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« Entre l’Algérie et le Maroc, la situation peut déraper à tout moment »

samedi 25 septembre 2021, par siawi3

Source : https://www.letemps.ch/monde/entre-lalgerie-maroc-situation-deraper-moment?utm_source=Newsletters&utm_campaign=9e4627ffa5-newsletter_briefing&utm_medium=email&utm_term=0_56c41a402e-9e4627ffa5-109473233

« Entre l’Algérie et le Maroc, la situation peut déraper à tout moment »

Léa Masseguin

Publié vendredi 24 septembre 2021 à 10:07
Modifié vendredi 24 septembre 2021 à 10:23

Entre l’Algérie et le Maroc, rien ne va (vraiment) plus. Moins d’un mois après l’annonce de la rupture des relations diplomatiques entre les deux voisins, Alger remet une pièce dans la machine. Le pays a annoncé mercredi la fermeture immédiate de son espace aérien à tous les avions civils et militaires marocains ainsi qu’à ceux immatriculés dans le royaume chérifien. De quoi exacerber la crise diplomatique entre Alger et Rabat, qui pourrait même « déboucher sur une confrontation militaire », estime Kader Abderrahim, spécialiste du Maghreb et auteur des ouvrages Géopolitique de l’Algérie (2020) et Géopolitique du Maroc (2018), chez Bibliomonde.

Jusqu’où peut aller la dégradation des relations algéro-marocaines ?

On a atteint un point d’orgue : les relations diplomatiques sont rompues, l’espace aérien algérien est fermé aux Marocains, les frontières terrestres sont closes, réduisant à néant tous les mouvements de population. Les échanges économiques, déjà très modestes, sont désormais quasiment nuls entre les deux pays. Dans ce contexte, la situation peut déraper à tout moment et déboucher sur une confrontation militaire. Elle n’est toutefois dans l’intérêt de personne : ni des principaux protagonistes, ni des principaux partenaires d’Alger et Rabat, notamment européens.

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Historiquement, les relations entre Alger et Rabat ont toujours été tumultueuses. En quoi ce nouveau pic de tensions est-il particulier ?

Ces tensions diplomatiques sont particulièrement inquiétantes dans un contexte de recomposition géostratégique dans la région, où sévissent des groupes terroristes et des mafias. L’ensemble du Maghreb est en situation de délitement, tandis que la bande sahélo-saharienne est devenue une zone de non-droit, d’instabilité chronique.

Quel est l’intérêt de l’Algérie d’adopter une telle stratégie ?

L’Algérie se trouve marginalisée sur le plan diplomatique et isolée sur le plan politique. Sans oublier la contestation interne que subit le régime. Il n’a pas su saisir la main tendue du « Hirak », ce mouvement de contestation qui réclamait la fin du système politique et la construction d’un Etat de droit démocratique. Les dirigeants algériens font face à d’immenses défis qu’ils sont incapables de relever et qui les poussent à adopter cette stratégie défensive. Que faire de mieux que de jouer sur les vieilles ficelles nationalistes et patriotiques pour détourner le regard des véritables problèmes ?

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N’est-ce pas aussi une manière pour Alger de rebondir sur le nationalisme arabe alors que le Maroc a normalisé ses relations avec Israël ?

Les options qui ont été choisies lors des indépendances ont été très différentes entre le Maroc et l’Algérie. Le premier a choisi le camp occidental avec une économie plus ouverte, tandis que la seconde a choisi le mouvement des non-alignés, dont elle a été l’un des porte-parole avec l’ex-président Abdelaziz Bouteflika. A l’époque, Alger avait une diplomatie flamboyante. C’est totalement l’opposé aujourd’hui, même si le ministre des Affaires étrangères, Ramtane Lamamra, a compris que le pays avait trop longtemps été paralysé à l’international. Mais c’est insuffisant.

La rupture des relations avec Rabat ne risque-t-elle pas de l’isoler un peu plus ?

C’est un coup de poker. Alger tente de ramener vers lui des pays qui avaient plutôt opté pour le soutien au Maroc sur la question du Sahara occidental, notamment au sein de l’Union africaine. Mais si ça ne fonctionne pas, cette stratégie pourrait accentuer la crise politique et même coûter la survie de l’exécutif, notamment du président algérien, Abdelmadjid Tebboune.

De son côté, le Maroc semble avoir le vent en poupe sur la scène diplomatique…

Alors que l’Algérie reste figée sur des schémas qui datent des années 70, le Maroc a mis en œuvre une nouvelle diplomatie ces quinze dernières années et réorienté son économie. Le royaume a considérablement renforcé ses relations avec l’Afrique, à la fois francophone et anglophone. Royal Air Maroc est désormais l’une des premières compagnies aériennes du continent. Le retour du pays au sein de l’UA a permis de renforcer progressivement sa position sur la scène continentale, de développer ses thèmes de prédilection comme la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental, et d’obtenir des postes de visibilité au sein de l’exécutif de l’organisation. D’autant que de nouveaux acteurs stratégiques sont apparus sur le continent ces dernières années, notamment la Chine, la Russie et la Turquie.

Comment se positionne la communauté internationale, et plus particulièrement la France, sur les tensions entre Alger et Rabat ?

Jusqu’à présent, les partenaires directs de l’Algérie et du Maroc ont fait le service minimum. Or les tensions sont montées d’un cran et l’absence de médiation européenne risquerait d’envenimer un peu plus la situation. La France est très embarrassée, fait le grand écart en permanence entre les deux pays, bien qu’elle ait tendance à être plutôt favorable à la position marocaine sur la question du Sahara occidental. Or elle a des intérêts à préserver, les diasporas algérienne et marocaine sont très importantes en France et elle ne peut pas faire comme si elles n’existaient pas. Le Maghreb est en train de se déliter et Paris a plutôt intérêt à jouer les médiateurs plutôt que d’être attentiste. Une confrontation militaire entre l’Algérie et le Maroc serait catastrophique pour tous.