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Israel-Palestine : la politique étrangère des USA

mardi 25 juin 2013, par siawi3

Source:NOW internal Forum, 13 juin 2013
Information Clearing House
Ce que Bradley Manning a montré au monde au sujet d’Israël/Palestine

Par Alex Kane

13 juin 2013 "Information Clearing House –

Le procès du whistleblower militaire Bradley Manning a ramené l’attention sur les révélations au sujet de la politique étrangère US, que ses actions ont provoqué. On a usé de beaucoup d’encre sur les informations de première page en relation avec l’Irak et l’Afghanistan qu’a éclairé WikiLeaks, l’organisation où Manning envoyait ses fuites. Mais les actions de WikiLeaks et de Manning ont aussi exposé des détails importants sur Israël/Palestine.
La quantité massive de câbles du Département d’Etat que Manning a refilé à WikiLeaks était un regard profond sur la manière dont la politique US s’exerçait sur Israël, la Palestine et le Moyen-Orient en général. Ceci est un regard rétrospectif de certaines choses que Manning révéla au monde au sujet de la région - un rappel des raisons pour lesquels les observateurs d’Israël/Palestine devraient être préoccupés par le procès et la condamnation de Manning.

L’éloge d’Israël de l’Autorité palestinienne
L’Autorité palestinienne (AP) reste un tampon entre Israël et une population palestinienne pleine de ressentiments à l’égard d’une occupation étrangère de 46 ans. L’autorité de gouvernement limitée de Cisjordanie sévit contre la résistance armée à l’occupation et contre d’autres formes de dissensions tout en distribuant des salaires à des employés qui comptent sur eux pour vivre. C’est une formule pour que la Cisjordanie demeure calme pendant que les colonies s’étendent dans les territoires occupés.
WikiLeaks a attiré l’attention sur l’importance qu’avait pour Israël l’Autorité palestinienne. En 2009, le premier ministre Benjamin Netanyahou a dit qu’il voulait « renforcer l’AP pendant le temps de son office, d’après un des câble du Département d’Etat. Un autre câble de la même année montre pourquoi Netanyahou voulait renforcer l’AP. Le fonctionnaire du ministère de la Défense israélien, Amos Gilad « a noté que la sécurité israélienne/AP et la coopération économique en Cisjordanie continue à s’améliorer pendant que Jenin et Naplouse prospèrent, et décrit les forces de sécurité palestiniennes comme « de bons gars » comme c’est dit dans un autre câble. Un autre câble révèle aussi que Gilad était inquiet pour la viabilité à long terme du Président Mahmoud Abbas de l’AP. D’autres câbles révèlent la coopération de la sécurité et le partage du renseignement entre l’AP et Israël, bien que les autorités de l’AP voulaient garder ces activités secrètes.
Relié à aujourd’hui, et ces révélations résonnent encore, cependant la situation a changé quelque peu. Les actions d’Israël comme transférer les revenus des taxes à l’AP ont pour but de renforcer le gouvernement de Cisjordanie. Pour Israël, le pire qui pourrait arriver est que l’agitation économique qui a secoué l’AP à la fin de l’année 2012 se rallume, menaçant la stabilité de l’autorité qui tient un couvercle sur l’agitation palestinienne. Il y a aussi une inquiétude persistante pour la viabilité à long terme de l’AP. Comme l’a montré un rapport récent du Groupe de crise international, la menace d’un soulèvement palestinien contre l’AP ou Israël est réel, bien qu’éloigné pour le moment en large partie à cause de l’absence d’un leadership. Ce rapport parle aussi de la détérioration de la coopération pour la sécurité et entre les forces de l’AP et Israël.
Comme les jours passent sans grand changement politique sur le terrain en Cisjordanie, le fossé entre l’AP – importante pour la stabilité d’Israël, comme l’a montré WikiLeaks – et ses citoyens est obligé de grandir.

Un bantoustan palestinien
L’administration Obama est engagée dans une autre poussée de grande envergure pour redémarrer le « processus de paix » moribond entre Israël et l’AP. Mais elle s’est heurtée à un barrage routier : l’insistance de l’AP d’un gel des implantations de colonies et qu’Israël prenne les frontières de 1967 comme base de négociations. L’AP, sous une pression intense de céder sur ces revendications, a une bonne raison d’employer les grands moyens, comme WikiLeaks a montré la vision de Netanyahou pour un état palestinien. Bien que beaucoup de ces détails étaient connus sans WikiLeaks, les détails dans les documents sont encore toujours un rappel utile de ce que dit Netanyahou entend quand il prononce les mots « d’Etat palestinien ».
Dans une rencontre de 2007 avec le membre du Congrès Gary Ackerman, Netanyahou a expliqué son refus de diviser Jérusalem et de revenir aux frontières de 1967 – des composantes essentielles pour une solution des deux états viable. Deux câbles de WikiLeaks de 2009 révèlent qu’une fois qu’il s’est trouvé dans le siège de Premier ministre, sa vision était restée la même. Il a dit à une délégation de membres du Congrès qu’un « état palestinien doit être démilitarisé, sans contrôle sur son espace aérien et le champ électromagnétique et sans le pouvoir d’entrer dans des traités ou de contrôler ses frontières. »
Ces rencontres mettent dans leur juste contexte toute déclaration en paroles du gouvernement israélien en ce qui concerne un état palestinien. Et en effet, les parties les plus honnêtes de la coalition actuelle de Netanyahou ont déjà fiché en l’air la discussion sur un état palestinien. Le Vice-ministre de la Défense Danny Danon a dit le 6 juin que la coalition gouvernementale actuelle est fermement opposée à un état palestinien.

L’assaut contre Gaza et le rapport Goldstone
L’assaut d’Israël contre Gaza en 2008-09 a été l’objet d’un nombre important de câbles révélés par Manning. Les câbles démasquent une coopération régionale avec Israël tandis qu’ il opérait une campagne punitive par air et par terre qui réclama la mort de 1.400 Palestiniens, la majorité des civils.
Une rencontre de juin 2009 détaillée dans un câble diplomatique a montré que le Ministre de la Défense israélien, Ehud Barak avait dit à des autorités US qu’Israël avait consulté et l’Egypte et l’Autorité palestinienne avant d’envahir Gaza. Barak leur avait demandé s’il reprendrait Gaza au cas d’une défaite du Hamas. Les deux ont dit non. D’autres câbles ont montré une coordination pendant que l’invasion se déroulait. Un câble a révélé que le ciblage des tunnels de Gaza a été « coordonné avec l’Egypte ». Un autre a montré combien Israël consultait souvent les forces de sécurité de l’AP sur les moyens de contrôler les manifestations en Cisjordanie contre l’attaque de Gaza. Le fait qu’Israël consultait l’Egypte pré-révolutionnaire et l’AP en cas de défaite du Hamas n’est pas une surprise. L’AP dominée par le Fatah et le Hamas étaient à couteaux tirés depuis que le Fatah avait tenté de prendre le contrôle de Gaza au Hamas à la suite des élections démocratiques que le parti islamiste avait gagné de haute main. La tentative du Fatah était soutenue par les US. Et avant la révolution en Egypte, le gouvernement Moubarak était un allié régional majeur d’Israël et des US. L’Egypte dirigé par Moubarak voulait restreindre le pouvoir du Hamas en partie à cause des groupes liés aux Frères musulmans, le groupe principal d’opposition à Moubarak. Mais même après la révolution, l’Egypte a fait de son mieux pour ne pas susciter l’antagonisme d’Israël ou de l’Occident. Elle a continué à sévir contre les tunnels de contrebande dans Gaza utilisés pour les biens de consommateurs et des armes. Le seul changement post-révolutionnaire significatif qui a eu lieu est que Rafah, la frontière entre Gaza et l’Egypte, est ouverte pour les gens mais n’est cependant pas ouverte pour des biens.
WikiLeaks a montré aussi à quel point les US ont protégé Israël d’une action internationale concernant les prétendus crimes de guerre à Gaza pendant l’Opération plomb fondu. Un câble d’octobre 2009 détaille une rencontre entre l’ambassadrice Susan Rice à l’ONU et le Ministre des Affaires étrangères israélien Avigdor Lieberman. Rice a dit à Lieberman que les US faisaient tout ce qu’il peut pour « émousser les effets du rapport Goldstone » et que les US étaient sûrs qu’ils pouvaient construire une « coalition de blocage » pour assurer que le Conseil de sécurité ne prenne pas en compte le rapport. Et bien sûr, le Conseil de sécurité a aidé à enterrer le rapport. D’autres câbles montrent des actions similaires.
Israël avait attaqué un certain nombre d’installations de l’ONU pendant la guerre, et l’ONU voulait investiguer ces frappes. Un rapport détaillant les 9 incidents où des installations de l’ONU avaient été touchées par Israël recommandait qu’une enquête impartiale soit effectuée. Mais les documents de WikiLeaks montrent qu’après que Rice ait fait porter la pression sur le Secrétaire général de l’ONU, la possibilité d’une enquête indépendante a été repoussée.
Beaucoup des révélations que Manning ont contribué à amener à la lumière n’étaient pas vraiment des surprises. Néanmoins, ils offrent des détails sur des rencontres officielles qui indiquent comment les US dirigent leur politique étrangère au Moyen-Orient. Maintenant, Manning est confronté à la prison à vie pour ses actions – il est accusé d’avoir violé le droit militaire et civil. Le procès est censé durer les 12 semaines suivantes.