?

La majorité étant une auberge espagnole, il m’est difficile de porter un jugement global, mais ce que j’en vois m’amène àdire que nous ne sommes pas sortis de l’auberge.

En ce qui concerne le Président, j’ai eu l’occasion de dire, lors de la campagne présidentielle, que nous n’étions pas sur la même longueur d’onde. Je persiste àpenser qu’Emmanuel Macron ne maîtrise pas ces problématiques. J’observe qu’il cherche, tâtonne, prend des positions, les assène puis rétropédale quelques mois plus tard... J’estime toutefois que cela est moins désespérant que bien des politiques qui campent sur leurs erreurs et s’enfoncent dans leur ignorance.

Ce qui se joue au travers de cette question du multiculturalisme est capital pour le destin du peuple français, de sa civilisation, car c’est notre projet de société qui est en jeu, et que tout projet de société est le reflet de l’identité d’un peuple. Il s’agit de discuter des principes fondamentaux qui structurent l’identité. Que faire de la devise de la République française lorsque l’on se trouve en présence de cultures dans lesquelles l’individu n’a pas droit de cité et n’existe pas pour lui-même ? Que faire de l’égalité homme-femme si elle est considérée comme une hérésie ? À la poubelle ? Quid de la fraternité, si elle est subordonnée aux convictions religieuses ?

[(La non-intégration culturelle ou non-assimilation aboutira tôt ou tard àla mise en minorité sur le sol français des idéaux politiques portés par l’identité française.)]

La non-intégration culturelle ou non-assimilation, si elle affecte ne serait-ce qu’une faible proportion de flux migratoires par ailleurs conséquents, aboutira tôt ou tard àla mise en minorité sur le sol français des idéaux politiques portés par l’identité française.

Continuez-vous àdéfendre un modèle d’intégration ? En réalité, est-il toujours vraiment applicable dans un contexte d’immigration de masse et de regroupement de communauté dans des quartiers de plus en plus homogènes ?

À ce niveau de notre discussion, il convient d’évoquer l’insertion, qui est le simple respect des règles et normes du pays où l’on vit, même si on ne les partage pas en son for intérieur car on adhère soi-même àun autre référentiel culturel. C’est ce àquoi se soumet tout Français lorsqu’il s’expatrie. Ce respect élémentaire est un impératif sur lequel notre société n’aurait jamais dà» transiger ; or elle a été entraînée sur le dangereux chemin des accommodements déraisonnables par des politiques dont une part étaient ignorants de la réalité des enjeux, et les autres indifférents.
Pour ce qui est du modèle français d’intégration, qui est en réalité un long processus jalonné de questionnements parfois douloureux, il convient plus que jamais de le réhabiliter, pour peu que l’on soit attaché àœuvrer àun vivre-ensemble harmonieux dans la durée.

Vous me posez également la question de l’immigration de masse. Oui, elle a rendu l’assimilation extrêmement difficile, pour la raison simple que les flux ont persisté àtrès haut niveau alors même que les pays d’origine amorçaient un retour àdes fondamentaux religieux qui heurtent de plein fouet les principes de notre devise républicaine, principes que l’on retrouve au demeurant aussi dans les autres pays européens. Désormais, il est possible d’évoluer sur un territoire sans pour autant vivre àla même heure que son voisin de palier ou les habitants de sa commune. Dans de telles conditions, l’intégration culturelle devient mission quasi-impossible, et ce n’est pas l’école qui pourra, seule, y remédier.

[(J’ai toujours dit et écrit que la laïcité était la digue qui protégeait la France. Je persiste et signe.)]

En ce qui concerne la répartition àtravers le territoire défendue aussi bien par la gauche que la droite ces dernières décennies, même un élève de CM2 comprendrait au vu des chiffres que cela n’est désormais plus une solution.
Pour mémoire, dès 1981, Georges Marchais, alors Secrétaire général du Parti Communiste Français, demandait à« stopper l’immigration officielle et clandestine ». Quand ce sujet sortira-t-il des clivages partisans ?

Nicole Belloubet répondait àune question de l’opposition sur la laïcité. La loi de 1905 doit-elle être intouchable ? La volonté qu’on prête àEmmanuel Macron de revenir dessus vous inquiète-t-elle ? Pourquoi ?

J’ai toujours dit et écrit que la laïcité était la digue qui protégeait la France. Je persiste et signe. Chacun sait le sort qui attend les terres lorsqu’une digue vient àrompre. Qu’elles recourent ou non au concept de laïcité, toutes les sociétés occidentales vivent àl’heure de la loi des hommes. Les hommes y exercent le droit de se doter des lois qui vont régir leur cité sans que ces lois soient la transcription de commandements divins, et il y existe par ailleurs une hiérarchie entre le politique et le religieux.

Les coups de boutoir contre la digue sont nombreux, ne sont pas récents et se sont intensifiés avec les années. Je me souviens très bien d’un haut responsable politique que les médias présentaient comme laïque, et qui expliquait au micro de Jean-Jacques Bourdin comment les élus, sur le terrain, pouvaient contourner la laïcité pour financer les lieux de culte par le biais de baux amphytéotiques ainsi que le financement d’associations culturelles. Posez-vous la question : pourquoi des lieux de culte et non pas des écoles, alors même que les enquêtes PISA sont làpour montrer, chiffres àl’appui, de quelle manière la France plonge dans les classements année après année ?

La laïcité est-elle aujourd’hui suffisante pour répondre au défi culturel que pose l’islam ? À la laïcité juridique doit-on associer une affirmation de notre culture et de notre histoire ?

Nombre de situations qui préoccupent notre société ne relèvent pas de la laïcité, mais du principe de l’égalité et de la dignité partagées entre les sexes, pour reprendre l’expression de l’islamologue Abdelwahab Meddeb. Il faut donc cesser d’invoquer la laïcité pour pouvoir mieux la démolir ou la faire démolir. La question, encore et toujours, nous ramène au projet politique collectif, donc au respect de l’identité du peuple français. Lorsque le Président Macron, en avril 2018, s’interroge face àdeux journalistes : “Pourquoi le voile nous insécurise ? Cela n’est pas conforme àla civilité qu’il y a dans notre pays†, il s’apporte lui-même la réponse que la société attend de lui. Pour mémoire, selon le Larousse : civilité = observation des convenances en usage chez les gens qui vivent en société.

[(Il faut donc cesser d’invoquer la laïcité pour pouvoir mieux la démolir ou la faire démolir.)]

En Occident, beaucoup de ceux qui s’affirment « progressistes » ne le sont en rien, et ont même participé àentraîner la France dans une approche ethno-raciale des individus ; donc, n’ayons pas peur des mots, dans une approche raciste, alors que le projet français d’intégration républicaine est profondément humaniste. On ne devrait juger l’homme que sur la base de ses seules actions. J’ai connu l’époque bénie où, en France, nul ne s’interrogeait sur l’origine de l’autre, ni n’épiait le contenu de son assiette, ni ne le condamnait sur la base de son seul prénom, prénom que ses parents lui avaient donné. Afin d’éviter toute méprise, je rappellerai ce que j’ai déjàeu l’occasion d’écrire au sujet des prénoms. On ne peut juger une personne sur la base du prénom qu’elle a reçu àsa naissance. Simplement, le prénom qu’elle donne elle-même àses enfants renseignera sur la trajectoire dans laquelle elle souhaite inscrire sa descendance. Mais encore faudrait-il que les choses aient été clairement exposées ! La querelle des prénoms déclenchée par Éric Zemmour illustre àla perfection la crispation croissante et inquiétante de notre société. Pour votre information, beaucoup des élites que j’ai pu croiser dans les allées du pouvoir portaient des prénoms chrétiens. Et alors que je défendais l’identité française, beaucoup la foulaient au pied ! Nous vivons dans une société qui a versé dans l’hypocrisie. Il est donc naturel qu’une part des descendants de migrants qui ont fait le choix de l’assimilation ne comprennent pas ce qui leur est reproché, et puissent parfois ressentir une intense souffrance.

Très récemment, j’ai assisté àl’hôtel de ville de Paris àla projection du remarquable documentaire L’incroyable histoire du plateau des Glières de Bernard de la Villardière et Géraud Burin des Roziers. Le sens de l’honneur a joué un rôle de première importance pour faire se lever tous ces hommes. Ce sens de l’honneur que résument àla perfection le “We shall never surrender†de Winston Churchill ou le “Vivre libre ou mourir†de Tom Morel. C’est d’ailleurs ce qu’a rappelé Gérard Métral, Président de l’association des Glières, lors des commémorations du 31 mars. Tous ceux des Glières, a-t-il dit, relevèrent la France dans son honneur et sa fierté.

[(En France, on aurait tort de sous-estimer la portée et la signification du mouvement des Gilets jaunes. La souffrance est réelle et profonde.)]

Cela doit-il passer par le peuple ou par les classes dirigeantes ?

Les deux, mon capitaine. Ce que j’ai vu et entendu m’amène àvous dire qu’il ne faut pas signer de chèque en blanc ànos dirigeants. Voilàmaintenant quarante ans que les élites occidentales racontent les mêmes balivernes àleurs peuples. Au départ, il s’agissait d’accueillir des populations pour des raisons humanitaires. À présent, partout, elles leur demandent de faire preuve de tolérance en abandonnant des pans entiers de leur histoire politique et culturelle. Ce n’est pas un jeu car tout cela pourrait fort mal finir, y compris pour les élites qui ont participé àinfluencer les opinions publiques - donc pas seulement les élites politiques -, et vis-à-vis desquelles la défiance atteint des sommets inédits. On ne bouscule jamais impunément un peuple sur son territoire, et comme l’avait fort bien écrit Victor Hugo : le plus excellent symbole du peuple c’est le pavé, on lui marche dessus jusqu’àce qu’il vous tombe sur la tête.

En France, on aurait tort de sous-estimer la portée et la signification du mouvement des Gilets jaunes. La souffrance est réelle et profonde. Comme l’avaient relevé des journalistes présents sur les ronds-points dès le début du mouvement, le sujet de l’immigration surgissait très vite dans les discussions. Et pour cause ! Beaucoup de citoyens se sentent abandonnés au profit de nouveaux entrants qui se trouvent être plus pauvres, àun moment où l’école peine àremplir la promesse républicaine d’ascension sociale. Le déclassement comme seule horizon pour leurs enfants ! Ce qui menace, c’est le non-consentement àl’impôt et la décomposition française, baptisée partition par le Président Hollande.

Certes, Emmanuel Macron hérite de cette situation, mais aujourd’hui c’est lui qui tient le gouvernail. Aussi doit-il se former en accéléré, entendre, comprendre et répondre avec empathie.

Du fait de l’évolution de la composition du corps électoral, nombre d’élus, pour être reconduits, sont contraints - ou se croient contraints - d’adapter leur comportement. D’où un clientélisme ouvert ou larvé. J’ai été aux premières loges pour observer depuis l’intérieur àquel point les hommes et femmes du monde politique sont obsédés, et même terrorisés par la « diversité ». Les sommes considérables injectées n’ont pas eu le retour escompté. Pire, elles ont suscité le ressentiment des uns envers les autres. Au lieu de créer de la cohésion, les politiques ont créé de la division.

[(C’est àl’aune de cette évolution démographique majeure que les Français doivent lire beaucoup des actions politiques qui ont été déployées ces quarante dernières années.)]

C’est àl’aune de cette évolution démographique majeure que les Français doivent lire beaucoup des actions politiques qui ont été déployées ces quarante dernières années. Les politiques se sont liés les pieds et les poings. C’est pourquoi je n’attends pas grand-chose du Parlement qui nous ressort, àintervalles réguliers, l’idée du vote de quotas annuels d’immigration alors même que la France peine àgarantir un avenir décent àtous ses enfants.
Ce dossier doit être directement rattaché au Président de la République, qui en répondra devant les Français et devant l’Histoire. Les petits présidents travailleront pour être réélus, quand les grands, en œuvrant pour l’intérêt général, auront pour ambition d’inscrire leur nom en lettres capitales dans l’Histoire de France et celle de l’Europe.