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France : Mésusage du mot résilience et laïcité

dimanche 26 septembre 2021, par siawi3

Source : CREAL - Combat Laïque 76 N° 82 -Septembre 2021 -page 8

Cette rubrique a pour objectif d’apporter des précisions sur des mots ou expressions que le débat d’idées livré au grand public rend bien souvent d’une compréhension difficile ou dont l’ambigüité sème la confusion. Ces mots -parfois des néologismes, parfois sortis de l’oubli -sont souvent porteurs d’une histoire et peuvent être, dans certains contextes, porteurs d’une charge idéologique.

Mésusage du mot résilience et laïcité

La résilience est devenue un mot à la mode sous le quinquennat Macron. Que ne l’a-t-on entendu, employé à toute occasion ? Après tout, trente ans après la fracture sociale de M. Chirac, la résilience -la réparation du trauma -serait bienvenue ! Cependant, l’emploi de ce terme a de quoi inquiéter.

La résilience a questionné en premier lieu les militaires américains au cours de la Seconde Guerre mondiale, autour de deux problématiques. La première a été les effets inattendus des bombardements massifs des villes allemandes. Loin de pousser les habitants à se révolter, les stratèges alliés ont constaté avec dépit qu’ils avaient plutôt tendance à faire bloc derrière le régime. Le second aspect consistait à penser (et panser...) les traumas des soldats psychologiquement émoussés par les combats en mettant de côté la méthode Patton, ce général qui avait entrepris de gifler les soldats choqués par les combats.

C’est qu’en psychologie, la question de la résilience est consubstantielle à celle du trauma. Le trauma, c’est la fracture dans une histoire de vie. C’est le moment où la personne passe si près de la mort et du non-sens que la réalité devient moins tangible que celle d’un rêve. Le trauma est la blessure létale du psychisme. Or tout le monde ne se laisse pas dépérir à vivre un trauma, si fort soit-il. Le processus de reconstruction, le processus qui consiste à faire avec le trauma (quitte à ce qu’il devienne oublié et ressorte sous forme de symptômes) se nomme la résilience. Feu Bernard Stiegler parlait à ce titre d’apprendre à panser.

La résilience ne s’invoque pas, ne se provoque pas, n’en déplaise à M. Macron. C’est un processus subjectif, un parcours possible seulement si les conditions psychosociales sont réunies –c’est là qu’entrent en scène les psychologues au travers de méthodes spécifiques.
Une partie de ces méthodes consiste à objectiver ce qui a causé le trauma, une autre consiste à déterminer des repères symboliques qui permettent de le dépasser.

Sauf peut-être dans le film Portier de nuit, ce qui a causé le trauma ne peut participer à la « guérison », à la résilience (la résilience n’est pas équivalent à une guérison, mais nous simplifierons pour l’occasion). Or justement, de quel trauma s’agit-il de « guérir » lorsque Macron parle de résilience ? À chacun de le déterminer, mais le traitement de « la question sociale » par l’État, de façon historique, a presque toujours participé au trauma et non à la résilience. Disons-le, plus que jamais, les gouvernants actuels incarnent davantage ce qui est la cause du trauma vécu par la société plutôt que son espoir de résilience.

Pire même, le second aspect de la résilience que nous avons qualifié de dimension symbolique permettant de dépasser le trauma, réside en l’appropriation d’espaces tiers. Or les espaces tiers favorisant l’expression (le monde associatif, les arts...) et le système de soin (la psychiatrie en premier lieu) ont été à ce point abandonnés qu’ils sont eux-mêmes traumatisés.

En l’absence de ces espaces laïques, que reste-t-il au peuple pour effectuer cette résilience ?
Les principaux acteurs sont les religions et les groupes extrémistes qui se sont spécialisés dans la reprise au vol des personnes socialement et psychologiquement traumatisées. Que l’on pense aux born again dont faisait partie l’ancien président Bush ou aux laissés-pour-compte du monde social tels que décrits par Dejours dans son ouvrage Conjurer la violence, qui trouvent dans des groupes affinitaires violents et/ou religieux les modalités de « vivre avec » un trauma causé par la violence sociale –au lieu de le dépasser.