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Canada : Université York - Les femmes de trop

dimanche 12 janvier 2014, par siawi3

Source : 11 janvier 2014 , Le Devoir

Josée Boileau

Qui aurait cru un jour qu’une grande université canadienne avaliserait la demande d’un étudiant de ne pas participer en personne àun cours au prétexte que sa religion lui interdit d’être en contact avec des femmes ? Un cas représentatif de l’utilité d’une charte de la laïcité, au Québec comme ailleurs au Canada.

A priori, l’histoire survenue dans un cours de sociologie de l’Université York àToronto est invraisemblable : un établissement peut permettre àun étudiant de refuser de côtoyer des femmes dès lors qu’il invoque des motifs religieux.

Mais de nos jours, il faut se méfier du mot « invraisemblable  » : ce qui ne pouvait s’imaginer hier (une éducatrice arborant le niqab dans une garderie montréalaise par exemple) trouve aujourd’hui en un rien de temps d’ardents défenseurs appelant àla tolérance comme si l’interaction hommes-femmes n’avait aucune importance. L’affaire de l’Université York appartient àla même lignée : le refus de l’autre désormais accepté làoù l’on se serait attendu qu’elle cause la plus profonde des indignations.

Le professeur Paul Grayson, choqué de la décision de son université, l’a contestée, appuyé de ses collègues. Il en conclut aujourd’hui que pour éviter la répétition d’un tel cas, il faut des règles claires, du type de celles avancées par la charte de la laïcité du gouvernement Marois.

Car le fouillis entre la sphère du religieux et celle du séculier va croissant, gracieuseté du critère qui prévaut pour protéger les droits religieux : la croyance sincère d’un individu, tel qu’établi par la Cour suprême.

C’est exactement ce que les autorités de York ont servi au professeur Grayson : l’étudiant était sincère et finalement (autre air maintenant connu), àqui donc cela nuit-il ? M. Grayson n’avait qu’àne pas dire àla classe pourquoi l’étudiant était absent !

Jamais, et c’est le plus troublant, il n’est venu àl’esprit des autorités universitaires que c’est le concept même de l’égalité hommes-femmes qui était ici mis àmal par une attitude patriarcale d’un autre temps, ce que le professeur lui avait parfaitement compris.

Mais il faut croire que ce type d’analyse n’a plus la cote : même la Fédération des femmes du Québec, qui a réagi àcette histoire, n’a vu làque le manquement de l’établissement àsa mission pédagogique. « Travailler en équipe fait partie prenante de l’expérience pédagogique d’un cours  », lit-on sur sa page Facebook. Tout pétri d’accommodements, l’organisme féministe n’est même plus capable de nommer le sexisme le plus flagrant !

Il faut pourtant insister sur les femmes. Pour les intégristes de toutes les religions, la femme doit être cachée, que ce soit symboliquement ou dans la réalité de son corps, chevelure incluse. On la côtoie le moins possible, on ne lui serre pas la main, on ne lui fait surtout pas la bise ! Son droit d’exister dans l’espace public n’est tout simplement pas un acquis, et nos sociétés n’y voient que peu àredire.

Quand le professeur Grayson s’inquiète qu’en accordant àun étudiant le droit de refuser d’être avec des femmes, York ouvre la porte au refus de côtoyer des Juifs (ou des Arabes, ou des Noirs), on sait bien qu’il s’agit làd’une crainte théorique. Le tollé serait tel qu’aucun établissement ne s’y oserait. Alors que lorsqu’il s’agit de femmes, la compréhension est infinie et la rhétorique pour la justifier ne manque jamais.

D’où la nécessité de mettre des balises, de réaffirmer ce principe, qui devrait être premier parce que le premier bafoué, de l’égalité des sexes et d’assurer la séparation réelle entre le religieux et l’État, comme cherche àle faire le gouvernement Marois.

Cela laisse présager des tempêtes ? Allons ! Qu’a fait àYork l’étudiant que rebutaient les femmes ? Il a suivi la demande de son prof et s’est présenté au cours. Suffisait de l’exiger.