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France : Inégalités, mépris, barbarie

lundi 27 septembre 2021, par siawi3

Source : http://www.creal76.fr/medias/files/combat-laique-n-82-septembre-2021.pdf#page=2

Inégalités, mépris, barbarie

Francis VANHÉE,
président du CREAL76

le 21.09.21

Trois informations permettent de voir l’indécent accroissement des inégalités dans cette période de pandémie.
La première se trouve dans Le Monde du 6 août qui titrait en une : « La reprise offre au CAC 40 des profits record » avec 50 milliards € pour le premier semestre 2021. « Les groupes prospères avant la crise le sont davantage aujourd’hui. »
De son côté, le Secours populaire publie le 9 septembre un baromètre montrant l’extension majeure de la précarisation affectant -et encore plus pour les jeunes -logement, alimentation, éducation, santé.
Enfin, l’ONU note que « ceux qui vivaient déjà sur le fil du rasoir ont été durement et disproportionnellement touchés par l’augmentation des prix de la nourriture, la chute des revenus, l’interruption des programmes de vaccination et la fermeture des écoles1.

En quoi cela concerne-t-il la laïcité ?

Fondée sur l’égalité, la laïcité s’intéresse nécessairement aux questions sociales sans la résolution desquelles elle ne peut triompher. La non satisfaction des besoins de première nécessité peut rendre des populations sourdes à la défense de principes universels qui resteraient -sans exigence de concrétisation -à l’état de proclamations. Ceci facilite les manœuvres et surenchères d’apprentis sorciers politiques, religieux, identitaires. L’histoire a montré la concomitance des conquêtes sociales et démocratiques avec les progrès de la laïcité. Hélas ! l’inverse est vrai. C’est pourquoi il nous faut lier le combat laïque au combat social. S’ajoute la menace environnementale qui concerne non seulement le cadre de vie des sociétés mais la vie elle-même.
Rahan nous dit : « [...]à la fin de ce siècle les mammifères et les oiseaux de plus de 10 kg auront disparu à l’état sauvage en zone intertropicale. » (voir Être grand, page 20) Le dernier rapport du GIEC (Groupement d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) pointe les activités humaines comme facteurs de dégradation. À ces constats, il convient de s’interroger sur la responsabilité d’un système maintenant mondialisé : le capitalisme.

Mépris

Durant les Trente Glorieuses ayant suivi la Seconde Guerre mondiale, pondéré par l’État social, le capitalisme a pu présenter un visage désirable : amélioration du ni-veau de vie, d’éducation, de santé et ère de la consommation. Il semble désormais que ce système qui détruit l’État social, les services publics, saccage la planète, n’offrant que la compétition entre tous, l’obsolescence et le consumérisme, la numérisation à grande vitesse et la surveillance généralisée n’entraine plus l’adhésion de la population.
Ce divorce génère des gouvernances antidémocratiques, autoritaires et le pouvoir comme les partis politiques sont délégitimés au travers d’abstentions électorales record : 79 % chez les jeunes et 70 % pour les classes populaires au dernier scrutin. On gouverne au service des nantis sans le peuple et contre le peuple.

Les lois liberticides, le non-respect de la démocratie institutionnelle même formellement dans tous les domaines y compris celui de la pandémie gérée par le Conseil de défense -dont les débats sont « classifiés 2 », c’est-à-dire secrets -accompagnent un refus de la séparation des pouvoirs, un mépris de la population confinant à la haine de classe. Les exactions policières ou celles d’un Benalla en offrent des exemples. « Étrange étrangeté que cette Liberté qui insulte, que cette Égalité qui méprise, que cette Fraternité qui fracture. À torturer les principes, on en fait des coquilles vides » proclame Hocine Kerzazi dans un article intitulé Zemmour relaxé, musulmans condamnés.

La lutte contre les extrêmes droites politiques et religieuses et contre le cléricalisme est plus que jamais nécessaire. Le peuple (laos d’où vient le mot laïque) ne peut pas connaître de jours heureux sous la férule des clercs (kleros d’où vient clergé) qui prétendent régenter les sociétés, que ces clercs soient religieux ou politiques au service de dogmes libéraux.

La primauté de la loi divine a été exprimée de la façon la plus absolutiste par Salah Abdeslam au début du procès des attentats du 13 novembre 2015. Certains, à gauche, n’osent plus prononcer le mot laïcité, abandonnant un principe de liberté à leurs ennemis, alimentant l’archipélisation identitaire de la société, privant les peuples d’un outil d’émancipation et d’unité nécessaire face à l’émiettement politique actuel. Ce principe d’avenir commun est indispensable dans la lutte contre la barbarie, que ce soit en Afghanistan ou ailleurs.

Notes :
1. Convergence n° 373, automne 2021 (magazine du Secours populaire français)
2. Pour enquêter sur les plaintes contre Agnès Buzyn, ministre de la Santé démissionnaire en février 2020 mise en examen par la Cour de justice de la République le 10 septembre, le service spécialisé de la gendarmerie a dû de-mander la déclassification de documents à la Commission du secret de la défense nationale (qui peut s’y opposer).