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Cinéma : Une bouteille à la mer

Thursday 23 February 2012, by siawi3

Source: http://www.cclj.be/article/1/2723

Difficile d’évoquer le conflit israélo-palestinien sans entrer dans les lieux communs, sans clichés et sans parti pris. C’est pourtant le défi que s’est fixé Thierry Binisti en reprenant au cinéma le roman de Valérie Zenatti, Une bouteille dans la mer de Gaza. Subtil mélange d’émotion et de réflexion, le résultat est magnifique.

Elle a 17 ans et s’appelle Tal. Elle est française et a suivi ses parents venus s’installer en Israël. Lui, c’est « Gazaman », forcément palestinien. Leurs vies, leurs quotidiens sont à l’opposé. Ils connaissent pourtant la même réalité d’un conflit qui les dépasse.

Suite à un attentat, vécu de trop près, Tal va jeter une bouteille à la mer. Par l’intermédiaire de son frère, lui-même militaire, en service à proximité de Gaza. Dans la bouteille, une lettre où elle s’interroge, avec le refus d’admettre que seule la haine peut régner entre les deux peuples. Quelques semaines plus tard, Tal reçoit la réponse d’un mystérieux « Gazaman », et nait entre les deux individus une étonnante correspondance.

Au-delà des réalités

« Ce qui compte, c’est qui tu es et qui je suis », soulignera dans ses écrits la jeune fille pour obtenir une réponse d’un correspondant hésitant. « Oui, mais vous vous avez un Etat, et nous pas », lui rétorque « Gazaman ».

Alors que la vie continue, avec ses obstacles et le lancement notamment de l’opération « Plomb durci », la correspondance va se poursuivre, pour le meilleur et le pire.

Comme Tal, Valérie Zenatti -l’auteur du roman (éd.l’Ecole des Loisirs) qui a inspiré le film- a suivi ses parents en Israël pour y vivre son adolescence. « Ce sont pour moi des années riches de questionnements sur Israël, sur son histoire... une période où je me suis également éveillée à une conscience politique », raconte-t-elle. « Quand la seconde intifida a éclaté au début des années 2000, j’étais rentrée en France, j’ai été très éprouvée par les images de cette violence qui se déchaînait... Et j’ai été ébranlée par les échos que ce conflit pouvait avoir ici. J’ai publié en 2002 Quand j’étais soldate, un roman autobiographique sur ma période de service militaire... Le livre a été bien accueilli, mais on me renvoyait souvent à la question de savoir quel était le camp que je choisissais. Et moi je répondais : « Les deux ! », parce que je ne renonçais pas à soutenir les deux légitimités, les deux histoires, même si elles se heurtent dans la douleur ». Elle poursuit : « Derrière ces mots, “les Israéliens”, “les Palestiniens”, il y a des personnes, des êtres vivants. J’ai eu envie de dire non à cette négation des individus. Et pendant les neuf mois d’écriture du livre, j’ai été tour à tour Tal et Naïm, en empathie avec chacun d’eux ».

C’est cette volonté d’être des deux côtés à la fois qui aura sans conteste séduit le réalisateur Thierry Binisti en découvrant le livre : « J’ai eu la sensation d’être en présence d’un texte qui exprimait un état et un regard très proches des miens, avec cette volonté de donner la parole à des personnages qui n’ont jamais véritablement la possibilité de se parler ni de se comprendre. Cette possibilité de ressentir les deux émotions en même temps m’a touché. Le film est né de ce désir ».

L’espoir

On comprend mieux, c’est vrai, et il est difficile, voire impossible de nier, une fois que l’on sait. Le regard est équilibré, même si la réalité est dérangeante. Valérie Zenatti a été liée de façon étroite à l’ensemble du processus de tournage. Et le film, avec un jeu d’acteurs particulièrement convaincant, va même un peu plus loin que le livre qui laissait la fin ouverte.

Tournées par une équipe totalement mixte, franco-israélo-palestinienne, les images contribuent elles aussi à la réalité vécue par les protagonistes grâce à une caméra qui s’accroche parfois véritablement aux acteurs, pour montrer, par exemple, la promiscuité des territoires. « L’intérieur de Gaza a dû être tourné dans les villages arabes israéliens, faute d’autorisation », précise le réalisateur. « Des images comme celles de la grande manifestation commémorant l’anniversaire de la mort de Yitzhak Rabin ont été filmées sur la place des Rois, au milieu des milliers d’Israéliens venant chaque année, depuis sa mort, manifester leur désir que le pays s’engage dans la voie de la paix. Des séquences d’archives diffusées par les médias ont aussi été utilisées pour faire coïncider la fiction avec les faits réels », précise encore Thierry Binisti, qui conclut : « Il nous fallait être au plus près de la façon dont les choses peuvent réellement se passer. Mais, à partir de l’image finale, chacun peut nourrir un espoir, et tout orienter vers cet espoir, en se disant que l’avenir apportera les fruits de cette volonté ».

On retiendra cette notion du temps à tuer, l’amour de la France et la recherche du Paradis. Le sentiment de culpabilité et le sentiment de solitude. Celui du partage aussi, nécessaire. Et L’inventaire, de Prévert.

En espérant que le « vrai » rendez-vous ne soit pas remis à trop tard.

Une bouteille à la mer, de Thierry Binisti

(France, Israël - 1h39 )

Avec Agathe Bonitzer, Mahmoud Shalaby, Hiam Abbass

Sortie sur les écrans le 22 février 2012 (Belgique)

Avant-première le 21 février 2012 au Vendôme, en partenariat avec le CCLJ et IMAJ