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Caricatures de Mahomet : Paroles de musulmans non offensés

vendredi 24 juin 2022, par siawi3

Source :https://charliehebdo.fr/2020/09/religions/paroles-de-musulmans-non-offenses/

Caricatures de Mahomet : Paroles de musulmans non offensés

Inna Shevchenko

Mis en ligne le 20 septembre 2020
Paru dans l’édition 1469 du 16 septembre 2020
(Archives)

« Le monde a abandonné les libres-penseurs de culture musulmane », a écrit le journaliste et écrivain pakistanais Kunwar Khuldune Shahid, dénonçant la surdité des grands médias quant à ces voix dissidentes qui, inlassablement, « défient les lois sur le blasphème et les menaces de violence, et ceux qui expriment leur solidarité avec Charlie Hebdo... ». Pourtant, le nombre d’apostats musulmans qui s’expriment ouvertement a considérablement augmenté ces dernières années, malgré la peine capitale encourue dans plusieurs pays pour avoir renoncé à l’islam. L’Iranienne Maryam Namazie, figure majeure du réseau des ex-musulmans, décrit un « tsunami d’athéisme » au sein de ces communautés. Dans le cadre des débats controversés sur la republication des caricatures de Mahomet par Charlie Hebdo, nous faisons entendre ici les paroles d’apostats musulmans et de musulmans « non offensés » que les médias n’ont pas relayées.

Propos recueillis par Inna Shevchenko

Maryam Namazie, Iranienne, porte-parole du Council of Ex-Muslims of Britain

« Lorsque Charlie Hebdo dessine Mahomet, il donne à ceux d’entre nous qui luttent contre les lois sur l’apostasie et le blasphème dans les États islamiques d’aujourd’hui un soutien et une force dont ils ont grand besoin. Ayant payé le prix fort, Charlie Hebdo continue de rappeler au monde que la critique de l’islam et du sacré est un droit, que le silence et la censure aident les fondamentalistes, au détriment des victimes et des dissidents, et que les menaces et les meurtres ne feront jamais taire ceux qui sont attachés à la liberté de conscience, de pensée et d’expression. »

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Hina, ex-musulmane indienne

« Les dessins de Mahomet dans Charlie Hebdo ont été ma première rencontre avec ce à quoi le blasphème pouvait ressembler. J’étais encore musulmane à l’époque, et la nature de ces dessins m’a troublée. Aujourd’hui, je suis de l’autre côté, celui qui blasphème. Celui dont la seule existence est offensante pour les musulmans. Ayant vu l’oppression à laquelle les ex-musulmans et les athées sont confrontés dans le monde entier, je pense que le blasphème et les caricatures de Mahomet ne concernent pas seulement la liberté d’expression, mais aussi l’affirmation de notre existence. »

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Halima Salat, ex-musulmane, poétesse et journaliste kényane et somalienne, exilée aux Pays-Bas

« En 2015, lorsque l’attaque terroriste a eu lieu à Charlie Hebdo, j’étais une ex-musulmane « cachée », habitant à Nairobi, au Kenya. Je devais faire attention à ce que je disais, en raison de l’environnement dans lequel je vivais. Mais j’ai décidé de mettre #JeSuisCharlie sur mon ­profil Facebook. Ce qui m’a vraiment fait le plus mal, c’est ­l’attaque contre la liberté de la presse. Maintenant que, en 2020, Charlie Hebdo a republié les caricatures pour l’ouverture du procès, j’ai été très déçue de voir que de nombreux médias européens ne le soutenaient pas. ­Comment peut-on hésiter  ? »

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Ali A. Rizvi, ex-musulman canadien d’origine pakistanaise, écrivain

« Certains de mes amis, comme Raif Badawi, sont en prison pour avoir écrit sur la laïcité, ou ont été tués, comme Avijit Roy, qui a été assassiné à coups de machette au Bangladesh pour avoir promu la science au détriment de la mythologie religieuse. Depuis la controverse sur les caricatures danoises et les attaques à Charlie Hebdo, la critique et la satire contre l’islam se font un peu plus librement. Aujourd’hui, les jeunes musulmans sont nombreux à quitter la religion. Des sujets qui étaient autrefois tabous, comme la préservation du Coran, sont ouvertement remis en question, car des discussions et des débats ouverts ont lieu sur Internet, dans des livres, des articles et des podcasts à l’initiative d’ex-musulmans. Nous allons dans la bonne direction. La réédition des caricatures par Charlie Hebdo en est la preuve : la liberté d’expression l’emporte sur la censure. »

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Wissam Charafeddine, Américain d’origine libanaise, membre de l’association Muslimish

« Charlie Hebdo est l’illustration de la réussite de ­l’Europe dans la mise en pratique des valeurs de la liberté d’expres­sion dont le monde musulman a le plus besoin ­aujourd’hui. La liberté de publier les caricatures de ­Mahomet est directement liée à ma liberté de remettre en question ou de rejeter ce que d’autres considèrent comme sacré ou comme une vérité. »

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Rana Ahmad, ex-musulmane saoudienne, exilée en Allemagne

« Quand l’attaque terroriste contre Charlie Hebdo a eu lieu, j’étais encore en Arabie saoudite, et tout le monde autour de moi était heureux. Je me souviens que je me suis dit qu’une fois sortie de ce pays, je dessinerais aussi une caricature de Mahomet… »

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Maajid Nawaz, ex-islamiste, activiste antiterroriste britannique d’origine pakistanaise

« Il y a des musulmans qui sont actuellement victimes de génocide en Chine. Où sont donc les manifestations devant les ambassades de Chine  ? Et vous voyez combien de protestations agitent le monde entier lorsque quelqu’un tente de publier une caricature de Mahomet  ? Allez voir le visage de ces musulmans ouïgours, et dites que vous vous souciez plus de faire exploser un journal que de défendre leur droit à être traités comme des êtres humains. »

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Ibtissame Betty Lachgar, ex-musulmane, féministe marocaine

« De quelle provocation parle-t-on  ? Parler de provocation, c’est tuer une seconde fois celles et ceux qui ne sont plus là. En raison de caricatures, de dessins, des individus ont été assassinés à la kalachnikov. Pour un coup de crayon, une rédaction a été décimée. Au nom d’Allah… Il était nécessaire de les publier. Comme il est nécessaire de combattre les religions en tant que dogmes, ainsi que les textes liberticides et misogynes cautionnés sous le couvert de la foi. En l’occurrence les lois et les pratiques draconiennes émanant de l’islam. L’islam, comme toute idéologie, est critiquable. Pas d’exception. Non seulement c’est un droit, mais c’est un devoir. Dénoncer, condamner et blasphémer (bien que cette dernière notion n’existe que pour les croyants). Et ne jamais se résigner  ! »

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Zehra Pala, ex-musulmane turque

« Dessiner Mahomet est tout à fait normal. Pourquoi ces personnes religieuses sont-elles si sensibles à une caricature  ? Ne devraient-elles pas plutôt être plus sensibles aux ­mariages d’enfants et aux viols  ? Et elles ne sont sensibles que pour leur propre religion. Elles critiquent et se moquent des croyances des autres, mais quelle est la différence  ? Ce n’est qu’un dessin  ! Leurs croyances ne sont-elles pas censées être plus fortes que les messages exprimés par des caricatures  ? »

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Fariborz Pooya, ex-musulman iranien

« Pendant trop longtemps, les dirigeants religieux ont réprimé toute dissidence pour maintenir leur pouvoir et leur position privilégiée. Les laïcs, les athées, les ex-musulmans ont été à l’avant-garde pour briser les tabous et ouvrir la voie à l’amélioration de la vie de millions de personnes au Moyen-Orient et au-delà. Charlie Hebdo est la clé de la lutte pour le démantèlement du sacré. Je suis Charlie  ! »

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Marieme Helie Lucas, sociologue algérienne

« En publiant ces banals petits dessins qu’on a peine à trouver offensants, Charlie Hebdo a porté haut les couleurs de notre droit à être gouvernés par des lois laïques démocratiquement votées qui permettent la liberté d’expression, des lois qui peuvent être changées par la volonté et le vote du peuple – et non d’être régis par des règles inchangeables et anhistoriques décrétées unilatéralement par de vieux mâles réactionnaires qui prétendent parler au nom de leur(s) dieu(x). »