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Violences sexuelles dans l’Église catholique : à l’étranger, un processus d’enquête déjà bien amorcé

jeudi 14 octobre 2021, par siawi3

Source : https://www.mediapart.fr/journal/international/051021/violences-sexuelles-dans-l-eglise-l-etranger-un-processus-d-enquete-deja-bien-amorce

Violences sexuelles dans l’Église catholique : à l’étranger, un processus d’enquête déjà bien amorcé

mardi 5 octobre 2021,

par Christophe GUEUGNEAU , David PERROTIN

À l’étranger, de nombreuses enquêtes ont déjà été menées sur les violences sexuelles dans l’Église. Elles ont mis en lumière des milliers de victimes et à chaque fois la responsabilité des institutions catholiques.

C’est un témoignage parmi d’autres, contenu dans le rapport réalisé par l’Inserm et l’EHESS consacré aux violences sexuelles dans l’Église catholique française (lire notre article) et qui révèle l’existence d’au moins 200 000 victimes.

Bernard a 73 ans, il a été abusé à l’âge de 11 ans par un vicaire : « Il n’a jamais parlé avant l’âge de 70 ans des atteintes sexuelles qu’il pense avoir subies. Jusque-là, il avait gardé une vision de l’événement qu’il qualifie de “souvenir supportable”. La sortie du film Spotlight[en 2015 – ndlr] et les résultats de la commission d’enquête australienne lui font dire que, lui aussi, il a été agressé. »

Un tel témoignage n’est pas anodin. Si la France semble, depuis 2018 et la mise en place de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église (Ciase), qui rend son rapport le 5 octobre, commencer enfin à ouvrir les yeux, elle affiche un long retard par rapport à d’autres pays.

À l’étranger, comme le retrace le rapport de l’Inserm, des commissions d’enquête ont été lancées bien plus tôt, après la révélation de nombreux scandales, notamment aux États-Unis en 2004, en Irlande en 2005, aux Pays-Bas en 2010 ou en Australie en 2012. Toutefois, peu de commissions ont pu, comme la Ciase, livrer une estimation générale du nombre de victimes. Aperçu non exhaustif de travaux réalisés à l’étranger.
Irlande

Dès 1999 en Irlande, la commission Ryan est créée pour enquêter sur les violences sexuelles commises dans les institutions, sur des mineurs, entre 1936 et 1999. Dix ans plus tard, un rapport de 2 500 pages dévoile les témoignages de 1 000 victimes dans 216 institutions différentes (écoles, orphelinats…) impliquant 800 prêtres, frères, religieuses et laïcs. En 2009, un autre rapport (« Murphy ») vise cette fois-ci l’archidiocèse de Dublin et révèle comment 46 prêtres accusés de violences sexuelles sur 125 mineurs ont été protégés par leur hiérarchie, catholique.

Une autre enquête, menée auprès d’un échantillon de 3 000 personnes en population générale, révèle que 1 % des personnes interrogées auraient connu, entre 1940 et 1980, des violences sexuelles commises par un membre du clergé alors qu’elles étaient mineures. De nouvelles conclusions actualisées sont attendues pour 2024.

De nombreuses enquêtes ont été menées à l’étranger impliquant la responsabilité des institutions catholiques. © Photo Sébastien Calvet / Mediapart

États-Unis

Aux États-Unis, ce sont les révélations du Boston Globe adaptées au cinéma dans le film Spotlight qui bouleverseront le pays. Elles visent 90 prêtres accusés d’avoir commis des agressions sexuelles sur 200 victimes dans le diocèse de Boston. Entre autres révélations, deux rapports importants seront rédigés par la suite. L’un porte sur la période 1950-2002 et l’autre couvre celle de 1950 à 2010.

En 2018, la Pennsylvanie sert aussi de référence pour tester une nouvelle approche. L’État a en effet constitué un « grand jury » composé de 23 citoyens dirigés par un procureur qui a remis un rapport édifiant. Au cours des 70 dernières années, plus de 1 000 enfants ont été maltraités par plus de 300 prêtres. Depuis, une douzaine d’États ont lancé des enquêtes similaires. En 2020, une campagne a abouti au dépôt de près de 100 000 plaintes de victimes de violences sexuelles chez les Boy Scouts of America.

Belgique

En Belgique, une première commission constituée dès 2001 a été peu concluante, n’ayant enregistré qu’un faible nombre de dénonciations. En 2010, le scandale de l’évêque de Bruges – il a démissionné après avoir avoué des faits de pédocriminalité pendant plusieurs années depuis 1985 – fait bouger les lignes. Une nouvelle commission indépendante enregistre 475 dénonciations de victimes avant qu’un Centre d’arbitrage soit instauré en 2011. Une commission est alors chargée d’indemniser les victimes. On en dénombre 900 en 2012. En 2020, on comptait 59 nouvelles plaintes, selon un rapport annuel.

Allemagne

En 2013, des universitaires indépendants sont chargés d’enquêter sur les violences sexuelles dans l’Église. Selon leurs conclusions, 1 670 membres du clergé ont abusé de 3 677 enfants entre 1946 et 2015. En mars dernier, un autre rapport commandé par l’Église catholique révélait que des violences sexuelles ont été infligées à 314 mineurs par 202 membres du clergé ou des laïcs entre 1975 et 2018 dans le diocèse de Cologne.

Royaume-Uni

Une commission d’enquête a été établie dès 2014. En novembre 2020, elle a estimé qu’entre 1970 et 2015, 936 religieux catholiques et bénévoles ont été visés par des accusations d’agressions sexuelles. La commission a ainsi identifié 931 plaintes pour violences sexuelles sur des enfants, déposées entre 1970 et 2015, et qui concernent 3 072 violences sexuelles commises sur 1 753 mineurs. Mais d’après leur rapport, ce nombre pourrait être « bien plus important ». Entre 2016 et 2018, environ 100 accusations de violences sexuelles sur des enfants ont été rapportées chaque année.

Pays-Bas

Une enquête indépendante menée à la demande de la Conférence épiscopale néerlandaise et de la Conférence des instituts religieux néerlandais révèle en 2011 que « plusieurs dizaines de milliers de mineurs » ont été victimes de violences sexuelles au sein de l’Église catholique des Pays-Bas entre 1945 et 2010. En 2018, c’est le quotidien national NRC qui dévoile que plus de la moitié des évêques et cardinaux néerlandais actifs entre 1945 et 2010 ont eu connaissance d’agressions sexuelles commises au sein de l’Église catholique.

Australie

Là encore, aucun rapport n’a permis de livrer une estimation générale des victimes de violences sexuelles dans l’Église. Toutefois, la commission royale d’Australie a enquêté sur la période 1950-2010 et publié ses conclusions en 2017. Elle a recueilli le témoignage de 7 000 victimes, et analysé près d’un million de documents permettant de livrer cette estimation : 7 % des prêtres catholiques en exercice durant cette période ont été accusés d’avoir commis des violences sexuelles sur mineurs.

Canada

Le Canada a lui aussi été éclaboussé dès les années 1980 par le scandale des pensionnats autochtones. Des dizaines de milliers d’enfants ont été victimes de sévices physiques et sexuels entre 1850 et 1996. En 2008, une commission « vérité » est mise en place.

Chili

En 2018, les premières révélations de scandales sexuels ont été si déflagratoires que le pape François s’est excusé auprès du peuple chilien. Fait inédit, tous les évêques du pays ont démissionné après la remise d’un rapport accablant la même année. La commission d’enquête mise en place mettait en cause 158 évêques soupçonnés de violences sexuelles sur 266 victimes, dont 178 mineurs. Le parquet national chilien avait aussi annoncé l’ouverture de 119 enquêtes pour des violences sexuelles commises ou dissimulées par le clergé chilien.

Autriche

En 2011, une commission chargée d’enquêter sur l’Église catholique autrichienne révélait avoir enregistré durant l’année écoulée les plaintes de plus de 800 victimes. Les trois quarts des plaintes recensées concernaient des victimes de sexe masculin.

Espagne

En Espagne, il aura fallu attendre mars 2021 pour que la conférence des évêques espagnols reconnaisse pour la première fois l’existence de violences sexuelles au sein de son Église. Si elle se dit disposée à indemniser les victimes, elle refuse qu’une enquête générale soit mise en place. On sait d’ores et déjà que, depuis 2001, 220 prêtres espagnols ont fait l’objet d’investigations du Vatican. Seul le quotidien El País a réalisé une base de données établie après appel à témoins lancé en 2018. Le journal recense près de 364 prêtres ayant commis des violences sexuelles sur plus de 800 victimes.

Dans plusieurs pays, la question de la réparation a également été engagée. Des fonds d’indemnisation de victimes ont ainsi été créés au Canada ou en Suisse.

Christophe Gueugneau et David Perrotin

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Source : https://www.mediapart.fr/journal/france/081021/face-au-rapport-sauve-les-politiques-ne-savent-pas-sur-quel-pied-danser

En France, des centaines de milliers d’enfants abusés sexuellement au sein de l’Eglise catholique – Face au rapport Sauvé, les politiques ne savent pas sur quel pied danser

vendredi 8 octobre 2021,

par Mathieu DEJEAN , Mathilde GOANEC , Pauline GRAULLE , Ilyes RAMDANI

Après que le rapport Sauvé a révélé que des centaines de milliers d’enfants français avaient été abusés sexuellement par des ecclésiastiques, les réactions des responsables politiques, de gauche comme de droite, paraissent timides. Certains demandent néanmoins à la justice d’intervenir et à l’Église de se réformer.

Aucune interrogation, mardi, lors de la séance hebdomadaire de questions au gouvernement. Une réaction à la volée d’Emmanuel Macron, en déplacement en Slovénie, qui a souhaité « que ce travail puisse se poursuivre dans la lucidité et l’apaisement ». Et le service minimum des candidats à la présidentielle…

Au début de la semaine, c’est pourtant un scandale majeur qui vient d’éclater : selon les chiffres d’un rapport réalisé par la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église catholique (Ciase), 330 000 enfants français ont été, depuis 1950, victimes de violences sexuelles par des ecclésiastiques et des laïcs œuvrant au sein de l’Église.

À l’étranger, des révélations du même genre ont, ces dernières années, donné lieu à des prises de parole fortes des plus hautes personnalités de l’État. En 2012, les vice-premiers ministres d’Irlande et d’Irlande du Nord, constatant « l’incapacité des membres éminents de l’Église catholique de protéger les enfants », avaient ainsi appelé à la démission du chef de l’Église catholique du pays, après que le cardinal eut été accusé d’avoir couvert des actes de pédocriminalité d’un prêtre dans les années 1970.

Cet été, le chef du gouvernement canadien, par ailleurs fervent catholique, Justin Trudeau, s’indignait de l’absence de réaction de l’Église après la découverte de centaines de tombes près d’anciens pensionnats autochtones destinés à évangéliser et assimiler les Amérindiens. Annonçant, lors d’une conférence de presse à Ottawa, que le gouvernement allait mettre « la pression sur l’Église et toutes les institutions [pour qu’elles reconnaissent] leur rôle », il a aussi demandé « aux catholiques à travers le pays de parler à leurs prêtres, de parler à leurs évêques, de passer le message qu’il est temps que l’Église catholique reconnaisse [...] sa part de culpabilité ».

Des politiques qui assument d’interpeler une institution religieuse : serait-ce impossible dans une République qui a fait de la séparation de l’Église et de l’État l’un des fondements de son identité ?

« La balle est dans le camp de l’Église »

Trois jours après la révélation du scandale, les politiques français étaient en tout cas peu nombreux à avoir pris des positions fortes sur l’épineux sujet. Gérald Darmanin, ministre de l’intérieur et des cultes, a certes été contraint de sortir du silence après que le président de la Conférence des évêques de France, Éric de Moulins-Beaufort, eut déclaré que « le secret de la confession est plus fort que les lois de la République ». Mais le gouvernement est resté largement en retrait.

Plus largement, il est notable que vendredi 8 octobre, ni Jean-Luc Mélenchon, ni Anne Hidalgo, ni Xavier Bertrand, ni Valérie Pécresse n’avaient encore pris la parole. Pour le reste, les rares à avoir réagi, à l’instar de l’écologiste Yannick Jadot ou du communiste Fabien Roussel, se sont généralement cantonnés à des messages sur les réseaux sociaux faisant part de leur empathie avec les victimes et saluant le travail de la commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église.

Comment aborder politiquement ce sujet, à la croisée des problématiques religieuses, de la protection de l’enfance, du droit et de la lutte contre les violences sexuelles ?

« Ni l’État ni le Parlement n’ont les moyens d’intervenir, la balle est dans le camp de l’Église », estime la sénatrice socialiste Marie-Pierre de la Gontrie, qui argue que le fait même que le rapport Sauvé ait été commandé par l’Église désarme en partie le champ politique. « Le travail actuel est nettement plus abouti que tout ce que nous aurions pu faire, incarné par la personnalité de Jean-Marc Sauvé, incontestable. Sa commission a eu accès aux archives des évêchés, ce que nous n’aurions pas pu faire en tant que parlementaires, faute de moyens », ajoute sa collègue de banc, Laurence Rossignol, qui fut ministre de la famille, de l’enfant et des droit des femmes durant le quinquennat Hollande.

« La difficulté, c’est la coexistence entre le droit canonique et le droit français », ajoute Marie-Pierre de la Gontrie, laquelle examine néanmoins méticuleusement le texte pour voir si des « prolongements législatifs » sont envisageables.
Le précédent de la commission parlementaire de 2018

Tout le monde se souvient en outre de la commission sénatoriale avortée en 2018, au moment de l’affaire Preynat. Si Marie-Pierre de la Gontrie avait été parmi les parlementaires à réclamer une enquête conduite par la représentation nationale sur les abus sexuels dans l’Église, l’entreprise avait tourné court, empêchée par la droite au motif que des procédures judiciaires étaient en cours (celle autour du père Preynat et de l’implication éventuelle de Philippe Barbarin, cardinal de Lyon).

« Pour Alexandre Benalla, ça ne gênait pas du tout, donc l’argument était fallacieux, raille aujourd’hui Laurence Rossignol, en référence à la commission d’enquête du Sénat sur le rôle du chargé de mission d’Emmanuel Macron. La réalité, c’est que la droite était tétanisée à l’idée d’enquêter sur l’Église, et cela s’est transformé en mission fourre-tout sur la pédocriminalité à travers le temps et l’espace... »

Trois ans plus tard, l’hypothèse de réitérer une enquête de ce type n’est plus d’actualité après le travail immense fourni par la Commission Sauvé.

En revanche, la question du financement des réparations reste ouverte. Interrogé par Mediapart, l’Insoumis Bastien Lachaud, député de Seine-Saint-Denis, dit « avoir une pensée pour les centaines de milliers de victimes », et appelle surtout à faire preuve de vigilance : « Comme le pointe le rapport Sauvé, il ne faudrait pas que l’Église utilise les fonds du denier du culte, ce qui reviendrait en vérité à les faire payer aux contribuables [le denier est en effet ouvert à la déduction fiscale accordée aux organismes reconnus d’intérêt public – ndlr] », avance-t-il.

La droite gênée aux entournures

La droite traditionnelle, dont l’électorat catholique constitue un socle précieux, peinait ces derniers jours à poser des mots sur le scandale. Bruno Retailleau, président du groupe Les Républicains (LR) au Sénat, a appelé sur Twitter à « poser les actes pour que des crimes aussi odieux ne soient plus possibles », qualifiant le rapport de « traumatisant ». Interrogé par Mediapart pour prolonger sa réflexion sur les suites à donner, il n’a pas souhaité s’exprimer.

Députée du Doubs, Annie Genevard exprime à Mediapart son « effroi à la découverte de l’ampleur du phénomène ». Saluant cette « démarche de vérité nécessaire et salutaire » à laquelle l’Église s’est attelée, la vice-présidente de LR estime elle aussi que le rapport ne peut pas rester lettre morte : « La justice des hommes doit passer », dit-elle.

« Les victimes peuvent, grâce à ce rapport, se positionner en tant que telles, et c’est déjà très salvateur, estime Perrine Goulet, députée La République en marche, membre de la majorité présidentielle. Ensuite ceux qui ont commis ces crimes doivent être déférés devant la justice, et nous encourageons toutes les victimes qui ne sont pas concernées par la prescription à déposer plainte. »

Mais sur le plan législatif et pénal, rappelle la députée, « tous les outils sont déjà sur la table ». « Là où on attend l’Église, c’est qu’elle s’interroge pour comprendre comment elle en est arrivée là. Elle doit faire son autocritique. »

La députée, corapporteure d’un rapport publié en 2019 sur la protection de l’enfance, confirme cependant buter encore sur le contrôle de l’organisation religieuse : « Nous nous sommes attelés récemment, et notamment dans le domaine du sport, à renforcer le contrôle des casiers judiciaires pour toute personne travaillant avec des enfants ou bénévole auprès d’eux, mais nous retombons dans cette affaire au registre de la séparation de l’Église ou de l’État ! Et si on l’oblige pour la religion catholique, il faudra le faire pour toutes les religions, y compris celles où les prêcheurs ne sont pas aussi bien identifiés. »

« Que l’Église engage des réformes pour le bien commun ! »

« La commission Sauvé n’a occulté aucun fait, et elle a rendu un état des lieux effarant et accablant, qui appelle à mon sens une réponse forte et des mesures structurelles », soutient Chloé Sagaspe, membre du bureau exécutif national d’Europe Écologie-Les Verts, déléguée à la jeunesse. « Si on veut éviter la répétition de ces violences, l’Église a la responsabilité d’en tirer les leçons. Les conclusions du rapport sont cohérentes avec les enquêtes révélées depuis des années en France et ailleurs. On ne doit plus être dans un silence coupable. »

Le ton est encore plus virulent chez Robert Ménard, le maire (apparenté Rassemblement National) de Béziers. « L’Église doit reprendre nombre de ses habitudes, nombre de ses dogmes, parce que ce n’est pas possible, a lancé sur France Info l’élu biterrois. On ne peut pas ne pas tirer de conséquences de ce qui vient de se passer, on ne peut pas expliquer qu’il y a 330 000 enfants qui ont été abusés et puis dire qu’on va s’en remettre au bon jugement de prêtres ou de religieux quand on a vu ce qu’un certain nombre pouvait faire. »

« C’est un séisme, il y aura un “avant” et un “après”, souligne quant à lui, la voix empreinte d’émotion, le député socialiste Dominique Potier. Pour retrouver la lumière, il faudra aller au bout de toutes les conséquences de ces révélations. »

Tout ce qui affaiblit les corps intermédiaires nous regarde. Il ne faut pas se cacher derrière la pudeur de la laïcité.

Dominique Potier, député PS

Pour ce catholique pratiquant, président de l’Esprit civique, un laboratoire d’idées qui fait le lien entre l’éducation populaire et la spiritualité, ces révélations sur l’ampleur de la pédocriminalité dans l’institution catholique doivent déboucher sur un double mouvement : une action en justice d’abord, car, « dans l’esprit de la laïcité, il faut que la justice passe » ; une action de l’Église ensuite, qui doit « entreprendre une réforme profonde ».

Un responsable politique qui se mêle des affaires de l’Église : Dominique Potier assume. « On peut souhaiter, comme républicain, que l’Église engage des réformes pour le bien commun ! », estime l’élu de Meurthe-et-Moselle. « L’Église, comme toutes les institutions, est partie prenante de la République, souligne-t-il. Nous devons appréhender cette affaire comme si elle avait lieu dans une fédération sportive car tout ce qui affaiblit les corps intermédiaires nous regarde. Il ne faut pas se cacher derrière la pudeur de la laïcité. »

Le député communiste Pierre Dharréville tient à faire la part des choses : « Dans cette tragédie, il y a des choses condamnables par la justice, et j’encourage toutes les victimes à aller porter plainte. Mais pour ce qui concerne une éventuelle réforme de l’Église, c’est aux Chrétiens de demander des comptes », dit-il, estimant néanmoins que cela doit permettre d’avancer dans la lutte contre les violences sexuelles dans toutes les sphères de la société.

Alors que 70 % des plaintes pour agression sexuelle sur mineur sont classées sans suite, le rapport Sauvé est ainsi pour tous les élus contactés un point d’appui pour briser l’omerta sur la pédocriminalité dans la société en général. Ainsi Ségolène Royal, ministre déléguée à l’enfance sous Lionel Jospin, estime que « tous les métiers liés à l’enfance et à l’adolescence doivent être surveillés » et se demande si la prescription ne devrait pas être levée, pour que « tous les prédateurs soient condamnés ». Reste que, là encore, le pouvoir politique est bien en mal de se substituer aux autorités de l’Église pour qu’elle se réforme.

« Éviter que ne se perpétue l’omerta »

Les organisations de jeunesse (tels les scouts de France, d’obédience religieuse, par exemple) « sont déjà soumises aux règles qui s’appliquent à n’importe quelle colonie de vacances, rappelle Laurence Rossignol. Et les clercs de l’Église qui interviennent auprès des enfants ont rarement des mentions sur leur casier judiciaire puisque jusqu’ici, l’institution fermait les yeux. Donc la révolution à faire est d’abord culturelle. Les parents, qui se taisaient parfois autrefois, sûrement ne se tairont plus. »

Il reste le curatif et le préventif, faute de contrôles a priori, partout difficiles à mettre en place. L’Église a par exemple promis des cellules d’écoute pour les victimes potentielles… mais tenues par des religieux. « Elles doivent être animées par l’extérieur et des associations de victimes expertes sur le sujet, pour éviter que ne se perpétue l’omerta qui sévissait jusqu’ici », insiste Perrine Goulet.

Laurence Rossignol estime enfin que l’Église catholique, qui s’est beaucoup exprimée ces dernières années sur les sujets de société, sort « disqualifiée » d’un tel scandale. « Quand on se remémore ce que l’Église a couvert comme actes alors qu’au même moment elle multipliait les injonctions faites aux femmes sur la contraception, l’avortement ou encore multipliait les discours de réprobation sur l’homosexualité ou la famille, qu’elle se taise, et pour longtemps. »

Mathieu Dejean, Mathilde Goanec, Pauline Graulle et Ilyes Ramdani