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Víctor del Árbol, au nom des enfants soldats

Book presentation

dimanche 19 septembre 2021, par siawi3

Source : https://www.letemps.ch/culture/victor-del-arbol-nom-enfants-soldats?utm_source=Newsletters&utm_campaign=3fbe6e6252-RSS_EMAIL_AFRIQUE&utm_medium=email&utm_term=0_56c41a402e-3fbe6e6252-110294213


Víctor del Árbol, au nom des enfants soldats

Afrique

Dans « Avant les années terribles », l’écrivain catalan évoque l’horrible réalité qui a sévi en Ouganda et dont l’onde de choc frémit encore. Un roman dont on ne sort pas indemne

Photo : Victor del Arbol a été policier avant d’être écrivain. — © Ulf Andersen / Aurimages via AFP

Mireille Descombes

Publié vendredi 3 septembre 2021 à 12:21
Modifié vendredi 3 septembre 2021 à 12:21

Víctor del Árbol, 52 ans, n’est pas homme d’habitudes. Après des débuts dans le polar, l’écrivain catalan a vite pris ses distances avec l’orthodoxie du genre tout en renouant par intermittence avec le personnage de l’enquêteur policier – un métier qu’il a lui-même exercé pendant deux décennies. Avant les années terribles, son nouveau livre, rompt encore plus radicalement avec les romans précédents, en grande partie centrés sur l’Espagne et son histoire.

Troublant, déroutant, ce gros roman nous emmène en Ouganda sur les traces des enfants soldats enrôlés de force par Joseph Kony dans son Armée de résistance du Seigneur. La rupture est toutefois moins nette qu’elle n’y paraît au premier abord. Sans paravent, ni détour, Avant les années terribles place au tout premier plan, et si l’on peut dire sur le devant de la scène, un thème qui hante Víctor del Árbol depuis toujours et qui traverse toute son œuvre : l’enfance meurtrie, violentée, martyrisée dont toute une vie ne suffit pas à cicatriser les blessures.

Bonheur fragile

Cruauté, massacres, manipulations sordides et macabres. Avant les années terribles est un livre dur, éprouvant à la lecture. Le dépaysement s’y fait néanmoins très en douceur puisqu’il commence à Barcelone où l’ex-enfant soldat Isaïe Yoweri, désormais la trentaine, s’est réfugié et croit avoir définitivement tourné le dos à son passé. Il a un vrai travail – il répare des bicyclettes, il est amoureux et sa compagne Lucía attend un enfant. Ce bonheur fragile est toutefois mis en péril par l’arrivée d’Enmanuel K., un ancien frère d’armes qui le convainc de retourner en Ouganda pour participer à une conférence sur la réconciliation nationale.

Lire aussi : Comment juger les enfants soldats pour les crimes commis une fois adultes ?

Après avoir d’abord refusé, Isaïe finit par accepter, et Lucía insiste pour l’accompagner. Mais quelques jours à peine après leur arrivée à Kampala, elle est enlevée. Cette invitation était un piège. Pris en otage, Isaïe découvre peu à peu qu’il sert d’appât pour faire sortir de leur cachette les anciens leaders de l’Armée de résistance du Seigneur, qui préparent un coup d’Etat depuis le Congo voisin. Tout en le suivant au présent dans les tragiques péripéties qui lui permettront de faire libérer sa femme, le lecteur replonge en parallèle, entre 1992 et 1994, dans le quotidien épouvantable d’un enfant soldat obligé de tuer pour ne pas mourir.

Huit ans d’écriture

La question qui subsiste une fois tournée la dernière page du récit, c’est pourquoi. Pourquoi Víctor del Árbol s’est-il intéressé à l’Ouganda au point de littéralement se glisser dans la peau et dans la tête d’Isaïe ? Interrogé à ce propos par la RTS en 2020, avant la traduction du livre en français, le Catalan expliquait qu’il avait soudain ressenti le besoin de sortir de sa zone de confort et de partir dans une réalité dont, cette fois-ci, il ne saurait rien. L’écriture de ce livre, précisait-il, avait duré presque huit ans, huit ans durant lesquels il s’était rendu sur place, avait rencontré des témoins, et tissé de nombreux liens. Il ajoutait aussi : « Pour moi, l’écriture est toujours une excuse. Pour voyager, pour connaître des gens, vivre des expériences. » Dans ce cas, on pourrait peut-être ajouter le besoin de témoigner, de s’approprier une histoire qui, sans cela, risquerait peu à peu de tomber dans l’oubli.

Roman
Víctor del Árbol
Avant les années terribles
Traduit de l’espagnol par Claude Bleton
Actes Sud, 398 p.