Subscribe to Secularism is a Womens Issue

Secularism is a Women’s Issue

Accueil > Resources > Algérie : Histoire de la guerre de libération

Algérie : Histoire de la guerre de libération

mercredi 22 septembre 2021, par siawi3

Source : https://nourhistoire.blogspot.com/2021/09/14_16.html

- jeudi, septembre 16, 2021

MUSTAHA SAADOUN : SUR LES SENTIERS DU MAQUIS DE CHERCHELL

par Mohamed Rebah

(Tiré du livre Des Chemins et des Hommes)

1 - SOUAHLIA.

Mustapha et le petit groupe armé, formé à la ferme de Smail Kaddour, à Oued Ebda, traversent la barre rocheuse des Braz. Ils arrivent sur le plateau abrupt et sauvage d’Oudhan – Tachta, coupé sur toute sa largeur par la vallée profonde d’oued Kebir.

L’A L N est présente dans cette partie du Dahra orientale depuis quelques jours. Ahmed Ghebalou et Ahmed Noufi, natifs tous deux de Cherchell, sont venus des monts de Beni Micera, envoyés par Amar Ouamrane. Ils ont pour mission d’implanter l’ALN dans leur région natale.

Les dix hommes armés qui les accompagnent sont originaires de différents coins du pays. Younès Mohamed, qui les a côtoyés, se souvient d’eux : Mokrane, originaire de Kabylie, Rachid, d’Alger, Abdallah, d’Oran, Ahmed, de Chebli, Belkacem, de Soumaa, Medihoum, de Bouinan, Omar de Bir Ghebalou, Hadj, d Affreville ( Khemis-Miliana), Hamid et Soufi. Ces derniers ont fait la guerre d’Indochine. Ils sont les deux premiers chefs de groupe.

Rachid et Abdallah sont des déserteurs de l’armée française. Hadj, ancien militant du MTLD, a dirigé un groupe S M A.

Mustapha se dirige vers le sud – ouest à travers le chemin de chèvres. Son arrivée au maquis est annoncée à Souahlia, une fraction du douar Beni Mileuk. Là, il rencontre Ahmed Ghebalou. Leurs familles se connaissent.

Ahmed Ghebalou, fils de commerçant, a quitté les bancs du lycée franco-musulman de Ben Aknoun (Alger), au mois de mars 1956, et rejoint le P C de la région d’Alger, dans la montagne de Béni Micera.

2 - ADOUIYA.

Ahmed Ghebalou, que nous appellerons par son nom de guerre H’mimed, fixe son choix sur

Adouiya pour implanter les premiers jalons de l’A L N.

Adouiya, une fraction du douar Béni Mileuk, est située à plus de cinquante kilomètres au sud – ouest de Cherchell. Les conditions naturelles du lieu sont favorables à l’installation d’un maquis. Du pic dénudé on observe la mer et les hauts – plateaux de l’arrière-pays. Adouiya est à mi-chemin de Dupleix (Damous) et de Carnot (Abadia). La région est dominée par la famille ancestrale des Ghobrini. Le maquis qui s’installe colle aux djebels Hanngout et Sidi Bernous. Le lieu est favorable au repli.

Le taleb Si Ahmed, contacté à partir d’Affreville (Khemis-Miliana), sa ville natale, a préparé le terrain. « C’est un homme influent. Il rayonne sur la zaouia » dit Mustapha. La kobba sert de lieu des premières réunions.

H’mimed charge Mustapha de l’organisation du secteur. Dans ces lieux escarpés, éloignés de la côte, l’ignorance est criante. « Il faut combattre avec beaucoup d’habileté l’idolâtrie », dit Mustapha.

Tout est à faire :

- recruter des moussebiline

- organiser le ravitaillement

- aménager des caches

- construire des abris

- organiser les liaisons et les renseignements

« De là, s’est faite la jonction avec le maquis de Ténès », dit Mustapha. Djebel Bissa est juste au nord.

3 - DOUAR BOUHLLAL.

L’implantation du maquis au douar Bouhllal est facilitée par des hommes comme Bouridje Abdelkader qui a préparé les premiers refuges avec l’aide de ses proches.

H’mimed, dès son arrivée sur les lieux, rassemble les montagnards. Les nouvelles recrues de la ville de Cherchell sont là. L’équipe fanion du Mouloudia est presque au complet : les frères Bendifallah, Ali et Mahieddine, Zegrar Abdelkader dit Akchiche, Younès Abdelkader, Bouchema Lakhdar, Youcef-Khodja Abderrahmane, Roumani Tayeb, Bouamrani Mohamed, Fendjel Mohamed, Tayeb Abdelkader, Rebzani Yahia. Sont là également Hakem Hamid (un ancien membre de la section de Cherchell du P C A), Chenoui Amar, Younès Mohamed, Ben Allel Mustapha, Bellahcène Sadji, Cherfaoui Abdelaziz, Benmiloud Djelloul, tous les quatre évadés de la prison de Cherchell depuis plusieurs semaines. Ils ont erré dans la montagne avant de rencontrer le groupe. .

« C’est moi qui ai reçu tous les jeunes venus du Mouloudia dont je suis, avec Omar Heraoua, un des membres fondateurs.

Carte de la wilaya d’Aïn Defla

4- LES ARMES DE MAILLOT.

Les armes de Henri Maillot, amenées par Mustapha de la ferme de Smail Kouider, à Oued Ebda, où elles étaient en transit, sont réparties entre les djounoud. La mitraillette Thompson fait l’objet d’une vive discussion. Ahmed Noufi, que tout le monde appelle Abdelhaq, la veut. Elle lui revient finalement. Il la remettra après à Chémayenne Moussa. Moha-Bouzar, venu du maquis du Zaccar, prend une part du lot.

Mustapha apprendra, après la guerre, que la cheville ouvrière du transfert des armes de Blida à Oued Ebda a été Odet Voirin. L’histoire du transport des armes enlevées par Henri Maillot le 4 avril 1956 est à écrire. La chaine humaine formée par Hamid Allouache, Nour Eddine Rebah, Denise Duvalet, Jocelyne et Auguste Chatain, Belkacem Bouguerra, Jean Farrugia, Célestin Moreno, Marcel Montagné, Bachir Korchi, Docteur Jean Masseboeuf, Nicolas Zanettacci, a usé d’ingéniosité pour que ces armes arrivent entre les mains de l’A L N.

5- LE COMMANDO DE ABDELHAQ..

Abdelhaq s’appuie sur les éléments formés dans l’armée française pour constituer son commando de choc. Les groupes se forment autour de ceux qui ont fait la guerre d’Indochine ou « le peloton ». Ces groupes effectuent d’incessants déplacements à travers la montagne. Leurs premières tâches consistent à protéger les fidaiyine qui s’approchent des centres de colonisation pour commettre les attentats. « Les sabotages sont exécutés selon un calendrier bien établi, raconte Mustapha. Il y a la nuit des poteaux électriques, la nuit des poteaux téléphoniques, la nuit du sabotage des routes le long de la côte, la nuit des incendies de fermes et du sabotage de la vigne, etc. »

A chacun de ses passages dans les douars, Abdelhaq renforce son commando. A Béni Berri, il prend Yahia, à Béni Bouaiche, Moussa. Les deux ont appris l’art de la guérilla en Indochine. Au sud de Cherchell, ils sont rejoints par Abdi Abdi qui a fait lui aussi la guerre d’Indochine. « C’est un vigoureux montagnard qui porte sur ses épaules une mitrailleuse comme on porte un porte-plume », dit Mustapha. « Concernant Chemayenne Moussa, un tireur hors pair qui a rejoint le groupe lors de notre passage à Sidi Semian, j’ai insisté, poursuit-il, pour qu’on le prenne. Comme il servait de guide aux Européens dans la chasse au sanglier, dans la période qui a précédé l’insurrection, on ne voulait pas de lui. Je l’ai protégé. Il s’est conduit en héros. Il est mort à Koudiet Bel Lazem, près de la ville, au-dessus de la Pointe-Rouge. A la suite d’un attentat réussi, les militaires français l’ont pourchassé. Il a bataillé jusqu’à la dernière cartouche, seul contre tous.

°°°

Source : https://nourhistoire.blogspot.com/2021/08/un-article-de-mohamed-rebah-en-hommage.html

samedi, août 28, 2021

un Article de Mohamed Rebah en hommage à l’oncle Mustapha Saadoun à l’occasion du 26 Aout le jour de sa naissance.

Il y a 103 ans, Mustapha Saadoun

Il y a 103 ans, le 26 août 1918, naissait Mustapha Saadoun, ancien commissaire politique au maquis de Cherchell, ancien membre du comité central du Parti communiste algérien (PCA).
Il arriva au maquis de sa région natale, au mois de juillet 1956, au moment de sa constitution. Doté d’une capacité politique remarquable, il reçut la responsabilité de l’organisation du vaste douar de Sidi Semiane qu’il connaissait bien. Membre du conseil régional, il collabora à l’élaboration de la cartographie de la région. Il apporta son savoir-faire à l’opération de développement du maquis.
En janvier 1957, il fut muté à la région de Blida - Médéa où il intégra la katiba Zoubiria conduite par Lakhdar Bouregaa ;
En 1960, il rejoignit le Maroc à la demande de ses supérieurs.
Dans mon livre Des Chemins et des Hommes, j’évoque le combat de Mustapha Saadoun pour une Algérie juste et solidaire

Mohamed Rebah
Chercheur en histoire. Auteur

°°°

Source : https://nourhistoire.blogspot.com/2021/08/14.html

lundi, août 30, 2021

Dans l’arrondissement de Cherchell
A 100 kilomètres à l’ouest d’Alger
LE CAMP DE REGROUPEMENT DE MESSELMOUNE

(1958-1962)

Ils étaient 2378 montagnards dont 286 enfants enserrés sur la plage de Messelmoune, d’une étendue de trois hectares environ, à l’ouest de l’embouchure de l’oued dont elle porte le nom.
Déplacés de force, ils avaient quitté, en pleine chaleur de l’été 1958, la montagne du Dahra qui domine la côte - ouest du littoral Cherchellois. Dans la cartographie militaire, cette zone, située à une centaine de kilomètres à l’ouest d’Alger, représentait un sous-quartier placé sous le contrôle direct du Deuxième Bureau du 22 ème régiment d’infanterie, installé depuis deux ans dans la région de Ténès.
Pour la population de ces montagnes en guerre, tout a basculé un lundi 25 août 1958. Des soldats français patrouillaient à Titouilt, dans le douar Bouhlal, entre les hameaux de Hayouna et de Mesker, quand ils tombèrent dans une embuscade tendue par les maquisards de l’ALN. L’accrochage très sévère fit des morts et des blessés. Le Deuxième Bureau dirigé par le lieutenant Lacoste réagit immédiatement en procédant à un vaste ratissage. L’opération menée par de nombreux soldats et des harkis de Anneb et d’Aghbal dura trois jours. La population fut évacuée et toutes les maisons brûlées. Les flammes étaient vues de Cherchell, à vingt kilomètres à la ronde.

Le déplacement forcé
Récit de Fatma Arridj, âgée de 75 ans, rencontrée à Messelmoune où elle réside.

« J’habitais une masure à Immalayou, près d’un oued, à un kilomètre au sud de Hayouna. Je me trouvais à la maison avec mes quatre enfants (un garçon et trois filles dont une handicapée), quand les soldats français ont défoncé la porte. Je n’avais jamais vu de Français avant la guerre. Ils nous ont sortis sans ménagement et ont mis le feu à ma demeure. Mon mari était dans la forêt voisine.
Nous avons retrouvé les autres membres de la famille Arridj, sortis eux aussi de force de leur maison. Ainsi regroupés, nous avons été, en colonne par deux, conduits au centre de Hayouna. Je n’avais rien pris avec moi. D’ailleurs je n’avais pas grand-chose. Issue d’une famille très pauvre de Souahlia, j’ai été mariée, à l’âge de dix-sept ans, à Mohamed Arridj, veuf avec deux filles et deux garçons dont l’un avait presque mon âge.
Les maquisards étaient arrivés à Hayouna au début de l’été 1956. Ils venaient de la ville de Cherchell, des gars instruits, à l’allure sportive, me disait mon mari. Comme les autres femmes d’Immalayou, je leur préparais les repas. L’ALN – el djeich comme on l’appelait - tenait à payer la nourriture. J’ai su que mon mari leur servait de guide dans les sentiers de cette montagne qu’ils foulaient pour la première fois.
Au printemps 1958, l’armée française procéda à un grand ratissage, à la suite d’une embuscade meurtrière tendue par les maquisards, à Attrache, pas loin d’Immalayou. Les soldats sont venus nous interroger pour savoir si des « fellagas » étaient passés chez nous. Puis les avions ont commencé à bombarder Hayouna et les environs. Ce fut l’enfer. J’ai pris mes enfants et me suis mise à courir dans tous les sens. Deux bombes sont tombées tout près de moi. Sous les bombardements, mon fils Djelloul âgé de 13 ans est mort. Ma fille, Aïcha, fut grièvement blessée. Je l’ai retirée de sous les décombres, brûlée. Elle avait cinq ans.
Cette année était terrible. Nous vivions la guerre chaque jour, quand, vers la fin du mois d’août, les militaires nous ont sortis des maisons pour nous emmener loin de chez nous. Le déplacement s’est fait dans des camions militaires. Je n’ai cessé de pleurer tout le long du voyage. Ma fille handicapée souffrait.
Nous sommes arrivés, sur la route goudronnée, exténués. La nuit tombait. Sur la plage, nous avons dormi sans manger. Nous étions sans toit. Dans les ténèbres. Les femmes, sous le choc, pleuraient sur leur sort. Les harkis rôdaient autour de nous. Ils nous faisaient peur. La peur de l’humiliation. Mes enfants, dénudés, se sont blottis contre moi. Je n’ai pas fermé l’oeil de la nuit. Au petit matin, je voyais la mer tout près de moi. J’y ai mis les pieds pour la première fois. Du haut de Hayouna, elle me paraissait une étendue lointaine, insaisissable.
Pour protéger mes enfants des rayons du soleil qui commençait à frapper fort, je suis allée, avec d’autres femmes, à la lisière de la forêt qui s’étalait le long de la route étroite, ramasser des branchages pour construire une petite hutte.
Les soldats sont passés nous remettre un morceau de pain et une tomate chacun. « Pour la journée », nous ont-ils dit. Je garde en mémoire cette journée passée, pour la première fois, loin de chez moi. Le désœuvrement m’accablait. J’étais là à attendre à ce qu’on me donne un morceau de pain, moi qui n’ai jamais demandé l’aumône.
Les premiers jours, il y a eu beaucoup de morts au camp. Surtout chez les enfants qui succombaient à la dysenterie. Les militaires, qui nous avaient entassés dans ce réduit, semblaient dépassés. Nous étions arrivés en catastrophe. Rien n’avait été prévu. Ni abri, ni sanitaires, ni ramassage des déchets. Les détritus s’amoncelaient. Heureusement qu’il y avait les vagues boueuses pour les balayer.
Les nuits étaient fraîches. On ne nous a remis des couvertures qu’aux premières averses.
Notre quotidien commença à s’améliorer avec l’arrivée, quelques jours après, des gens de Souahlia qui avaient ramené avec eux des vivres et des chèvres. Les hommes ont pu trouver du travail. Ils se sont employés comme manœuvres dans la construction des logements pour les harkis. Certains, recrutés dans les groupes d’auto-défense, recevaient une petite solde. Le camp, surveillé à partir de la tour élevée au bord de la route goudronnée, fut entouré d’une double rangée de fils barbelés ne laissant qu’une seule issue.
Les militaires nous ont fourni des matériaux pour construire des gourbis. Un jeune médecin militaire français, installé dans une cabane à l’entrée du camp, recevait chaque jour beaucoup de malades, des enfants surtout. Des enfants sans souliers, portant pour tout habit une longue camisole.
Au début de l’année 1960, les militaires m’ont permis de me rendre à Staouéli pour faire soigner ma fille Aïcha dont l’état de santé empirait. La nièce de mon mari m’a hébergée. Pour subvenir à nos besoins, mon fils Mohamed s’est employé comme garçon de ferme chez un colon. Ma fille est morte le 10 juillet de la même année. Elle est enterrée au cimetière de Sidi Ferruch. Je suis retournée au camp, à Messelmoune, où mon père nous a rejoints à sa sortie de la prison de Gouraya.
En 1961, soit trois années après notre arrivée au camp, la situation a changé. Le comportement des militaires s’est humanisé. Notre quotidien s’est amélioré Les hommes pouvaient aller travailler dans les champs voisins, chez les colons d’Oued Sebt. On nous a même autorisés à retourner à la montagne pour la collecte des figues puis des olives. Arrivée à Hayouna, j’ai trouvé la désolation. Quelques arbres avaient survécu à la guerre. Les hameaux étaient calcinés.
Au cessez-le-feu, nous nous trouvions au camp. La fin de la guerre fut un soulagement. Nous sommes retournés à Immalayou quelques jours après. Le 3 juillet, je suis redescendue à Messelmoune avec mon mari pour voter. P Je suis remontée de nouveau après les fêtes de l’indépendance. La cueillette des olives finie, toute la grande famille Arridj a quitté la montagne. A Messelmoune, nous avons occupé les maisons en dur abandonnées par leurs occupants. C’étaient les maisons que les hommes du camp, soumis à la corvée, avaient construites pour les harkis.
Quelques semaines plus tard, le camp fut rasé. Aujourd’hui, sur la plage, l’été venu, les gens y plantent des parasols aux couleurs verdoyantes, mais, moi, j’y vois toujours le gourbi où j’ai passé une partie de ma vie dans la misère et la peur de l’humiliation. »

LE REGROUPEMENT MASSIF DES POPULATIONS
Le procédé du regroupement massif des populations fut appliqué à une grande échelle par le gouvernement français en 1958. Ce n’était pas nouveau. En 1845, dans son « Etude sur l’insurrection du Dahra », l’officier de l’Armée d’Afrique, Charles Richard, écrivait : « La première des choses à faire pour enlever aux agitateurs leurs leviers, c’est d’agglomérer les membres épars du peuple, d’organiser toutes les tribus qui nous sont soumises en « zemalas » (campements)…Les Arabes ainsi emprisonnés seraient à notre disposition… »

LES CAMPS DE L’ARRONDISSEMENT DE CHERCHELL
(1959)

En 1959, l’administration de l’arrondissement de Cherchell a recensé douze camps de regroupements placés sous le contrôle du Deuxième Bureau du 22 ème régiment d’infanterie.

Sur le littoral :

Messelmoune : 2378 personnes
Oued Sebt : 787 personnes
Fontaine du Génie : 1296 personnes
Novi : 1666 personnes
Cherchell : 2678 personnes

Dans la montagne :

Bouzerou : 1523 personnes
Rhardous-sud : 137 personnes
Rhardous-nord : 2026 personnes
Issabène : 1272personnes
Marceau : 3003 personnes
Ferdjana:259 personnes
Zurich : 772 personnes
Marabout-Sidi Simiane : 3012 personnes

Soit 21 991 montagnards dont 2235 enfants resserrés dans des camps.

TAMLOUL

au sud de Rhardous

Témoignage d’un déporté : Hammiche Djelloul

Agé de 75 ans, Hammiche Djelloul vit dans la montagne, à Sidi Djillali, à plus de vingt kilomètres au sud de la route nationale (Cherchell-Ténès).

Au mois de mars 1959, il est conduit de force au camp de regroupement de Rhardous-Tamloul, accompagné de sa mère, son épouse, ses trois frères et sa sœur. Après les avoir chassés de leur maison, les militaires et les harkis ont tout brûlé, se souvient-il de cette terrible journée.

Hammiche Djelloul raconte :

Je suis né à Bouyali, en pleine montagne. Comme tous les enfants de cette région des Ouled Larbi du douar Sidi Semiane, j’ai passé mon enfance et mon adolescence au milieu des chèvres que je conduisais dans les près. Devenu adulte avant l’âge, je suis descendu dans la plaine de la Mitidja pour travailler dans les fermes des colons. Je travaillais tantôt dans les écuries tantôt comme ouvrier agricole à la saison des vendanges. Des étoiles aux étoiles pour un maigre salaire. J’ai connu la misère.

Les maquisards de l’ALN, venus dans la région de Rhardous l’été 1956, ont demandé aux gens de ne plus travailler chez le colon. Ils m’ont confié des tâches de sabotages des poteaux téléphoniques et de surveillance des convois des militaires français.

Les harkis qui accompagnaient les soldats, lors des ratissages, volaient notre nourriture.

Au mois de mars 1959, après avoir tout brûlé sur leur passage, les militaires m’ont envoyé moi et ma famille dans un lieu appelé Tamloul, situé entre deux chemins, au sud de Sidi Semiane. Un vaste terrain entouré de plusieurs lignes de barbelés. On a pu emporter quelques effets, de la nourriture et du bétail (vaches et chèvres). Le reste a été la proie du feu. A Tamloul, des gens ont été amenés des hameaux environnants. Les familles étaient réparties en ilots. Les premiers jours étaient terribles. A la faim s’ajoutaient les brimades des harkis.

On nous a permis de travailler dans un périmètre bien délimité. Au-delà, c’était la mort qui nous attendait. J’ai assisté à la mort des enfants et des vieillards. Il y avait une infirmerie au camp, mais elle ne suffisait pas tellement il y avait de malades. Les trois fontaines installées à l’une des deux placettes ne suffisaient pas non plus.

Nous étions surveillés. Nous avions perdu l’intimité dans laquelle nous avions vécu à la montagne.

Malgré toute la surveillance des harkis et des militaires, des moudjahidines arrivaient à pénétrer dans le camp. Ils venaient se nourrir et se reposer et organiser la résistance. On arrivait à sortir de la nourriture à travers les barbelés que des relais faisaient parvenir aux maquisards restés dans la montagne.

En 1961, les militaires nous ont demandé de voter pour de Gaulle. Il y avait un bureau de vote au camp. Nous avons appris le cessez-le feu, au mois de mars 1962, par la radio.

A l’indépendance, en 1962, les responsables de l’ALN nous ont laissé le choix de retourner à nos lieux d’origine. Nombreux sont restés. Nous, nous sommes allés à Sidi Djillali, où je vous reçois.

Nous avons reçu l’aide de l’ALN les premiers jours sous forme de sacs de semoule. J’ai repris ma vie de paysan que je mène jusqu’à ce jour.

Par Mohamed Rebah – Chercheur en histoire