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Mein Kampf - une édition critique parait en France

“Historiciser le mal”

mardi 1er juin 2021, par siawi3

Source : https://www.franceculture.fr/emissions/linvitee-des-matins/linvite-des-matins-du-vendredi-21-mai-2021 (Closets, Brayard)

Le 21/05/2021

Éditer Hitler : comment désarmer le passé ? Avec Sophie de Closets, Florent Brayard et Antoine Vitkine

Ecouterici 43 minutes

C’est le livre écrit par le cerveau d’une des pires horreurs de l’histoire de l’Humanité.

Photo : L’édition académique polonaise de « Mein Kampf » d’Adolf Hitler, une édition originale du livre datant de 1942 et une édition académique allemande.• Crédits : WOJTEK RADWANSKI - AFP

1945, en Allemagne. Devant les caméras de la propagande de guerre, des soldats américains fondent les plaques qui servaient à imprimer Mein Kampf. Vingt ans plus tôt, le chef nazi Adolf Hitler mettait en circulation son texte d’une violence rare, dans lequel il dévoilait son programme. Mein Kampf contient-il un poison qu’on ne saurait conjurer ? La question a ressurgi lorsque les droits du livre sont tombés dans le domaine public, le 1er janvier 2016, après avoir cessé d’être détenus par le seul État régional allemand de Bavière, qui les avait reçus des forces d’occupation américaines au lendemain de la Seconde guerre mondiale.

Ce 2 juin, une maison d’édition française, Fayard, mettra en circulation un imposant volume de 1000 pages, à la mise en page réduite au strict minimum. Une version de Mein Kampf assortie d’un important appareil critique et dont le titre, “Historiciser le mal”, laisse bien comprendre qu’il s’agit plus d’un travail universitaire que d’une simple réédition.

Avec cette parution, c’est une vieille question qui se repose à nous : faut-il connaître le mal pour le combattre ? L’historien Antoine Vitkine rappelle dans son “Mein Kampf, Histoire d’un livre” (Flammarion, 2015), que des militants anti-nazis ont favorisé la diffusion du texte dès les années 1930, espérant par là une prise de conscience des sociétés civiles et des dirigeants européens. Le Comité français de libération nationale imprime même le livre en pleine guerre à l’attention des soldats des forces libres, avec cet avant-propos : « En guerre, pour bien se battre, il faut connaître son ennemi.”

Les procès des chefs nazis ainsi que le travail des intellectuels sur la Shoah et l’autoritarisme n’ont cessé de questionner : quel a été le poids de l’idéologie, et notamment de ce livre, dans l’avènement du IIIe Reich ?

Sophie de Closets est présidente directrice générale de la maison d’éditions “Fayard” qui publie cette semaine “Historiciser le mal : une édition critique de Mein Kampf” (disponible le 2 juin 2021, Fayard).

Florent Brayard est co-directeur de l’ouvrage “Historiciser le mal : une édition critique de Mein Kampf” (Fayard) avec Andreas Wirsching directeur de recherche au CNRS et à l’EHESS, spécialiste de l’histoire de la Shoah.

Antoine Vitkine est journaliste, réalisateur de documentaire, auteur de “Mein Kampf, histoire d’un livre” (Flammarion, 2009, réédition mise à jour en version poche, en librairie le 2 juin).
Les origines de cette nouvelle édition

Pendant la guerre, Hitler avait interdit la circulation de Mein Kampf en France.

Hitler a dit un jour, dans les années 1930, que s’il avait su qu’il deviendrait chancelier, il n’aurait peut-être pas écrit ce livre. Il avait conscience d’en dire beaucoup sur son programme dans Mein Kampf. Comment se fait-il que les crimes nazis aient pu être commis alors qu’ils étaient annoncés en germe dans ce livre ? Hitler parle beaucoup de la France, qui arrive après le problème des Juifs. Il veut sa revanche et fait interdire la publication du livre en France car il y a exposé sa politique étrangère. Il le fait interdire au nom du respect du droit d’auteur. Antoine Vitkine

Sa publication aujourd’hui relève d’autres enjeux, notamment pour sa traduction.

Il fallait reprendre la traduction qui posait des problèmes. Beaucoup de personnes n’avaient pas accès à ce texte tel qu’il a été écrit en 1934, notamment parce qu’il est rédigé dans un allemand qui s’adressait aux grands bourgeois. Sophie de Closets

La question de la réédition de Mein Kampf s’est posée quelques années plus tôt en Allemagne, où l’opération semble avoir été un succès.

La réception en Allemagne a été excellente car une très grande partie des historiens qui ont travaillé sur le sujet ont validé la nécessité absolue de publier une édition critique. Contrairement en France, Mein Kampf était interdit d’impression en Allemagne, il n’y avait plus de volumes autres que ceux publiés jusqu’en 1945. Florent Brayard

Un contenu flou à démystifier

Dans ce livre, on retrouve des propos sinueux qui laissent penser à un univers mental dense chez Hitler.

Mein Kampf est à la fois une autobiographie trafiquée pour présenter l’auteur comme un messie, et un programme politique où il expose sa vision du monde raciste et antisémite. C’est également un manuel du bon militant et il y a aussi des chapitres incroyables dans leur folie. En particulier le chapitre 11, où Hitler se lance dans une histoire du monde régit par des luttes éternelles entre les races arienne et juive, responsable de tous les malheurs de l’humanité. Hitler n’est pas écrivain et il est incapable de cerner son propos. Florent Brayard

Hitler se présentait comme écrivain. Avec ce livre, il est devenu un idéologue et non plus seulement un chef de parti qui voulait prendre le pouvoir. Antoine Vitkine

Sa circulation après-guerre

Si avant la deuxième guerre mondiale, Mein Kampf a beaucoup été publié dans le monde, sa diffusion est plus difficile à tracer après 1945.

Après la guerre, le livre a continué à s’exporter. Il a eu un rôle international de mobilisation des nazis en Amérique latine, aux États-Unis et en Angleterre. Selon un magazine américain, il s’en vendrait en langue anglaise 20 000 par an. En Inde il s’en vend aussi plusieurs milliers par an, comme en Turquie. Il ne faut pas surestimer sa dimension nazie, mais il vaut comme un symbole ultra-nationaliste. Antoine Vitkine

C’est bien parce que ce livre circulait clandestinement comme un fétiche maléfique qu’il fallait le ramener à un statut de source historique. Sophie de Closets

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Source : https://www.lemonde.fr/livres/article/2021/05/26/mein-kampf-histoire-d-une-edition-critique-francaise_6081557_3260.html

« Mein Kampf » : histoire d’une édition critique française

« Historiciser le mal. Une édition critique de “Mein Kampf” » paraît chez Fayard le 2 juin. Retour sur dix ans de rebondissements et de polémiques.

Par Florent Georgesco

Ne dites pas à Sophie de Closets, la PDG de Fayard, qu’elle s’apprête à publier Mein Kampf. La réponse fusera : « Fake news », comme elle l’a déclaré, mercredi 19 mai, lors de la conférence de presse annonçant la parution, le 2 juin, d’un livre qui porte il est vrai un titre différent : Historiciser le mal. Une édition critique de Mein Kampf. Avec, en guise de nom d’auteur, non pas celui d’Adolf Hitler, qui publia ce mixte d’autobiographie et de manifeste politique en 1925 et 1926, mais ceux de deux universitaires, spécialistes de l’histoire du nazisme : l’Allemand Andreas Wirsching et le Français Florent Brayard.

Le volume, qui adapte et prolonge le livre paru en Allemagne, en janvier 2016, sous l’égide de l’Institut für Zeitgeschichte (« institut d’histoire contemporaine »), dirigé à Munich (Bavière) par Andreas Wirsching, contient bien sûr le texte intégral de Mein Kampf, traduit par Olivier Mannoni. Mais il est bordé de toutes parts de notes, de longues introductions – une générale, et une par chapitre, ces dernières étant une innovation de l’édition française –, de tout un ensemble d’éclairages, de contextualisations, de rectifications des infinis mensonges du futur chancelier du IIIe Reich.

Soit une critique scientifique du texte, telle que toute source historique d’importance doit en subir à un moment ou à un autre. On peut d’autant plus s’en féliciter que cela n’avait jamais été le cas pour ce qui fut le livre fétiche de l’Allemagne nazie et continue aujourd’hui de circuler intensément dans les milieux de l’extrême droite ou de l’islamisme radical.

De sorte que tout paraît pour le mieux, et que le récit devrait pouvoir s’arrêter là. Seulement, voilà au moins cinq ans que la seule évocation de ce projet provoque un tintamarre qui peine à s’éteindre. Rééditer Mein Kampf, que cette formulation relève ou non de la « fake news », ne pouvait, ne devait, laisser personne indifférent. Et, à l’évidence, cela n’a pas été le cas.

En 2011, un projet légitime

Le chantier, pourtant, a tardé à devenir un champ de bataille. L’actuel PDG de Grasset, Olivier Nora, qui cumulait alors ce poste avec la direction de Fayard, se souvient : « Quand, en 2011, nous avons annoncé notre projet, tout le monde l’a trouvé légitime. » C’est l’historien et éditeur Anthony Rowley, à qui Olivier Nora avait confié en 2010 le secteur des livres historiques chez Fayard, qui lui en avait parlé le premier. Fabrice d’Almeida, historien, journaliste, éditeur, se souvient de la manière dont l’idée de reprendre Mein Kampf est venue à son ami : « Anthony, vers la fin des années 2000, avait constaté qu’il y avait beaucoup de publications de versions du livre d’Hitler, notamment en ligne. Il y avait un climat. Des gens s’y référaient, il était plus présent que jamais. »

Comme, d’autre part, le texte s’apprête à tomber, début 2016, dans le domaine public, ce qui ne peut qu’accélérer cette circulation et que, motivés par les mêmes craintes, les chercheurs de l’Institut d’histoire contemporaine, à Munich, se lancent, en 2011, dans une édition critique, ces discussions, d’abord informelles, se précisent. « Anthony me dit que c’est un chantier historique exceptionnel, se souvient Olivier Nora, et que Fayard s’honorerait en s’y lançant. »

Des contacts sont pris avec les universitaires allemands, sans qu’il soit encore question d’utiliser directement leur travail critique. Olivier Mannoni est recruté. Nora et Rowley fixent d’emblée quelques principes, et d’abord celui, qui ne variera plus à travers tous les avatars du projet, de ne toucher aucun euro dans l’opération : tous les bénéfices seront reversés à une association. Mais il s’agit aussi, raconte Olivier Nora, « de se lancer dans une édition critique extrêmement poussée. Cela n’aurait pas eu de sens de faire un volume “allégé”, avec peu de notes ».

Des tensions apparaissent

C’est pourtant cette direction qui va bientôt être prise. Quelques mois ont passé quand, en octobre 2011, Anthony Rowley meurt brusquement, à 59 ans, d’une crise cardiaque. Olivier Nora nomme Fabrice d’Almeida à la tête du département d’histoire, où Mein Kampf n’est pas le moindre des dossiers en cours. Il faut avancer. On avance donc, mais selon de nouveaux principes.
Si une équipe de jeunes historiens est constituée, à laquelle participent Christian Ingrao, Johann Chapoutot, Stefan Martens, Nicolas Patin et David Gallo, sa marge de manœuvre est réduite. « L’idée, raconte Fabrice d’Almeida, c’était de faire une édition compacte, qui ne devait pas dépasser mille pages. On avait droit, en gros, à deux cents pages de présentation et de notes. » Il dira, en 2015, dans Livres Hebdo : « Nous ne voulions pas dépendre des Allemands et de leur imposante édition savante. »

Progressivement, des tensions apparaissent. Johann Chapoutot, en particulier, voudrait qu’on étoffe l’appareil critique, sans être entendu. Il prend de la distance. Au demeurant, l’équipe, selon plusieurs sources, ne s’est réunie que trois fois en trois ans. On est loin, en effet, du travail acharné qui, au même moment, est conduit en Bavière.

« Je ne me souviens pas de discussions avec Fabrice sur une telle inflexion du projet », explique Olivier Nora qui ajoute que, mis au courant, il ne l’aurait pas acceptée. A ce moment-là, il dirigeait à la fois Grasset et Fayard, et était « extrêmement débordé ». « J’ai laissé Fabrice gérer le dossier, avec le mélange de chaleur et de légèreté qui le caractérise. Je n’ai pas suivi son travail d’assez près. Ma responsabilité, à cet égard, est bien sûr engagée. »

Les polémiques se déchaînent

Et puis les polémiques se déchaînent. Le paradoxe étant que, quand elles commencent, tout a changé, et que le dossier a été repris en main avec fermeté. Au 1er janvier 2014, Sophie de Closets devient PDG de Fayard. Elle se sépare de Fabrice d’Almeida à la fin de l’année et le remplace à la tête du département d’histoire par Sophie Hogg-Grandjean. En juin 2015, celle-ci rencontre l’historien Florent Brayard, le présente à la PDG. Tout le monde tombe d’accord : il va assurer la direction historique du projet. Pour cela, il reconduit l’équipe initiale, à l’exception de Johann Chapoutot, qui refuse. Il va l’étoffer par étapes, en faisant venir Anne-Sophie Anglaret, Johanna Linsler, Olivier Baisez, Dorothea Bohnekamp et Marie-Bénédicte Vincent. Tous se mettent rapidement à la tâche. Des négociations sont entamées, à l’automne, avec l’institut munichois qui s’apprête à publier son édition critique, dont il s’agit dorénavant d’envisager une traduction.

Mais, en septembre, paraît un article de Livres Hebdo racontant les étapes précédentes, qui met d’autant plus le feu aux poudres que Fayard reste dans le flou sur ses intentions. Un mois plus tard, une dépêche de l’Agence France-Presse (AFP) va jusqu’à annoncer que la version française sortira en 2016, ce qui ne serait possible que pour une version « allégée », de sorte que beaucoup ont des inquiétudes sur la qualité du travail. Tout, dès lors, s’emballe. Jean-Luc Mélenchon dit sa colère dans un billet de blog. Annette Wieviorka, dans Le Monde, se dit révulsée à l’idée de voir ce livre en « tête de gondole ». Les tribunes prolifèrent. Dans L’Obs, les historiens Tal Bruttmann, Johann Chapoutot, Eric Fournier, André Loez et Gérard Noiriel disent craindre, eux aussi, un « probable succès de librairie » et plaident pour une édition gratuite, en ligne.

Chez Fayard, on travaille et on se tait. « Nous ne pouvions pas communiquer, explique Sophie Hogg-Grandjean. Si nous étions entrés dans ces polémiques, nous aurions perturbé le travail de l’équipe. L’essentiel était qu’elle puisse avancer tranquillement. » D’où venait la date de 2016, avancée par l’AFP ? Nul, dans la maison, ne s’en souvient. Il paraît difficile d’imaginer que quelqu’un l’ait mentionnée, alors qu’en réalité le chantier, nouvelle formule, s’amorce à peine.

Dans ses rares interventions – au cours desquelles, pour l’essentiel, elle rappelle le principe de ne pas toucher de bénéfices sur ce livre, annonçant qu’elle les verserait « peut-être » au Mémorial de la Shoah, lequel opposera une fin de non-recevoir –, Sophie de Closets évoque une parution d’ici deux à trois ans. Il en faudra trois de plus. « On croit toujours que ce genre de projet prendra moins de temps que cela ne prend en réalité. Nous avons inventé le dispositif au fur et à mesure du travail », justifie-t-elle aujourd’hui. « Vous ouvrez un dossier qui ouvre un dossier qui ouvre un dossier, complète Sophie Hogg-Granjean. Ce sont des poupées gigognes. Toute l’équipe aurait été ravie de finir plus tôt. Mais c’était impossible. »
Toujours est-il que le décalage, à regarder les choses de près, est frappant. La France s’agite. Les historiens travaillent. Dès janvier 2016, les réunions de l’équipe dirigée par Florent Brayard se multiplient. Des documents de travail que « Le Monde des livres » a pu consulter montrent qu’on commence à reprendre la traduction du texte d’Hitler, remise par Olivier Mannoni l’année précédente. Phrase après phrase, elle est détricotée, en fonction des analyses des historiens, par le traducteur lui-même, qui racontait dans la conférence de presse du 19 mai qu’il s’agissait de « rendre le texte à son état d’origine : surchargé, confus, répétitif ».

Pendant ce temps, les discussions avancent avec l’équipe allemande. Beaucoup de détails sont à régler, et le partenariat entre Fayard et l’Institut d’histoire contemporaine de Munich ne sera signé qu’en février 2017, mais, dans l’esprit des Français, le principe de traduire l’essentiel de l’appareil critique allemand est acquis. Lourd chantier aussi : comment l’adapter au public français ? Et que faut-il y ajouter ? Des séminaires et des colloques sont organisés. Une publication en 2016, décidément, n’avait pas de sens. Cela aurait dû être 2020, s’il n’y avait eu cet ultime rebondissement : l’épidémie de Covid-19, obligeant Fayard à repousser le livre, qui aurait dû paraître pendant le premier confinement.

Restait, précisément, à organiser la sortie de ce qui allait devenir Historiciser le mal. Comment éviter un emballement en librairie ? Il a fallu inventer un dispositif inédit : une forme de contre-commercialisation du livre. Le livre n’a pas été programmé à l’office (les créneaux de sortie fixés par les éditeurs) : les clients devront le commander auprès de leur libraire. Un accord a été négocié avec Amazon, qui inclut un avertissement de l’éditeur à chaque ouverture de la page du livre, un blocage des recommandations ou encore une modération particulière des commentaires. Le prix, fixé à 100 euros, doit dissuader les achats de simple curiosité. Et puisqu’il représente en même temps un frein à la circulation du savoir, un millier d’exemplaires, sur un tirage avoisinant les 12 000, sont réservés aux bibliothèques, qui pourront les obtenir gratuitement sur simple demande.

Quant aux questions financières, elles ont été réglées par un partenariat avec la Fondation Auschwitz-Birkenau, en Pologne, qui touchera non seulement la totalité des bénéfices éventuels, mais des droits sur chaque exemplaire vendu – correspondant à peu près aux droits d’auteur, habituellement compris entre 8 % et 12 % du prix de vente. Et, le diable se nichant dans les détails, Fayard a renoncé à ce qui aurait pu lui permettre de gagner de l’argent malgré tout : la déduction fiscale importante que ces versements à la fondation pouvaient impliquer.

« Toutes les critiques ont été prises en compte. Toutes »

Des années de polémique laissent toujours des traces. Il est rare qu’elles soient aussi ténues qu’elles le sont ici. Certes, quand on interroge Annette Wieviorka, qui a été particulièrement présente dans les débats, l’historienne commence par râler : « On aurait été contents que Sophie de Closets dise qu’elle a tenu compte de nos critiques. Ça nous aurait évité d’avoir l’air d’archéo-opposants. » De même, Tal Bruttmann reste persuadé que Fayard, à l’origine, « voulait faire un coup », et estime qu’il pourrait le reconnaître aujourd’hui.

Mais il admet volontiers que cela n’a pas grande importance eu égard au résultat. Et, pour Annette Wieviorka, en définitive, « toutes les critiques ont été prises en compte. Toutes ». Au moins, dit-elle, « Sophie de Closets a eu l’intelligence d’écouter ce qui se disait ». Ni le travail des historiens ni le mode de commercialisation ne leur paraissent désormais poser problème.
« Il n’y a pas de polémique à entretenir », résume Tal Bruttmann qui ajoute que, de toute façon, une édition critique de Mein Kampf manquait, et que les équipes réunies dans Historiciser le mal sont d’une qualité incontestable. L’auteur d’Auschwitz (La Découverte, 2015) conclut : « Il y a une chose qui m’amuse, quand je regarde la manière dont sont construites les pages de ce livre, avec ces notes tout autour du texte d’Hitler, qui devient secondaire. Vous avez déjà vu un exemplaire du Talmud ? C’est la même construction. On entoure le texte de commentaires. Ils ont transformé Mein Kampf en Talmud. C’est une belle revanche de l’histoire. »

De leur côté, Sophie de Closets et Sophie Hogg-Grandjean admettent volontiers, quand on discute avec elles, que les craintes qui se sont exprimées depuis 2015 les ont aidées à forger le dispositif actuel – du moins celui qui touche à la commercialisation, l’organisation éditoriale ayant été quant à elle fixée, comme on l’a vu, avant que les polémiques ne commencent. « Il y a eu des remarques ou des interrogations très sensées, souligne la seconde. Et, de fait, elles ont été entendues. »

Les querelles, durant toutes ces années, ont été violentes. Il y a eu du flottement, des positions plus ou moins informées, quelques « fake news », des malentendus à foison. Mais, au bout du compte, les adversaires s’aperçoivent qu’ils ont œuvré dans la même direction, dont témoigne ce monument d’érudition et de pensée critique qu’est Historiciser le mal. En un temps où les débats qui traversent la société ne paraissent pouvoir déboucher que sur une guerre perpétuelle des opinions, où le contradicteur est un ennemi et la concession une lâcheté, cette histoire fait figure d’exception. Elle s’achève sur cette étrangeté : une polémique qui se révèle constructive.

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Source : https://www.lemonde.fr/societe/article/2021/05/20/les-editions-fayard-annoncent-la-parution-le-2-juin-de-leur-edition-critique-de-mein-kampf_6080822_3224.html

Les éditions Fayard annoncent la parution, le 2 juin, de leur édition critique de « Mein Kampf »

Diffusé à 10 000 exemplaires, le manifeste du nazisme d’Adolf Hitler est assorti d’un appareillage critique. Il sera accessible uniquement en commande chez les libraires, a expliqué l’éditeur lors d’une sobre conférence de presse au siège du CNRS, à Paris, mercredi 19 mai.

Par Benoît Hopquin

Publié le 20 mai 2021

Une couverture blanche, où n’apparaît pas le nom d’Hitler, un pavé de 1 000 pages et 3,6 kilos à la mise en page minimaliste, un titre universitaire (Historiciser le mal), un prix élevé (100 euros), une diffusion restreinte à 10 000 exemplaires, accessibles uniquement sur commande chez les libraires, qui auront interdiction de mettre l’ouvrage en vitrine ou même en tête de gondole : Fayard a tout fait pour que la réédition de Mein Kampf, disponible le 2 juin, ne soit pas accusée d’être un coup d’édition. L’objet et sa mise en vente ont donc été pensés en contrepied des plus élémentaires règles commerciales.

Jusqu’à la conférence de presse de lancement, mercredi 19 mai, qui fut sciemment pesante et ennuyeuse. Aucun des intervenants ne s’est aventuré à sortir de ses notes dans ce moment qui visait essentiellement à justifier la réédition du manifeste du nazisme, publié à partir de 1925 par Adolf Hitler. L’éditeur avait choisi pour ce lancement compassé le décor de la salle Frédéric-Joliot, au siège du CNRS, à Paris, comme pour mieux souligner l’objectif scientifique de l’ouvrage.

Une publication maintes fois repoussée

Depuis plusieurs années, le projet était avancé et même achevé. Mais la publication avait été maintes fois repoussée face aux critiques sur l’opportunité de ressortir cet appel à la haine. En 2015, Jean-Luc Mélenchon ou Marek Halter s’étaient indignés qu’on se livre à une telle provocation. En 2019, plusieurs associations juives avaient, à leur tour, protesté, au nom des victimes de la Shoah. Embarrassé, Fayard avait donc repoussé la parution du livre, jusqu’à l’annonce de cette semaine.

« Contrairement à ce qui a pu être dit parfois de manière hâtive, voire malhonnête, notre intention n’a jamais été de republier Mein Kampf, insiste Sophie de Closets, présidente des éditions Fayard. Mais c’est une source importante de notre histoire. » La retraduction ne formera finalement qu’un tiers d’Historiciser le mal, insiste l’éditrice.

Chacun des vingt-sept chapitres sera précédé d’une longue introduction de mise en contexte, écrite par un comité d’une douzaine d’historiens.
Le texte original sera, par ailleurs, encadré par un appareillage de 2 800 notes.

Le texte allemand avait été traduit en français en 1934 et publié par Fernand Sorlot, patron des Nouvelles Editions latines.

Le nouveau traducteur, Olivier Mannoni, a aboli tous les ajouts littéraires que son homologue de l’époque avait cru devoir instiller. « La première caractéristique de ce texte, c’est son illisibilité. Le texte est confus, hypnotique par sa confusion même. » Olivier Mannoni a donc tenté de revenir à « l’exacte réalité de ce texte », de renouer avec sa substance insane, sa lourdeur insistante, consubstantielle des obsessions de l’auteur.

« Une source historique majeure »

Face à ceux qui souhaitaient que Mein Kampf reste dans les poubelles de l’histoire, l’historien Florent Brayard, codirecteur d’Historiciser le mal avec son homologue allemand Andreas Wirsching, a plaidé la nécessité.
« Nous ne pouvions pas nous satisfaire de la situation actuelle », a-t-il argué. En France, un jugement de 1980 obligeait toute réédition à faire précéder le texte d’Hitler d’un simple avant-propos de huit pages, qui ne pouvait suffire à désamorcer la charge haineuse du propos.

En outre, argumentent les historiens, le texte est tombé dans le domaine public au 1er janvier 2016. « Il aurait été tout simplement irresponsable de laisser ce conglomérat d’inhumanité vagabonder librement », insiste Andreas Wirsching.

L’Institut d’histoire contemporaine de Munich avait donc alors décidé de republier l’ouvrage, lesté d’un appareillage critique sur lequel s’est appuyée la traduction française.

« Mein Kampf est une source historique majeure », insiste Andreas Wisching. Florent Brayard estime de même que ce livre ne peut être rayé de l’histoire : « Mein Kampf est la description d’une utopie, l’utopie nazie, à la fois raciste, antisémite, autoritaire et belliciste. L’aspect tragique est que Hitler s’est trouvé en situation de la réaliser. »

Face aux critiques, Serge Klarsfeld est venu défendre la publication d’Historiciser le mal par Fayard. Il a rappelé les traductions brutes qui circulent actuellement dans le monde, notamment dans certains pays arabes. Dûment pourvu des « rambardes » et autres « boucliers protecteurs » que forme l’appareil critique, « le livre nous arme efficacement contre les mensonges d’autrefois qui sont plus ou moins les mêmes que les fake news d’aujourd’hui », affirme le président des Fils et filles des déportés juifs de France.

A défaut sans doute d’éteindre les polémiques, Sophie de Closets a assuré que des exemplaires seraient mis gratuitement à disposition des bibliothèques qui en feront la demande et que les droits seront intégralement reversés à la Fondation Auschwitz-Birkenau.

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Source : https://www.lemonde.fr/culture/article/2017/01/05/allemagne-mein-kampf-reedite-succes-de-librairie_5057898_3246.html

Allemagne : « Mein Kampf » réédité, succès de librairie

La version annotée du brûlot écrit en 1924-1925 par Adolf Hitler s’est écoulée à 85 000 exemplaires. Une sixième édition est prévue pour la fin du mois de janvier.

Par Aymeric Janier

Publié le 05 janvier 2017

Le dernier livre à succès outre-Rhin ? Il rappelle les heures noires d’une Allemagne pétrie de national-socialisme et d’antisémitisme fanatique. Et pour cause puisqu’il s’agit d’une édition méticuleusement annotée de Mein Kampf (Mon Combat), le brûlot écrit par Adolf Hitler dans la prison de Landsberg (Bavière), en 1924-1925.

Publié il y a un an, pour la première fois depuis 1945, l’ouvrage du dictateur s’est imposé comme un succès de librairie, avec 85 000 unités écoulées, selon l’Institut d’histoire contemporaine (IfZ) de Munich, qui, à l’origine, ne l’avait tiré qu’à 4 000 exemplaires. Une sixième édition est d’ailleurs prévue pour la fin du mois.

« Nous nous réjouissons que ce projet, à la jonction du travail universitaire fondamental et de l’explication politico-historique, soit une réussite », s’est félicité Andreas Wirsching, le directeur de l’IfZ, cité par le New York Times. Pas moins de 3 500 notes historiques avaient été adjointes au texte afin d’éviter toute promotion de l’idéologie mortifère qu’il véhicule.

Par prudence, la couverture de ce livre en deux tomes de près de 2 000 pages, vendu au prix de 59 euros, a été épurée. Blanche, sobre, elle se veut parfaitement dépouillée de tout élément malséant. De fait, aucun portrait d’Hitler n’y figure, pas plus que les symboles chers aux nazis, dont la croix gammée.

Certains voient pourtant dans les chiffres de vente la preuve irréfragable que la propagande hitlérienne est de retour en Allemagne.

Une thèse que bat en brèche Damien McGuinness, correspondant de la BBC à Berlin, pour qui il convient de remettre ces données en perspective : The Hidden Life of Trees (La Vie secrète des arbres) a comparativement séduit près de 500 000 lecteurs...

Dans un entretien au Tagesspiegel, M. Wirsching a néanmoins souligné qu’il serait irresponsable de laisser ce texte errer dans la nature de manière irréfléchie. A ses yeux, il est largement préférable que des professeurs « intelligents » l’utilisent à bon escient, dans leur salle de classe.

Pour les historiens, pas de doute : 2016 aura bien été l’année la plus faste pour Hitler. Car, outre l’édition commentée de l’IfZ, un autre ouvrage fourni (2 500 pages) a été publié en avril : Hitler - Das Itinerar (Hitler - l’itinéraire, éditions Berlin Story), une recension factuelle impressionnante de la vie du Führer au jour le jour, et parfois même heure par heure.

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Source : https://www.lemonde.fr/livres/article/2011/10/06/pour-une-edition-critique-de-mein-kampf_1582887_3260.html

Pour une édition critique de « Mein Kampf »

TRIBUNE Collectif

Publié le 06 octobre 2011

Le manifeste d’Adolf Hitler tombe dans le domaine public en 2015. Plutôt que de l’interdire ou de le censurer, ce qui serait une grave erreur, il faut briser le fétichisme qui l’entoure.

En 2015, Mein Kampf tombera dans le domaine public. Soixante-dix ans après la mort d’Adolf Hitler, ce livre sera librement publiable, en application du droit d’auteur. Ce pavé dont la lecture est pour le moins indigeste, l’un des best-sellers du XXe siècle, la « bible » du régime nazi, franchira donc bientôt une nouvelle étape dans son existence publique. Cette étape peut paraître symbolique - en effet, on trouve déjà aujourd’hui des exemplaires de Mein Kampf dans diverses langues, et en version électronique gratuite sur Internet -, mais de nombreuses nouvelles éditions sont à prévoir, dans des buts variés, politiques ou commerciaux.

Alors que faire ? Espérer que le livre, qui s’est probablement vendu à 100 000 exemplaires officiels en France depuis 1945, meure de sa belle - ou moins belle - mort est une idée bien naïve. L’objet bouge encore, fascine, terrifie et suscite des projections souvent irrationnelles. Loin de vouloir le censurer ou l’interdire, ce qui serait une erreur majeure, nous pensons qu’il faut le prendre en main, le lire, le faire lire aux étudiants, l’expliquer et étudier son histoire éditoriale compliquée.

Bref, il faut prendre date. Et préparer ce tournant, et s’y préparer plusieurs années à l’avance, à cause de l’importance de l’enjeu. Pour cela, il faut aller dans trois directions : obtenir qu’un avertissement soit apposé sur le texte, que des éditions scientifiques soient publiées et que les acteurs d’Internet se mobilisent pour placer, là aussi, des signalétiques adaptées à la communication en ligne. Nous défendons l’idée que cela soit décidé en premier lieu au sein de l’Union européenne, là où s’est déployée la destruction nazie. Il est temps que l’Europe unifiée décide du statut de ce texte qui a déterminé son histoire, statut qui est aujourd’hui complexe et flou, reflétant les difficultés que l’on a encore à appréhender l’ouvrage.

Certes, les Protocoles des Sages de Sion (un faux antisémite sans revendication possible de droits d’auteur aujourd’hui) ont été, et sont encore probablement plus diffusés aujourd’hui que Mein Kampf, mais le livre d’Hitler a eu une importance bien plus grande dans l’histoire. Cette importance contraste d’ailleurs avec le faible nombre de recherches qui lui sont consacrées. Si l’objet est bien central, tout se passe comme si l’Europe voulait le mettre à distance. Et l’un des arguments de cette mise à distance, souvent répété, est son caractère illisible. Fatras d’idées souvent datées du siècle précédent, de nationalisme, de pangermanisme, d’eugénisme et de racisme, le livre prétendait toutefois à une certaine cohérence et constitua une bombe à retardement. En Allemagne, il fut diffusé à près de 12 millions d’exemplaires jusqu’en 1945 (les membres des organisations nazies et les jeunes mariés le recevaient en cadeau). Les Allemands ont eu beau jeu de dire après la guerre qu’ils ne l’avaient pas lu : Mein Kampf a été étudié dans les écoles, aux jeunesses hitlériennes, il a été cité à tout-va.

Par ailleurs, son histoire éditoriale est particulièrement compliquée. Les éditions successives en allemand ont été amendées en fonction des visées du moment de la politique extérieure du Reich. Quant à l’histoire de ses traductions, elle reste à écrire.

Depuis 1946, les droits d’auteur du livre sont - comme l’ensemble des biens d’Hitler - la propriété du Land de Bavière. Le Land a tenté pendant des décennies de faire interdire la réédition du livre, intentant même de temps en temps des procès à l’étranger, comme en 1992 en Suède. Embarrassés, les fonctionnaires du ministère des finances du Land sont réticents à s’exprimer sur le sujet. Il semble cependant que la Bavière ait déjà anticipé la fin de ses droits et ait largement diminué ses interventions ces dernières années.

En France, la seule édition complète date de 1934. Elle a été publiée par Fernand Sorlot dans ses Nouvelles Editions latines. Sorlot était un curieux personnage, qui prenait beaucoup de liberté avec le droit d’auteur : ce militant nationaliste a publié Mein Kampf afin de dénoncer le danger nazi, avant de collaborer avec l’occupant. Il sera condamné à dix ans d’indignité nationale à la Libération. Les éditions Eher lui intentèrent un procès dès 1934, avec le soutien d’Hitler lui-même, pour atteinte au droit d’auteur. Non pas qu’Hitler ait voulu limiter la diffusion de son pensum de plus de 700 pages, mais il voulait en éviter une lecture exhaustive en France, pays qu’il attaquait violemment en annonçant l’expansion allemande. Sorlot fut condamné, mais les Nouvelles Editions latines ont continué jusqu’à aujourd’hui à publier le livre. D’où cette ironie de l’histoire : la seule période durant laquelle Mein Kampf a été interdit en France fut celle de l’Occupation. A côté de la version complète, mais à la traduction discutée, des dizaines de versions tronquées ont circulé avant la seconde guerre mondiale. Les sympathisants du nazisme ou les tenants d’une politique d’apaisement en ont gommé les parties les plus violentes contre les juifs ou la France, tandis que ses adversaires voulaient le diffuser à titre d’avertissement.

Aujourd’hui, la situation éditoriale de l’ouvrage varie selon les pays. Il existe une édition récente incomplète en Italie, un ouvrage d’extraits commentés en Israël. Le livre circule aussi largement dans le reste du monde, notamment en Amérique du Sud, en Europe de l’Est, dans le monde arabe et en Iran. En Inde, on le trouve partout, y compris dans les gares et les aéroports. Au Japon, une version manga touche la jeunesse. Les chiffres précis de diffusion manquent, mais il n’y a aucun signe de ralentissement des ventes. Chacun de ces pays y trouve une projection de ses extrémismes politiques : mythes aryens en Iran, antisémitisme catholique au sud de l’Amérique, fascination de l’esthétique du IIIe Reich auprès d’une partie du lectorat japonais. Le récent succès en Turquie - 100 000 exemplaires auraient été vendus en un trimestre en 2005 - serait lié à la montée du nationalisme (sur ces points, voir le documentaire et le livre d’Antoine Vitkine : Mein Kampf. Histoire d’un livre, Flammarion, 2009).

Le rapport du droit à Mein Kampf est donc bien complexe. Les contradictions et incohérences des règles de diffusion actuelles du texte surprennent. Certaines nations interdisent (dont l’Allemagne et l’Autriche), d’autres cultivent la passivité, d’autres acceptent l’application du droit d’auteur, d’autres encore ignorent la mise en œuvre de ces droits. La France a trouvé une solution intéressante ex post : la cour d’appel de Paris, dans un arrêt du 11 juillet 1979 (Licra/Nouvelles Editions latines), a imposé l’insertion d’un avertissement. Cette approche a bien fonctionné jusqu’à ce que l’émergence d’Internet la remette en question.

Cependant, alors que l’Europe s’est construite sur son refus de la barbarie nazie, n’est-il pas surprenant qu’il n’existe aucune politique unifiée sur la diffusion d’un texte comme Mein Kampf ?

Nous pensons qu’il est impératif que 2015 soit l’année où Parlement et instances européennes publient une recommandation demandant qu’un avertissement soit inclus dans chaque nouveau volume. Cet avertissement serait inspiré de celui exigé en France depuis 1979. Nous proposons également que cette signalétique s’applique à Internet par une démarche volontaire des gestionnaires de sites et des moteurs de recherche.

Enfin, il est nécessaire que des éditions scientifiques soient publiées en différentes langues et donc en français (un projet peu avancé existe en Allemagne, porté par l’Institut d’histoire contemporaine de Munich). L’usage en serait scientifique, pédagogique ; cela permettrait d’envisager enfin Mein Kampf comme un objet d’histoire et de battre en brèche un certain fétichisme qui entoure le texte. C’est un devoir d’histoire et de prévention pour l’avenir, d’autant plus nécessaire qu’aujourd’hui les cieux européens s’assombrissent sur les plans économique et politique.

Nous demandons la création d’un Observatoire de la prévention de la haine pour étudier et proposer des solutions autour de la diffusion de Mein Kampf en particulier et de l’ensemble des textes incitant à la violence (ce que les Anglo-Saxons nomment le « hate speech »).

Les trois volets de l’initiative forment un tout. Mein Kampf doit devenir un objet d’explicitation et d’histoire. C’est le seul moyen d’en désamorcer le caractère si fascinant et si destructeur qu’il recèle encore.