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Liban : Sans justice, pas de paix- Enquête sur l’explosion au port de Beyrouth .

lundi 18 octobre 2021, par siawi3

Source : https://www.lemonde.fr/international/article/2021/10/16/liban-sans-justice-pas-de-paix_6098648_3210.html

Liban : sans justice, pas de paix

Les affrontements entre des partisans du Hezbollah, qui manifestaient contre le juge chargé de l’enquête sur l’explosion dans le port de Beyrtouth, et ceux de l’ancienne milice chrétienne Forces libanaises, ont réactivé les vieux réflexes communautaires, au risque d’un engrenage vers une nouvelle guerre civile.

Le Monde

Publié aujourd’hui 16 oct 21 à 10h59

Editorial du « Monde ».

La paix civile et la stabilité ou la vérité et la justice ? Les Libanais auraient-ils à trancher ce dilemme cornélien ? C’est ce que voudraient leur faire croire leurs responsables politiques, qui n’ont cessé d’entraver l’enquête menée par le juge Tarek Bitar sur l’explosion dans le port de Beyrouth, au motif contestable qu’elle serait « politisée ». Ils sont prêts à tout pour l’empêcher d’avancer dans l’établissement d’une vérité judiciaire sur ce drame causé par le stockage d’importantes quantités de nitrate d’ammonium, pendant plus de sept ans et sans mesures de précaution, au vu et au su des autorités, qui a fait plus de deux cents morts le 4 août 2020.

Lire aussi : Sous pression, le juge Bitar contraint de suspendre l’enquête une seconde fois

L’épreuve de force politico-judiciaire engagée par les mouvements chiites Hezbollah et Amal est le dernier acte d’une campagne destinée à écarter le courageux magistrat. Après les mises en garde adressées au juge, le Hezbollah a agité la menace d’une « fitna », une division entre les Libanais. Celle-ci s’est tristement matérialisée, jeudi 14 octobre, par des affrontements armés en marge d’une manifestation entre les partisans du tandem chiite et ceux des Forces libanaises, le parti de Samir Geagea issu d’une ancienne milice chrétienne, le long de l’ancienne ligne de démarcation entre Beyrouth-Ouest et Beyrouth-Est pendant la guerre civile (1975-1990), au prix de sept morts et d’une trentaine de blessés.

Faire dérailler l’enquête

Le tandem chiite n’était pas sans savoir qu’en appelant ses partisans à manifester contre le juge Bitar, en plein cœur de Beyrouth, il réactivait les vieux réflexes communautaires et de la polarisation politique déjà ravivés par la crise économique et l’explosion au port. Samir Geagea, désireux de s’ériger en rempart contre le Hezbollah et en leader du camp chrétien, s’est engouffré dans cette brèche en appelant ses partisans à ne pas céder aux « intimidations ». Il exige la poursuite d’une enquête qui fera, à ses yeux, la lumière sur la responsabilité du Hezbollah dans le drame.

Lire aussi : Au Liban, une éruption de violences à Beyrouth réveille le spectre des années noires

Le Hezbollah a montré qu’il était prêt à tout pour faire dérailler l’enquête. Samir Geagea, lui, qu’il faudra compter avec les forces chrétiennes. Dans un pays où la violence fait souvent office de moyen de résolution des conflits politiques, la crainte que l’engrenage ne se mette en place vers une nouvelle guerre civile existe. Il ne faudrait pour l’activer qu’une décision des parrains étrangers de soutenir une escalade.

Aucun état d’âme

Le tandem chiite est reparti à l’offensive sur le plan politique. Ses ministres boycotteront les réunions du gouvernement tant que le juge Bitar sera en place, au risque de paralyser le cabinet et, avec lui, la mise en place des réformes dont le Liban a besoin pour sortir de la crise, et les élections prévues au printemps 2022. Les responsables politiques de tous bords n’auront aucun état d’âme pour saborder un magistrat qu’ils n’ont cessé de conspuer et une enquête dont ils redoutent qu’elle n’établisse leurs responsabilités respectives.

Les familles des victimes et la société civile avertissent : sacrifier le juge Bitar sonnerait la fin d’une enquête qui a valeur de test pour l’indépendance de la justice et pour poser les jalons d’une culture de responsabilité à la tête de l’Etat libanais. Ce sacrifice de la justice et de la vérité ne ramènera ni la stabilité ni la paix civile au Liban. Il renforcera au contraire l’impunité dont profitent les barons des cartels politiques pour se soustraire à leur mission d’intérêt général au profit de guerres de pouvoir qui, souvent, se terminent dans la violence.

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Source : https://www.lorientlejour.com/article/1278244/vraisemblablement-sous-la-menace-le-porte-parole-des-proches-des-victimes-demande-au-juge-bitar-de-se-recuser.html

Société - Enquête sur l’explosion au port de Beyrouth
Vraisemblablement sous la menace, le porte-parole des proches des victimes demande au juge Bitar de se récuser

Les familles des victimes se désolidarisent des propos d’Ibrahim Hoteit.

OLJ / le 16 octobre 2021 à 12h30, mis à jour à 16h15

Vraisemblablement sous la menace, le porte-parole des proches des victimes demande au juge Bitar de se récuser

Le porte-parole des proches des victimes de l’explosion du 4 août au port de Beyrouth, Ibrahim Hoteit. Capture d’écran vidéo

Le porte-parole des proches des victimes de l’explosion au port de Beyrouth, Ibrahim Hoteit, a demandé dans une vidéo que le juge Tarek Bitar, en charge de l’investigation, soit écarté du dossier. Cette demande aurait été vraisemblablement formulée sous la menace, selon plusieurs sources, alors que M. Hoteit et les familles des victimes ne cessent de soutenir le magistrat face aux pressions et intimidations du Hezbollah et du mouvement Amal, dont plusieurs membres qui sont députés ou ex-ministres sont poursuivis par le magistrat. Réagissant à la vidéo d’Ibrahim Hoteit, les familles des victimes se sont désolidarisées de ses propos et renouvelé leur confiance dans le juge Bitar.

Cette vidéo, qui circule sur les réseaux sociaux depuis vendredi soir, intervient après des combats miliciens meurtriers jeudi à Beyrouth, lorsqu’une manifestation du Hezbollah et d’Amal contre le juge Bitar a dérapé près du palais de Justice. L’Orient-Le Jour a tenté de joindre Ibrahim Hoteit, mais sans succès. L’AFP a toutefois réussi à le joindre. Ibrahim Hoteit a nié auprès de l’agence toute « pression » ou « intimidation » à l’origine de cette vidéo, affirmant l’avoir enregistrée « à titre personnel ». « La seule pression que j’ai subie sont les incidents de jeudi et la crainte d’un glissement vers une guerre civile. J’ai donc décidé de renoncer à mon rôle de porte-parole », a-t-il affirmé.

« Les criminels des Forces libanaises »

« J’ai été contraint d’écrire un communiqué, afin de ne pas me tromper en parlant dans l’enregistrement », explique Ibrahim Hoteit dans cette vidéo, alors qu’il jette des regards furtifs à plusieurs reprises hors champs. « Tandis que la politisation de l’enquête est devenue flagrante (...) et que certains partis veulent se venger d’autres en exploitant notre cause (...), nous présentons nos condoléances aux familles des martyrs tués lors des incidents de Tayouné par les criminels des Forces libanaises et leur chef faussement surnommé Hakim », affirme M. Hoteit, dans une réthorique familière du Hezbollah et d’Amal depuis les combats dans le sud de Beyrouth. « Nous présentons également nos condoléances à nos frères au sein du Hezbollah et d’Amal et affirmons nous tenir à leurs côtés dans leur cause juste », poursuit M. Hoteit, qui habite dans la banlieue sud de Beyrouth, fief du Hezbollah. « Nous continuons d’insister à savoir ce qui s’est passé au port de Beyrouth, s’il s’agit d’une attaque ou d’une explosion accidentelle (...) », lance ensuite le porte-parole. « Nous voulons la vérité et rien que la vérité, suivie des sanctions contre tous ceux impliqués dans cette affaire. Nous refusons catégoriquement toute politisation de notre cause, et nous craignons que l’un des objectifs de cette politisation provienne des compagnies d’assurance pour des motifs financiers », explique également M. Hoteit, reprenant un argument brandi par le Hezbollah. « Au juge Bitar nous disons : ce qui se passe montre qu’il y a partialité et politisation de manière flagrante et que du sang innocent a été versé. C’est pourquoi nous te demandons de te récuser, afin de laisser la place à un autre juge d’instruction qui soit fidèle au sang que nous avons versé (...) », affirme enfin Ibrahim Hoteit, avant de tenir un discours dans lequel il défend la ’’Résistance", en allusion au Hezbollah. Ibrahim Hoteit se désolidarise enfin du groupe des proches des victimes, l’accusant d’être politisé, et appelle à fonder un nouveau collectif.

Voir aussi : L’édito de Issa GORAIEB : Boulevards de crises

Le parti chiite et ses alliés exigent le départ du juge Bitar qui, malgré les fortes pressions, veut poursuivre plusieurs responsables dans le cadre de son enquête sur l’explosion au port de Beyrouth du 4 août 2020, qui a fait plus de 200 morts. Mais les responsables politiques refusent d’être interrogés même si les autorités ont reconnu que les énormes quantités de nitrate d’ammonium qui ont explosé avaient été stockées au port pendant des années sans précaution. Jeudi, la situation a explosé dans la rue, lorsqu’une manifestation contre le juge Bitar devant le palais de Justice a Beyrouth a dégénéré en affrontements armés entre miliciens du Hezbollah et d’Amal, d’un côté, et d’autres postés dans les quartiers chrétiens adjacents, d’un autre côté. Les affrontements de jeudi ont fait sept morts et 32 blessés, dont certains sont dans un état critique et font craindre d’autres dérapages sécuritaires. La manifestation de jeudi s’est produite après que la Cour de cassation a rejeté des plaintes de députés et ex-ministres à l’encontre de M. Bitar, lui permettant de reprendre ses investigations. Ces violences viennent s’ajouter aux multiples graves crises politique, économique et sociale dans lesquelles est plongé le Liban, où la classe dirigeante, inchangée depuis des décennies est accusée de corruption, d’incompétence et d’inertie.

  • Les familles se désolidarisent de Hoteit

Ibrahim Hoteit a perdu son frère, Tharwat, dans le drame du 4 août. Depuis, il est le porte-parole des familles et ne cesse de réclamer justice et n’hésite pas à afficher son soutien au juge Bitar. Récemment, il avait a été physiquement agressé et menacé par des partisans du chef du Parlement, Nabih Berry, lors d’un rassemblement près de la résidence de ce dernier.

Plusieurs internautes, observateurs et proches des victimes ont mis en doute la sincérité des propos d’Ibrahim Hoteit dans la vidéo qui circule depuis vendredi soir. Parmi, eux, Karlen Hitti Karam, mère de deux filles de quatre et trois ans, et sœur de Nagib Hitti, ainsi que l’épouse de Charbel Karam, tous deux pompiers tués lors de l’explosion. « Ibrahim, nous le connaissons bien. Il ne parle pas comme cela d’habitude », raconte la jeune femme à L’Orient-Le Jour. « Nous n’arrivons pas à le joindre depuis ce matin. Le communiqué qu’il a lu n’a pas été préparé en coordination avec les familles, alors que d’habitude, aucun communiqué n’est publié sans coordination entre nous », explique-t-elle au téléphone. « Nous n’adoptons pas les propos qu’il a tenus. Nous sommes avec le juge Bitar », insiste-t-elle. « Nous ne faisons confiance à personne et nous attendons de pouvoir communiquer avec Ibrahim Hoteit pour en savoir plus. Ibrahim est comme notre frère. S’il a décidé de faire scission du collectif des familles et qu’il réclame vraiment le départ du juge Bitar, cela serait très regrettable », ajoute-t-elle.

Lire aussi : Le défi de Bitar, à nouveau habilité : mener l’enquête à son terme

Les familles des victimes ont dans ce contexte tenu samedi une réunion. Dans un communiqué publié par la suite, elles ont affirmé qu’elles « ont confiance dans le juge Bitar, elles et Ibrahim Hoteit qui a toujours tenu un discours dans ce sens ». « Il semble que les derniers événements l’ont poussé à publier son dernier communiqué, qui nous étonne en tant que familles », poursuit le document. « La prise de position d’Ibrahim Hoteit ne nous représente pas du tout. Nous maintenons notre confiance dans le juge Bitar (...) », conclut le communiqué des familles.

« La vie d’Ibrahim Hoteit est en danger »

Selon William Noun, frère de Joe Noun, un des pompiers tués dans le drame, le porte-parole a sans aucun doute été menacé. « Les propos qu’Ibrahim Hoteit a prononcés l’ont été sous la menace. Il ne parle d’habitude pas de la sorte », a regretté le jeune homme originaire du village de Qartaba. « Mais nous ne pouvons pas lui en vouloir pour ses dernières prises de position », ajoute-t-il.

Sur Twitter, Lina Khatib, directrice du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord au think-tank britannique Chatam House, a affirmé qu’Ibrahim Hoteit « se trouvait chez lui lorsque des hommes y sont entrés et l’ont forcé à publier un enregistrement vidéo dans lequel il demande que le juge soit écarté ». « La vie d’Ibrahim Hoteit est en danger », affirme-t-elle. M. Hoteit a affirmé au quotidien An-Nahar ne pas avoir été menacé pour tenir les propos enregistrés, des affirmations qui ne permettent toutefois pas d’écarter cette hypothèse.

Bitar entendu mardi par le CSM

Sur le plan judiciaire, la chaîne LBCI rapporte que le juge Bitar sera entendu mardi par le Conseil supérieur de magistrature « afin qu’il exprime son avis au sujet de l’enquête en cours ». Pour sa part, le Premier ministre, Nagib Mikati, qui s’est entretenu samedi avec le ministre de la Justice, Henri Khoury, le président du Conseil supérieur de magistrature, le juge Souheil Abboud, et le procureur général près la Cour de cassation, le juge Ghassan Oueidate, a affirmé que son gouvernement "ne se mêle pas des dossiers entre les mains de la justice