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Quand la jeunesse danse sur le volcan tunisien

jeudi 7 mars 2013, par siawi3

Martine GOZLAN le Vendredi 1 Mars 2013 à 11:55

Télégrammes d’Orient
Source : http://www.marianne.net/martinegozlan/

Devant la réaction violente des autorités islamistes, la jeunesse tunisienne est en train de transformer la mode du Harlem Shake en arme de contestation. Aujourd’hui à Tunis, la danse violemment réprimée ces jours-ci dans les lycées et les facs va tourner à la manifestation contre le régime.

« Ils dansent contre l’obscurantisme » titre Kapitalis, l’un des principaux sites tunisiens d’actualité. Et tout est dit. La révolution tunisienne, étranglée par les islamistes, va-t-elle rebondir sous une forme inédite de contestation juvénile ? Depuis quelques jours, les jeunes Tunisiens dansent, en effet. Ils dansent le « Harlem Shake », le nouveau déhanchement à la mode, en petite tenue ou en version carnaval, qui fait se gondoler et rigoler les ados accros au partage rapide des vidéos, de Harlem à Berlin, en passant par Tunis, forcément. Comment la capitale du jasmin et ses jeunes pousses aurait-elle pu ignorer cette danse-dérision ? Voici encore trois jours, c’était juste une expérience marrante à partager entre copains et copines dans les préaux. Mais la police s’en est mêlée dans tous les établissements saisis par l’innocente vague de rythme. Les filles et les garçons dansaient en burqa, ou d’autres en slip, histoire d’adapter le nouveau virus international jeune au contexte local. Scandale ! Shocking ! « Haram ! », honte comme on dit en arabe !
Alors que les forces de l’ordre n’étaient jamais intervenues pour protéger les jeunes des incursions salafistes avec leur violence et leur drapeau noir, alors que les portes des lycées s’ouvraient au contraire généreusement aux propagandistes de la messe noire djihadiste venus expliquer la pudeur et le combat anti-mécréants aux enfants, le ministre de l’Education a sonné le tocsin contre le Harlem shake. C’est ainsi que les policiers ont lancé force grenades lacrymogène aux lycéens danseurs dans un Institut de Bab el Khadra, un quartier populaire de la capitale, tandis que les salafistes, toujours eux, voulaient régler leur compte aux jeunes contestataires. Ils s’en sont même pris au propre neveu de Chokri Belaid, le leader laïque du Front Populaire assassiné le 6 février dernier.
Cette orchestration de la répression contre la jeunesse, venue à la fois d’en haut - le ministre- et d’en bas- les groupes salafistes- constitue une nouvelle preuve de l’inanité des protestations hypocrites d’un régime qui feint les modérés au coeur même de la Bastille de son extrémisme.
A l’heure où j’écris ces lignes, des milliers de jeunes se sont donnés rendez-vous sur les réseaux sociaux pour un gigantesque Harlem Shake au centre de Tunis. Les regains d’une révolte nous parviennent toujours ainsi, par des chemins inattendus. Si le pouvoir « islamo-policier », comme je l’ai qualifié il y a 48 heures dans ces colonnes, dresse ses matraques contre les danseurs, il ne fera qu’accélérer sa chute inexorable.
Que la liberté protège le Tunis Shake !