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Les Juifs qui quittent Israël

samedi 23 novembre 2013, par siawi3

Trois articles :

1.

DOUG SAUNDERS

VIENNA ­ THE GLOBE AND MAIL : Why Jews flee for Europe
Publié le samedi, Nov. 16 2013, 8:00 AM EST
Source : http://m.theglobeandmail.com/globe-debate/why-jews-flee-to-europe-or-at-least-half-of-it/article15446274/

Pourquoi les Juifs fuient en Europe (du moins la moitié d’entre eux)

Avez-vous entendu parler de l’exode juif en Europe ? Au milieu des tensions croissantes et des conditions économiques pénibles, des dizaines de milliers de Juifs bien éduqués de la classe moyenne fuient chaque année – pas hors du continent, mais plutôt d’Israël vers l’Europe, et spécialement l’Allemagne, qui est devenue la destination maîtresse (après les Etats-Unis) pour un demi million d’Israéliens qui ont quitté le pays au milieu du sujet très discuté de la « fuite des cerveaux ».
(…)
Plus facile de vivre à Berlin ? Cela n’aurait pas été un sentiment juif habituel, il y a seulement une génération. Parmi les Juifs américains, simplement aller en vacance en Allemagne reste une matière de controverse et de dégoût. Les années noires de la Shoah sont encore trop fraîches dans beaucoup d’histoires familiales.

Pourtant il est surprenant que pour cette génération d’Israéliens, ce passage en Europe ne prête pas à controverse. L’an dernier, j’ai eu une conversation avec une historienne israélienne connue qui réside en Allemagne. « Ce déménagement doit avoir choqué beaucoup de vos amis en Israël, » ai-je suggéré. Elle m’a regardé d’un air méfiant comme si s’était une notion dont on n’entendait pas parler, « Non, bien sûr que non, » a-t-elle dit. Mes amis sont tous simplement jaloux que je puisse avoir un visa pour vivre ici. Chaque professeur d’université israélienne de ma génération veut déménager en Europe ».

Beaucoup de cette émigration a à voir avec les conditions économiques impossibles en Israël – l’écrivaine Ruth Margalit a noté récemment que 87% des Israéliens de plus de 25 ans dépendent financièrement de leurs parents.
(…)
Pourtant, il pourrait sembler logique que l’exode juif se déroule hors de l’Europe, pas en Europe. Ici, en Autriche, un parti avec des antécédents antisémites et néo-nazis a gagné près d’un cinquième des votes dans les élections du 29 septembre. En Hongrie, en France, en Grèce et dans les Pays-Bas, des partis basés sur l’intolérance raciale et religieuse ont eu une forte prestation (bien qu’ils ne gouvernent nulle part). Dans une enquête récente, 76% des Juifs européens disent qu’ils croient que l’antisémitisme a augmenté ces cinq dernières années. En France, où habitent la moitié des Juifs d’Europe, près de la moitié dit qu’ils ont envisagé de quitter l’Europe.
(…)
En Europe du centre et de l’Est, où on trouve encore difficilement des Juifs qui soient restés, l’intolérance publique a atteint des proportions dangereuses. Dans les économies plus grandes, les Juifs sont généralement considérés comme des compatriotes avec une religion différente. Malheureusement, les endroits où des membres de n’importe quelle minorité ne subissent pas de fanatisme agaçant se font de plus en plus rares.


2.

Source : http://www.jpost.com/Opinion/Columnists/Think-About-It-Why-Israelis-moved-to-Europe-329878

Réfléchissez-y : Pourquoi des Israéliens déménagent en Europe

Par SUSAN HATTIS ROLEF
10/27/2013 21:58

Lapid : Un mot à tous ceux qui en ont marre et quittent pour l’Europe.

Le Ministre des Finances Yair Lapid a eu la déclaration suivante publiée dans un de ces messages récents sur Facebook : « Un mot à tous ceux qui en ont marre et quittent pour l’Europe. Vous m’avez attrapé, par hasard, ici à Budapest. Je suis venu ici pour parler au Parlement contre l’antisémitisme et leur rappeler comment ils ont essayé d’assassiner mon père ici simplement parce que les Juifs n’avaient pas un état à eux, comment ils ont tué mon grand-père dans un camp de concentration, comment on a affamé mes oncles, comment ma grand-mère a été sauvée à la dernière minute de la marche de la mort. Alors, excusez-moi si je suis un peu intolérant avec les gens qui veulent mettre à la poubelle le seul pays qu’ont les Juifs parce que Berlin est plus commode. »

Lapid réagissait à une série de reportages du correspondant financier Matan Hodorov sur 10 TV au sujet de jeunes Israéliens qui avaient choisi d’émigrer à Berlin, Londres et le New Jersey, principalement pour des raisons économiques.

Comme n’importe qui d’autre dans un pays qui prétend être une démocratie, Lapid a non seulement le droit à ses opinions, mais aussi le droit de les partager avec le monde entier.

Néanmoins, il y a quelque chose d’extrêmement perturbant au sujet d’un personnage public de haut rang qui s’exprime de cette manière. Où ailleurs dans le monde démocratique, un Ministre des Finances réprimande-t-il ses concitoyens parce qu’ils décident d’émigrer ? Au plus, les ministres des Finances d’autres pays essayeront de s’assurer que les émigrants ne laissent pas derrière eux des dettes d’impôts des autorités quand ils partent.

Dans les premiers temps de l’état, pour un Israélien quitter le pays était considéré comme quelque chose dont on devait être honteux. Encore en 1976, le Premier ministre Yitzhak Rabin appelait les émigrants yordim, un “nefolet shel nemushot” (une expression intraduisible signifiant quel que chose comme « des mauviettes méprisables »). Mais ça, c’était il y a presque 40 ans, et beaucoup d’entre nous croyaient qu’Israël avait abandonné cet état d’esprit étroit et intolérant. Eh bien, apparemment non.

Il y a d’autres problèmes avec la déclaration de Lapid. Avant tout, les yordim ne veulent pas « jeter Israël à la poubelle ». Ils ont simplement décidé de ne pas y vivre, et dans une société démocratique, les gens ont le droit de choisir où, avec qui et comment vivre.

Leurs raisons pour décisions de partir peuvent varier, et comprennent à côté de raisons économiques (généralement la paille qui brise le dos du chameau) la perte de l’espoir que la paix se réaliserait jamais entre Israël et ses voisins, pour lequel ils croient qu’Israël est autant à blâmer que les Arabes ; l’inconfort du manque de détermination des dirigeants d’Israël pour faire un effort sérieux pour séparer la religion de l’état, et qui permettrait aux laïcs de jouir de mariages et de services funéraires non-religieux, d’avoir des transports publics le samedi etc. et le sentiment que la vie en Israël est ressentie fréquemment comme une vie dans une casserole à pression, où trop de gens sont nerveux, intolérants et violents.

Un autre problème avec le message de Lapid est qu’il argumente que l’holocauste est la raison ultime pour des Juifs de vivre en Israël. Alors qu’il est indéniable que l’holocauste fournit la preuve ultime pour laquelle les Juifs ont besoin d’un état, où ils peuvent vivre leur vie comme Juifs sans harcèlement ou pire, le fait que l’holocauste ait eu lieu n’est pas une bonne raison suffisante pour un Juif de vivre en Israël, spécialement quand le Premier ministre continue à mettre en garde le monde des dangers d’un Iran nucléaire, d’organisations arabes terroristes, et de régimes arabes instables.

Sauf votre respect, je pense qu’il est physiquement plus sûr pour un Juif de vivre à Berlin ces jours-ci qu’à Jérusalem, bien que je ne veuille pas minimiser la difficulté émotionnelle impliquée pour un Juif de le faire, vu l’histoire qui n’est pas si éloignée.

Dans une lettre adressée à un des quotidiens hébreux, une femme a écrit récemment qu’elle regrettait de n’avoir pas permis à sa fille aînée de participer à un des voyages à Auschwitz organisés pour les gosses d’humanité, vu que sa fille avait décidé par la suite de déménager aux US et vivait là-bas avec un Américain non-juif. Je suis désolée pour cette mère qui semble croire qu’une visite à Auschwitz aurait pu résoudre le problème (pour autant que quelqu’un voit dans les choix de la fille un problème). Il est certainement important que la jeune génération des Juifs connaisse bien l’holocauste, et je ne sous-estime pas le danger de l’oublier, ou simplement de ne pas le connaître. Cependant, pourquoi des gens pensent-ils qu’une visite à Auschwitz renforcerait la détermination de la jeune génération de vivre en Israël, plutôt, que de renforcer leur conscience des terribles dangers inhérents au préjugé racial et à l’intolérance qui se sont déchaînés ? Peut-être que si la fille de la femme avait visité Auschwitz, elle serait revenue en ressentant de la répulsion face à la manière dont Israël comme un état et des individus juif israéliens regardent et traitent des réfugiés africains au point de ne pas même prendre la peine de vérifier si ce sont d’authentiques réfugiés ou simplement des chercheurs d’emploi qui sont entré dans le pays illégalement ? Peut-être qu’elle aurait des douleurs d’estomac en voyant comment les autorités traitent des citoyens israéliens arabes (y compris des membres de la Knesset arabe) à l’aéroport Ben Gourin, et serait honteuse de la fréquence de la conduite impitoyable et insultante de certains des colons juifs les plus extrémistes en Cisjordanie et de certaines unités de la FDI servant dans les territoires contre les Palestiniens, qui peuvent ne pas être des « Amoureux de Sion » mais sont des êtres humains, pour qui ce pays a été la patrie pendant de nombreux siècles et même des millénaires, et ressentent (non sans raison) que leur droits sont foulés aux pieds ?

Ne vous y trompez pas, je ne suis pas heureuse de voir la jeune génération partir, et je ne considèrerais jamais sérieusement de quitter le pays moi-même – du moins aussi longtemps que je peux mener ma vie comme je l’entends, sans une grave intervention des pouvoirs. Une de mes filles vit à Berlin et personne ne serait plus heureuse que moi si elle revenait après y avoir vécu pendant 11 ans. Cependant, je comprends pourquoi elle est là-bas et je ne la juge pas pour cela, essayant de faire au mieux avec la situation.

Le fait que Yair Lapid éprouve du mépris pour ma fille, sans la connaître, reflète simplement son provincialisme, sa superficialité et un manque total de compréhension de ce que signifient la démocratie et le libre choix dans le sens plus profond du terme.

Au lieu de dénigrer ces Israéliens qui ont décidé de partir, on conseillerait Lapid à se concentrer pour faire son boulot correctement – notamment en donnant moins de raisons aux jeunes Israéliens d’envisager de partir. De plus, le temps est peut-être venu pour notre ministre des Finances qu’il arrête de traiter l’insomnie dont il prétend souffrir, en se levant au milieu de la nuit pour écrire des messages irritants et irréfléchi sur Facebook. Puis-je lui recommander un bon somnifère ?

L’auteur est une employée à la Knesset à la retraite.


3.

Source : http://www.newyorker.com/online/blogs/currency/2013/10/the-real-reason-for-israels-brain-drain.html

OCTOBRE 10, 2013

La vértitable raison de la fuite des cerveaux d’ israel

(…)
A première vue, les nombres semblent justifier l’alerte : plus d’un demi million d’Israéliens, ou +/- 7% de la population, vit à l’étranger, d’après le Bureau central des statistiques. La majorité vit aux US et au Canada, mais ces dernières années, on observe aussi une communauté israélienne en plein essor qui prend racine en Europe, à Berlin spécialement. Les expatriés sont surtout jeunes et bien éduqués à la recherche de diplômes ou de boulots mieux payés de la fameuse « fuite de cerveaux » qui est en train de changer tout le monde développé et contre lequel des politiciens ont pesté.

La vérité derrière ces chiffres donne cependant un tableau différent : les statistiques définissent un expatrié comme quelqu’un qui vit à l’étranger pendant au moins un an (je suis l’un d’eux, et d’ailleurs c’était le cas aussi pour Lapid, qui a passé plusieurs années aux US). Pourtant, demandez à ces gens où ils se voient dans cinq ou six ans, et beaucoup n’hésiteront pas à répondre, en Israël. Leurs raisons pour partir sont largement financières ou pour l’éducation. Oui, certains s’installent dans leur pays d’adoption, mais un nombre surprenant d’entre eux revient. En 2010, par exemple, 15.000 Israéliens ont quitté le pays, mais 10.000 sont revenus. Ces longs voyages à l’étranger, représentent pour beaucoup d’Israéliens un tremplin, une escale prolongée d’un voyage dont la destination finale est Israël. (Il faut admettre que certains domaines d’emploi rendent le retour plus facile pour certains que pour d’autres. Dans le monde académique, la situation en Israël est terrible. Deux des lauréats du Nobel de chimie de cette année, qui a été annoncé hier, sont des citoyens israéliens qui ont quitté le pays ; l’un s’était plaint qu’il n’arrivait pas à être titulaire.)

Pourtant Lapid a choisi d’ignorer la pression financière qui forçait des Israéliens à partir. (…)

« Monsieur Lapid, avant de parler de sionisme, quand vous êtes-vous dû pour la dernière fois vous préoccuper des fins de mois ? » a demandé un lecteur de Haaretz. Dans un autre blog largement répandu, le journaliste Amir Mizroch a sauté sur la référence de Lapid à ses parents : “Vous avez parlé de vos parents ? Eh bien, laissez-moi vous raconter au sujet des miens et les parents de beaucoup de jeunes que je connais en Israël, » a écrit Mizroch. « Nos parents sont à la retraite et ainsi ils peuvent nous aider ; ils prennent des hypothèques sur des maisons qu’ils possèdent déjà ; ils achètent des provisions pour nous, font du babysitting pour nous parce qu’on doit faire deux boulots, et parce que les gardes de jours, comme le reste dans ce pays, est d’un coût exorbitant. »

Ces commentateurs et beaucoup d’autres ont utilisé les trouvailles d’une enquête récente fascinante du journal financier Calcalist : 87% des Israéliens de plus de 25 ans dépendent financièrement de leurs parents. C’est un chiffre saisissant qui demande un certain déballage.

Premièrement, par « soutien financier, » l’enquête ne veut pas parler d’un don occasionnel, comme une infusion occasionnelle d’argent pour le loyer ou un chèque de félicitation pour un diplôme. Les chercheurs rapportent explicitement qu’il s’agit d’un apport régulier d’argent mensuel des parents à leurs enfants, d’une valeur moyenne de 25.000 dollars par an.

Deuxièmement, contrairement à ce que beaucoup pourraient penser, la plupart des parents qui soutiennent leurs enfants ne sont pas riches ; l’argent qu’ils donnent régulièrement représente entre 15 et 25% de leurs revenus (venant souvent directement de leur fonds de pension ou de sécurité sociale).

Enfin, et peut-être le plus important, par « enfants, l’enquête, en fait, ne parle de rien de tel : ceux qui sont soutenus par leurs parents, ne sont pas ceux qui sont dans la vingtaine dont on entend dire aux US qu’ils reviennent à la maison pendant qu’ils cherchent du travail, mais plutôt des gens dans la trentaine et la quarantaine, dont beaucoup ont des enfants eux-mêmes et même des professions. Le problème n’est pas qu’ils ne travaillent pas, mais qu’ils n’arrivent pas à suivre la forte montée du coût de la vie dans le pays.

Alors que les salaires en Israël ont stagné depuis plus de 10 ans, sur les talons de la récession de 2001, les prix ont continué à monter. L’augmentation est surtout ressentie quand il s’agit de se loger : aux US, il faut trois ans de travail en moyenne pour que quelqu’un soit capable d’acheter un appartement, alors qu’en Israël, il faut presque huit ans, d’après les statistiques du Centre Taub pour les études de politique sociale. L’aptitude des gens pour se permettre de la nourriture s’est aussi érodée. En 2005, par exemple, le prix des produits laitiers en Israël était plus élévé de 6% par rapport aux autres pays occidentaux ; en 2008, il était plus élevé de 44%. Plusieurs facteurs expliquent ces changements, comme l’achat par des nationaux étrangers riches achetant des résidences secondaires en Israël excluant les locaux du marché par des prix trop élevés (le front de mer à Tel Aviv est connu maintenant comme la ville fantôme à cause de tous les appartements qui restent vides, en attendant leurs propriétaires français, russes ou américains). L’augmentation des prix de la nourriture ont été causés, en partie, par le manque de compétition dans la fabrication et la distribution, dans lesquels quelques grands conglomérats ont la possibilité de maintenir élevés les prix. Mais tout ceci ne fait qu’exacerber le mécanisme faussé déjà en cours : ce que la jeune génération ne peut pas se permettre, la vieille génération est forcée de payer.

C’est une réalité que je rencontre en Israël tout le temps. La plupart de mes amis, femmes et hommes, à la fin de la vingtaine ou au début de la trentaine, qui ont un emploi, et des diplômes de Master ou des doctorats – dépendent encore de leurs parents pour les aider à payer le loyer. Ceux avec des enfants ont des accords non écrits par lesquels les parents épaulent une grande parties des dépenses pour les enfants, ou sinon des parents transporté certains jours dans le pays pour babysitter leurs petits-enfants. Beaucoup de mes amis remettent à plus tard le moment d’avoir des enfants, pour éviter les coûts qui montent en flèche. Eh oui, certains ont choisi de déménager à l’étranger.

Il est facile de décrire ces gens comme des enfants gâtés, ou de prétendre que leurs parents autorisent la situation, mais l’étude montre que ce n’est pas le cas : Calcalist a montré que plus les Israéliens gagnent d’argent, le moins ils dépendent de leurs parents. En d’autres mots, la dépendance financière n’est pas un luxe : c’est une nécessité.

Calcalist a interviewé un ingénieur de 40 ans. Sa femme travaille aussi, mais avec quatre enfants, ils ont dû se tourner vers les parents des deux pour de l’aide : ses parents interviennent avec +/- 300 dollars par mois, et ceux de sa femme aident pour les grosses dépenses. « J’ai été à l’armée, je paie mes impôts, je fais tout ce que je dois faire, » dit-il. « C’est vraiment frustrant, je ne nous vois pas nous débrouiller seuls. »