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Turquie : des troubles liés à une position stratégique entre Israël et Chypre pour le gaz de Leviathan ?

samedi 15 juin 2013, par siawi3

Elisabeth Studer

Source : http://www.leblogfinance.com/2013/06/turquie-des-troubles-lies-a-une-position-strategique-entre-israel-et-chypre-pour-le-gaz-de-leviathan.html

06 juin 2013 -

Simple hasard ? alors que la Turquie est la proie de querelles intestines, le pays représente des enjeux cruciaux dans le domaine énergétique et l’eau. A savoir l’or noir du 20e siècle et l’or bleu du 21e siècle.
De là à ce quelques puissances plus ou moins zélées y mettent en oeuvre leur « stratégie du chaos » pour mieux s’en approprier les ressources et/ou obtenir la main-mise sur l’un ou l’autre des secteurs, il est permis d’y penser … D’autant plus que le lobby bancaire US et tout particulièrement Goldman Sachs pourraient également y gagner.
Alors reprenons …
Mi avril, nous évoquions ici-même une nouvelle étape dans l’immense conflit gazier qui menace d’éclater entre des protagonistes aussi « explosifs » que Chypre, Israël, la Turquie, le Liban, voire la Syrie et l’Egypte … à moins que mine de rien le dossier n’ait déjà explosé , de manière insidieuse.
Alors qu’Israël pourrait devenir le maillon fort de la survie financière de Chypre, Nicosie dépendant désormais en grande partie de la volonté israélienne d’approvisionner en gaz l’usine de liquéfaction que l’Etat chypriote projette de construire suite aux découvertes prometteuses d’hydrocarbures dans la zone off-shore très convoitée de Tamar et Leviathan située entre Chypre et Israël, les deux pays avaient annoncé qu’ils allaient mener conjointement des exercices militaires le 25 avril …
Nicosie avait alors indiqué que l’exercice serait axé sur la sécurité de la région de la Méditerranée orientale et celle des entreprises de gaz.
Alors que la Turquie aurait pu raisonnablement s’inquiéter de telles « manoeuvres » dans tous les sens du terme, d’autant plus qu’elle s’est jusqu’à présent opposée aux travaux d’exploration du gaz naturel menée par Chypre – en partenariat avec Israël – en Méditerranée, la donne pourrait changer.
Dans une annonce pour le moins inattendue, le Ministre de l’Energie turc Taner Yildiz avait en effet alors annoncé que la Turquie considérait désormais qu’il est « possible de coopérer avec Chypre et Israël dans des projets énergétiques communs en Méditerranée » et ce « aussi longtemps que l’atmosphère politique le permettra. »
Or, si jusqu’à présent Nicosie tablait sur l’apport des ressources de gaz israéliennes pour rentabiliser la construction de son usine de liquéfaction, Israël aurait changé son fusil d’épaule. L’Etat hébreu envisagerait ainsi de construire sa propre usine de liquéfaction, voire de faire transiter son gaz via pipeline à travers la Turquie ….
Alors que le territoire turc représentant d’ores et déjà un point de transit énergétique important pour le pétrole de la Caspienne et d’Irak, Ankara a récemment consolidé sa position grâce à des accords pétroliers avec le Gouvernement Régional du Kurdistan. Au final, la Turquie représente ainsi un élément fondamental pour Israël en vue de déterminer la route la plus rentable pour exporter son gaz.
Dotée d’une économie dont la croissance est parmi les plus rapides du monde, la Turquie a des besoins énergétiques en forte hausse et représente également de ce fait un client stable pour le gaz israélien. Au grand dam de la Russie, laquelle voit d’un mauvais œil son important client diversifier ses fournisseurs. Fait non négligeable et pouvant peser dans la balance. Une déstabilisation du gouvernement turc d’Erdogan pouvant également servir ses intérêts.
Ces dernières semaines, Israël s’est rapproché d’Ankara de manière assez inattendue, présentant ses excuses pour la mort de neuf Turcs lors de l’arraisonnement en 2010 d’une flottille brisant le blocus de l’enclave palestinienne de Gaza. Fortement incité par les Etats-Unis à agir dans ce sens ..
Qui dit absence des apports gaziers d’Israël pour alimenter l’usine, signifie pour Chypre une forte dépendance à de nouvelles confirmations de réserves d’hydrocarbures dans la zone en vue d’espérer rentabiliser l’investissement. Or, l’Etat chypriote a un besoin urgent de ressources financières …
- Projet de transit du gaz israélien par la Turquie : vers une fragilisation de Chypre
Dans un rapport publié à la mi-mars, l’Institut de la finance internationale, lobby bancaire très influent, basé à Washington, avait indiqué que les pertes très importantes que devront supporter les déposants et les impacts du plan sur le secteur financier chypriote pourraient conduire à une récession de près de 20% entre 2013 et 2015. Le lobby bancaire considérant également qu’un nouveau plan d’aide pourrait à terme s’avérer nécessaire, obligeant Chypre à recourir à de nouveaux prêts …. et à se tourner vers le lobby bancaire US et notamment Goldman Sachs ? Allez savoir …
L’IIF avait par ailleurs indiqué que les créanciers de la troïka seraient bientôt les principaux détenteurs de la dette chypriote, une position leur garantissant un statut préférentiel en cas de faillite … et qui devrait – selon lui – limiter le nombre d’investisseurs disposés à acquérir de la dette chypriote. Une manière comme une autre d’attirer la nouvelle brebis galeuse de l’Union européenne vers les banquiers US, tout en tentant de restreindre l’étendu d’éventuelles propositions (voire des prêts ? ) que la Russie pourrait être tentée d’offrir en échanges de licences d’explorations d’hydrocarbures du gisement fort prometteur de Leviathan ?
- Quand la Turquie s’opposait à Chypre sur l‘épineux dossier du gaz de Leviathan
Rappelons à toutes fins utiles qu’en septembre 2010, le Premier ministre turc déclarait à Al Jazzera, que la Turquie ne laisserait pas Israël jouir seule du gaz exploité dans les eaux chypriotes. Ce dernier jugeant « provocatrice » l’exploration au voisinage du gisement très prometteur de Léviathan.
Parallèlement le Premier ministre Recep Erdogan menaçait d’envoyer sa flotte au voisinage du site aux frontières controversées, annonçant qu’il pourrait fournir une escorte navale à ses propres bâtiments d’exploration en Méditerranée chargés d’effectuer des forages sur des gisements d’hydrocarbures au large de la côte nord de Chypre.
Quelques jours auparavant, lors d’une conférence de presse, le Premier ministre turc avait réitéré l’opposition de son pays aux zones économiques exclusives fixées en 2010 dans le cadre d’un accord entre Chypre et Israël. 
« Nous avons des approches différentes en matière de zones économiques exclusives dans la région telles qu’elles ont été annoncées. Sur ce point, et s’agissant de l’armée, nous surveillerons cette région avec l’aide d’avions, de frégates et de vedettes lance-torpilles » avait-il prévenu.
Le Premier ministre, Recep Tayyip Erdogan, réagissait ainsi aux propos du président chypriote Demetris Christofias, lequel venait d’annoncer que les forages débuteraient prochainement au large des côtes sud-est de Chypre.
Le gouvernement chypriote grec, seul à ce jour à être reconnu par la communauté internationale, avait alors débuté des travaux d’exploration sur le fabuleux gisement de Leviathan, situé au large de Chypre, avec la compagnie – américaine – Noble Energy, et ce, dans le cadre d’un accord avec Israël. Rappelons que la partie turque, située dans le nord de l’île est uniquement reconnue par Ankara.
La Turquie avait également exhorté le gouvernement chypriote grec à cesser immédiatement ses explorations de gaz et prévenu que ses propres navires d’exploration en Méditerranée pourraient être accompagnés d’escortes militaires.
 » La compagnie pétrolière turque TPAO va se déployer dans les eaux au nord de Chypre en raison d’un accord entre Ankara et la partie pro-turque de Chypre sur le tracé des frontières maritimes » avait parallèlement déclaré le ministre turc de l’Energie, Taner Yildiz.
Au final, Ankara demandait alors aux responsables chypriotes de favoriser la collaboration de la Turquie, dans les projets énergétiques de Chypre.
Une situation certes complexe qui donne donc à la Turquie une position on ne peut plus stratégique entre Chypre et Israël. Pouvant pousser quelques puissances hégémoniques à vouloir influer sur sa politique en déstabilisant le pays …
Sans compter sur le dossier concernant l’eau, auquel nous dédierons un article spécifique sous peu.

Sources : AFP, Reuters, Presse israélienne, Al Jazzera