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France : Islam : au nom de la tolérance

mardi 16 juillet 2013, par siawi3

Source : http://www.lepoint.fr/invites-du-point/daniel-salvatore-schiffer/islam-au-nom-de-la-tolerance-07-07-2013-1701402_1446.php

Le Point.fr - Publié le 07/07/2013 à 09:43 - Modifié le 07/07/2013 à 13:03

En ce jour anniversaire du supplice du chevalier de La Barre a été fondé un Conseil des ex-musulmans de France qui prône le droit à l’athéisme. Ce dont se réjouit Daniel Salvatore Schiffer*.

Le droit au blasphème et à l’athéisme, ou quand des « ex-musulmans » se réclament de Voltaire.

Par Daniel Salvatore Schiffer*

Il y a aujourd’hui, presque jour pour jour, deux cent quarante-sept ans - c’était le 1er juillet 1766, vingt-trois ans donc avant la Révolution française -, un jeune libertin et chevalier français, François-Jean Lefebvre de La Barre, âgé de dix-neuf ans à peine, était torturé, langue coupée, ainsi que le voulait la procédure judiciaire de ce temps-là, puis décapité et brûlé, sur un bûcher où était symboliquement jeté aussi aux flammes un exemplaire du Dictionnaire philosophique de Voltaire, sur la place publique d’Abbeville, chef-lieu d’arrondissement de la Somme.

Son crime, aux yeux du pouvoir politique et clérical d’alors (la France était bien sûr encore, en ces années-là, une monarchie de droit divin) ? Avoir dégradé un crucifix, suprême sacrilège en ce temps-là (pour lequel il sera cependant innocenté plus tard), et refusé, par la suite, d’ôter son chapeau et de s’agenouiller au passage d’une procession religieuse. D’où la très grave accusation, portée contre lui par l’évêque d’Amiens en personne, monseigneur Louis-François-Gabriel d’Orléans de la Mothe, de blasphème, et la consécutive sentence, prononcée par le Parlement de Paris lui-même, au supplice physique ainsi qu’à la peine capitale : « Je ne croyais pas qu’on pût faire mourir un gentilhomme pour si peu de chose », furent ainsi les dernières paroles, avant qu’on lui tranchât la langue, de ce martyr de l’intolérance.
Liberté de conscience

Intolérance : voilà un mot qui ne pouvait certes qu’interpeller le grand Voltaire, par ailleurs directement mis en cause, pour avoir été jugé comme le principal théoricien philosophique de ce genre de rébellion idéologique, dans cet infâme procès, plus cruel et indigne encore - ce qui n’est pas peu dire ! - que les tristement célèbres affaires Calas et Sirven, pour lesquels ce même Voltaire combattit, au seul nom de la liberté de conscience en matière de foi religieuse, avec une identique et admirable ferveur ! C’est ainsi que le mémorable auteur du Traité sur la tolérance et autres Lettres philosophiques, lumière d’entre les Lumières, écrivit, afin d’honorer la mémoire du brave chevalier de La Barre, un opuscule, injustement négligé au fil des siècles et donc relativement méconnu aujourd’hui, ayant comme très emblématique titre « Le cri du sang innocent » : pamphlet, publié en 1775, à cause duquel il sera ensuite lui-même condamné, sans que la sentence pût toutefois être exécutée puisqu’il s’était alors déjà réfugié en Suisse, mais que le non moins immense Diderot, l’un des artisans de l’Encyclopédie, défendra à son tour.

Certes le nom de ce vaillant chevalier de La Barre a-t-il été, depuis lors, réhabilité. C’est même la Convention qui, le 25 brumaire de l’an II, s’occupa, la première au sein des institutions nationales françaises, de remplir cette urgente et nécessaire tâche. Aussi, en 1897, un comité de libres-penseurs obtint-il finalement, et très méritoirement, la permission d’ériger une statue, devant la basilique du Sacré-Coeur à Montmartre, en plein centre de l’un des quartiers les plus populaires et touristiques de Paris, en son honneur (elle fut par la suite déplacée square Nadar, avant de se voir déboulonnée par le gouvernement de Vichy, puis définitivement remplacée, le 24 février 2001, par une nouvelle).
Le droit à l’athéisme

Mais si je prends la peine d’évoquer ici cette glorieuse quoique tragique figure de l’histoire de la France moderne, c’est que c’est la date commémorative de son sauvage assassinat qui a été précisément choisie en ce 6 juillet 2013, et en guise de solidarité avec toutes les victimes de l’intolérance religieuse de par le monde, pour lancer à Paris, capitale politique de la laïcité depuis la fameuse loi de 1905, un nouveau et salutaire mouvement civil : le Conseil des ex-musulmans de France, dont le premier mot d’ordre est le refus de se soumettre, au nom du respect de la liberté de pensée comme de culte, mais aussi du droit à l’athéisme, aux abominables et obscurantistes diktats, de plus en plus dangereusement envahissants dans notre monde contemporain, de l’extrémisme islamiste.

De cet opportun Conseil des ex-musulmans de France qui prend donc officiellement forme ce 6 juillet 2013, avec une première réunion parisienne, ce samedi après-midi même, à la Maison des Ensembles, située au n° 3-5 de la rue d’Aligre, dans le douzième arrondissement, font partie, notamment, le blogueur palestinien Waleed Al-Husseini, la cinéaste tunisienne Nadia El-Fani, la sociologue algérienne Marieme Helie Lucas, ainsi que la fondatrice du Conseil des ex-musulmans de Grande-Bretagne, Maryam Namazie, également cheville ouvrière de One Law for All, dont le siège est à Londres.
Pour un islam des Lumières

Cet humanisme prôné aujourd’hui par ces ex-musulmans de France, au nom de ces mêmes principes universels de liberté, d’égalité et de fraternité tels que les théorisèrent autrefois, conformément à la célèbre devise française, ces merveilleux et audacieux esprits des Lumières, il fut par ailleurs préconisé il y a quelque temps déjà, en France même, par quelques-uns des meilleurs intellectuels issus de la culture musulmane. Preuve en est, à titre d’exemple, l’action menée par le philosophe, anthropologue et psychanalyste Malek Chebel, qui, quant à lui, vient de lancer, dans le sillage de son précieux et tout aussi salutaire Manifeste pour un islam des Lumières (judicieusement et très explicitement sous-titré 27 propositions pour réformer l’islam), une revue, appelée « Noor », destinée notamment, sous ce rationnel et critique éclairage des Lumières précisément, à faire progresser cette grande civilisation que demeure l’islam, par-delà ses actuelles et très nocives dérives sectaires, vers une meilleure intégration au sein des sociétés occidentales, fussent-elles sécularisées ou non.

Ainsi, à l’heure où le monde arabo-musulman se voit traversé, parfois pour le meilleur comme parfois aussi pour le pire, par une révolution que les plus optimistes nomment le « printemps arabe » et que les plus sceptiques (mais non, pour autant, les moins lucides) qualifient d’« hiver islamiste », semblable message d’espoir, de tolérance d’idées et de paix entre les peuples ne peut-il que réjouir - avec toutefois la prudence, mère de toute sagesse, due en d’aussi complexes circonstances - tout authentique démocrate !

* Philosophe, auteur de Philosophie du dandysme - Une esthétique de l’âme et du corps (Presses universitaires de France), Oscar Wilde (Gallimard - Folio Biographies), Du Beau au Sublime dans l’art - Esquisse d’une métaesthétique (Éditions L’Âge d’Homme/Académie royale des Beaux-Arts de Liège).