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USA : Historique La maison de Del Martin et Phyllis Lyon reconnue monument honorant l’histoire des lesbiennes

Aux sources du mouvement lesbien américain

dimanche 9 mai 2021, par siawi3

Source : Jeanne Magazine

9 mai 21

Historique
La maison de Del Martin et Phyllis Lyon reconnue monument honorant l’histoire des lesbiennes

C’est historique ! Le Conseil des superviseurs de San Francisco vient de déclarer la maison de Del Martin (1921–2008) et Phyllis Lyon (1924–2020), située au 651 Duncan Street, dans le quartier de Noe Valley, premier monument de la ville honorant l’histoire des lesbiennes. Pionnière des droits LGBT, les deux femmes avaient fondé en 1955 The Daughters of Bilitis, la première organisation de défense des droits des lesbiennes aux États-Unis. Le représentant ouvertement gay du district 8, Rafael Mandelman, a déclaré : « Phyllis Lyon et Del Martin étaient des militants queer avant que l’activisme queer ne prenne forme. Le mouvement des droits LGBTQ moderne est construit sur les fondations posées par ces femmes et il est normal que leur maison soit le premier monument historique de San Francisco dédié à l’histoire lesbienne. Elles ont partagé cette maison pendant plus d’un demi-siècle et elle a une valeur historique qui doit être préservée et célébrée. Les premiers militants LGBTQ comme Phyllis et Del ont changé le monde pour les générations de personnes queer qui ont suivi. » Une plaque en laiton sera placée devant la maison, qui a été vendue en 2020, après la mort de Phyllis Lyon.

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Source : https://www.jeanne-magazine.com/le-magazine/2020/04/10/aux-sources-du-mouvement-lesbien-americain_19302/

Aux sources du mouvement lesbien américain

Publié par Stéphanie Delon

10 avril 2020

Pionnière des droits LGBT, Phyllis Lyon est décédée hier, le 9 avril, à l’âge de 95 ans. Avec sa compagne Del Martin, elle avait fondé en 1955 The Daughters of Bilitis – la première organisation de défense des droits des lesbiennes aux États-Unis.
Redécouvrez l’histoire de l’association dans l’article Aux sources du mouvement américain publié dans le premier hors-série en papier de Jeanne Magazine.


Considérée comme la première association lesbienne des Etats-Unis, The Daughters of Bilitis a été fondée à San Francisco en 1955 par Del Martin et Phyllis Lyon. L’association, qui doit son nom à une lesbienne fictive, contemporaine de Sappho, décrite par le poète français Pierre Louÿs dans son recueil de 1894, Les Chansons de Bilitis, a été créée pour donner la parole aux lesbiennes, à une époque où seuls les gays sont visibles, comme dans The Mattachine Society, l’association américaine fondée en 1950 par Harry Ray.

Avec The Daughters of Bilitis, ces deux associations sont à l’origine du mouvement de libération des droits des homosexuels aux Etats-Unis, et d’une publication périodique lancée par Del Martin et Phyllis Lyon en 1956, The Ladder, nommée ainsi en référence à la hiérarchie pédagogique de Platon, l’échelle de la beauté. The Daughters of Bilitis a eu une grande influence tout le long des années 1950 et 1960, et quatre ans après sa création, l’association développe des antennes dans tout le pays, notamment à Chicago, New York, La Nouvelle-Orléans, San Diego, Los Angeles, Détroit, Denver, Cleveland et Philadelphie. Mais, en 1970, l’association- mère se divisa en plusieurs groupes quand ses membres se séparèrent pour soutenir soit les droits des homosexuels, soit le féminisme.

En1963, Betty Friedan, qui s’est fait connaître grâce à son essai, The Feminine Mystique, dans lequel elle met en cause la manière dont la société américaine contraint les femmes à se cantonner dans des rôles de mères et de femmes au foyer au détriment de leur épanouissement personnel, est incitée à lancer un mouvement féministe inspiré du modèle de la National Association for the Advancement of Colored People (NAACP), une association de lutte contre la ségrégation et les discriminations raciales. En 1966, elle fonde ainsi la National Organisation for Women (NOW) dont le premier objectif était d’obtenir l’égalité des droits au travail pour les femmes.

Del Martin, fondatrice de The Daughters of Bilitis, la rejoint et devient membre du conseil, ainsi que l’activiste lesbienne et écrivaine féministe Sydney Abbott, qui devient l’une des premières personnes à intervenir ouvertement pour les droits des lesbiennes lors de conférences de NOW à New York. Mais Betty Friedan et d’autres féministes hétérosexuelles ne voient pas d’un bon œil la présence de lesbiennes dans leur organisation féministe et craignent qu’elles ne nuisent à la cause. Au cours de la première conférence pour l’Union des femmes en novembre 1969, Betty Friedan omet d’ajouter The Daughters of Bilitis de la liste des sponsors et qualifie même les lesbiennes de Lavender Menace (La couleur mauve lavande étant alors un symbole de l’homosexualité féminine) au cours d’une réunion. En réaction, Rita Mae Brown, qui occupe un poste administratif au sein de NOW, démissionne en février 1970 et suggère à sa compagne Sydney Abbot et à ses amies lesbiennes Karla Jay, Lois Hart, Barbara Love, Ellen Shumsky et Martha Shelley (l’une des quatre membres fondateurs du Gay Liberation Front), d’organiser un zap lors de la deuxième conférence pour l’Union des femmes à New York qui a lieu le 1er mai 1970.

Pour cet événement, le groupe, mené par Rita, prépare un manifeste intitulé The Woman-Identified Woman, ainsi que des tee-shirts mauves (une idée de Michela Griffo, une étudiante en art et activiste de 21 ans), avec l’inscription “ Lavender Menace ”. Karla Jay, l’une des organisatrices, raconte qu’au cours de la conférence, Michela Griffo et une autre militante prétextant être envoyées par NOW pour vérifier l’éclairage de l’auditorium, ont éteint les projecteurs braqués sur les intervenantes pour les rallumer sur 17 femmes portant leurs tee-shirts et brandissant des pancartes sur lesquelles était écrit : “ Take a lesbian to lunch “, “ Superdyke loves you “, “The women’s liberation movement is a lesbian plot “ en invitant l’auditoire à les rejoindre. Karla Jay, placée au milieu du public, a crié : “ Oui, oui mes sœurs ! J’en ai assez d’être dans le placard à cause du mouvement des femmes “.

The Lavender Menace, qui compte bien faire avancer les préoccupations des lesbiennes au sein du mouvement féministe, est lancé. Le collectif et la publication The Woman-Identified Woman sont largement reconnus comme un tournant dans le mouvement féministe de la deuxième vague et un moment fondateur du féminisme lesbien. Après la conférence, les militantes décident de créer un collectif pérenne pour poursuivre leur combat et forment ensemble les “ Radicalesbians “.

L’année suivante, lors de la conférence nationale de NOW, en septembre 1971, une résolution reconnaît le lesbianisme et les droits des lesbiennes comme “ une préoccupation légitime du féminisme ”. En parallèle, Sydney Abbot rejoint le National Gay and Lesbian Task Force, un organisme américain qui défend les droits de la justice sociale et ceux de la communauté LGBTQ. En 1976, lors de la conférence nationale du National Organisation for Women à Philadelphie, elle obtient qu’1% du budget de l’organisation soit alloué à ce groupe de travail. L’année suivante, elle écrit avec sa partenaire de l’époque, Barbara Love, Sappho Was a Right-on Woman, considéré comme le premier livre présentant une vision positive du lesbianisme et 10 ans plus tard, en 2007, elle fonde l’association à but non lucratif Women’s Rights are Human Rights.

The Daughters of Bilitis se sont dissoutes en 1970 en raison de la montée d’un activisme lesbien plus radical, et seul un groupe est encore en activité à Cambridge dans le Massachusetts. En 2005, Del Martin et Phyllis Lyon ont été parmi les premières personnes intronisées au LGBT Journalists Hall of Fame, pour leur travail de pionnières sur The Ladder. En 2017, Rosie O’Donnell a joué le rôle de Del Martin et Maddie Corman a incarné Phyllis Lyon dans When We Rise, la mini-série sur les droits LGBT créée par Dustin Lance Black et diffusée sur ABC.

Betty Friedan a cofondé en 1969 l’association NARAL Pro-Choice America, une organisation qui engage des actions politiques et financières contre les propositions de lois qui apporteraient des restrictions au droit à l’avortement. Décédée en 2006, elle est inscrite au National Women’s Hall of Fame. En 1973, Rita Mae Brown publie Rubyfruit Jungle, un roman partiellement auto-biographique, qui revient sur son militantisme lesbien. Elle vivra avec la championne de tennis Martina Navratilova puis avec Fanni Flagg qui a écrit le roman Beignets de tomates vertes.

Photo d’ouverture : Photo dédicacée par Phyllis Lyon et Del Martin publiée avec l’aimable autorisation de Lesbian Herstory Archives